samedi 4 mars 2017

Jacques - A bout de souffle

Je vais crever, là, c'est sûr. Pas moyen qu'il en soit autrement. Pas moyen, non.

Ouais.
Crever, putain...
Pourtant, je me suis préparé.
Entraîné.
Depuis si longtemps que je ne m'en souviens plus, je me suis entraîné.

Au début, je ne comprenais pas bien pourquoi, on m'avait donné quelques explications, parce que.
Donc, je l'ai suivi, le programme.
Le B-A ba, les fondamentaux, les éducatifs, tous ces exercices pour développer toutes ces compétences.

J'ai obéi, tout travaillé, même quand je n'en voyais pas trop l'intérêt, même quand je n'aimais pas ça, quand ça ne me plaisait pas.
Bien entendu, il y a eu des passages à vide, des pertes de motivation, un peu de désinvolture parfois, et même des bouts de rébellion.
Mais in fine, j'ai toujours fait le job, et j'ai progressé, de catégorie en niveau, année après année, trophée après trophée.

En une fois professionnel, je ne me suis pas endormi sur mes lauriers, je n'ai rien lâché, à l'écoute des innovations, des évolutions, comme il était de bon ton de le faire selon les conseils des coachs que j'ai écoutés. J'ai entretenu ma motivation, renouvelé mes objectifs.
Et j'ai communiqué, développé mon relationnel, soigné mon image.
Et oui, ça m'a plutôt réussi.
J'ai enchaîné les bons résultats, surmonté les difficultés et transformé les rares échecs en opportunités, comme il faut.
Mais petit à petit, cette lutte permanente à commencer à me peser.
L'énergie à manquer.
L'envie.
Bientôt, l'air même, au point de la dyspnée, brisé par la pente douce qui mène à la station de tramway.
Vidé.
Vidé de mon énergie, vide de sens et de sens, vide d'envies.

J'ai fait ce qu'on me disait de faire, où on me disait de le faire. Tout ça pour cette carrière vaine de bon élève, jusqu'au bout, jour après jour devant ces ordinateurs de réunion en réunion à survivre malheureux en attendant la mort, à bout de souffle.

Où lire Jacques

10 commentaires:

  1. tu décris tellement bien le processus du burn out :(
    pour ceux qui ont tout donné, tellement ils ont crû aux promesses sociétales du bien être et de l'estime d'eux mêmes qu'ils retireraient de leur comportement professionnel

    ensuite il s'agit, seulement moi, d'un versant vicieux de notre société qui, au lieu de traiter le problème sur un angle collectif de l'organisation du travail, l'aborde sur l'angle de la psychopathologie et de la vulnérabilité de l'individu.
    La personne se retrouve alors sous la double peine : du problème de santé, et d'une forme de culpabilisation de s'être effondrée :(
    il s'agit alors de Son problème personnel, et non de celui de l'entreprise ou de l'administration...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci de l'appréciation (dois-je vraiment m'en réjouir ? Hum).
      En outre, je suis d'accord avec tes considérations, en particulier la "double peine" infligée par le burn out à l'individu.

      Supprimer
  2. Quand on pousse son premier cri on est loin d'imaginer que le souffle a un bout...

    RépondreSupprimer
  3. Je ne suis pas de cette époque , je suis de celle des 30 glorieuses ... Glorieuses pour qui ? Ils ont de ces appellations ces cons je t'assure !
    Notre seule gloire était de dire "merde" quand on en avait marre et d'aller en face.
    Je ne m'en suis pas privé, mais je suis très vieux, et ça vous l'aviez deviné. ];-D

    RépondreSupprimer
  4. Arpenteur d'étoiles4 mars 2017 à 22:31

    c'est exactement ce qui aurait pu m'arriver dans ma multinationale (10000 personnes)où je gérais en France un peu en Espagne, un peu en Belgique aussi ... je n'ai pas fait de burn-out mais une rupture conventionnelle. Et du coup, c'était très efficace :o)et j'ai conservé des liens avec pas mal de mes collègues (presque amis d'ailleurs) et de grands directeurs !!

    RépondreSupprimer
  5. Dur dur d'arriver à ce constat, perversité de notre époque, dit-on.

    RépondreSupprimer
  6. Crever au travail ou crever dans la rue, quelle est la différence sinon que de finir à bout de souffle ?...

    RépondreSupprimer
  7. C'est peut-être la valeur 'travail' qu'il faudrait revoir. Je ne sais pas si j'ai fait un burn-out (étant donné qu'on m'avait retiré toutes mes tâches et j'étais dans l'associatif... ) mais je n'ai plus jamais pu envisager de travailler pour un patron... Ou un dirlo quelconque ou des collègues qui te regardent comme si tu étais la dernière des créatines etc. Etc.)

    Comme je l'ai lu un jour... Nos parents ont eu la guerre (enfin ceux de ma génération) et nous avons eu l'entreprise...

    RépondreSupprimer
  8. J'ai vécu deux débuts de burn-out, et je ne sais ce qui m'a sauvée in-extrémis à chaque fois.
    Ton texte est très fort...j'ai senti quelques frissons me parcourir l'échine.
    ¸¸.•*¨*• ☆

    RépondreSupprimer
  9. Ce "nouveau" mal du siècle, poussé par les vents de l'injonction d'efficacité, c'est à vous couper le souffle vital, ça oui !

    RépondreSupprimer

Nous avons décidé de ne plus autoriser aucun des commentaires qui ont pour en-tête "Anonyme", même si ces derniers sont signés en fin de commentaire, et même si leurs contenus sont conformes à nos règles de communication.
Bien que l'hébergeur Blogger propose cette possibilité de mise en ligne de commentaires, nous allons vous demander d'utiliser systématiquement un des autres choix qui vous est offert.
Si vous n'avez pas de site personnel, ni de compte Blogger, vous pouvez tout à fait commenter en cochant l'option "Nom/URL".
Il vous faut pour cela écrire votre pseudo dans "Nom", cliquer sur "Continuer", saisir votre commentaire, puis cliquer sur "Publier".