jeudi 31 août 2017

Modération des commentaires

Insuffisamment disponibles, peut-être, pour empêcher en temps réel la survenue de commentaires inconvenants, malveillants, ou qui seraient contraires aux règles de convivialité définies dans les Instructions générales, nous avons fait le choix de recourir à la modération des commentaires, qui implique, comme vous l’avez remarqué, un léger différé dans leur publication. Différé que nous nous efforçons toujours de rendre aussi court que possible, afin que la parole circule de manière libre et spontanée.

Avec plus de rigueur que ces derniers temps, et parce qu’il nous paraît courtois que chaque commentaire soit signé, nous ne publions plus aucun commentaire ayant pour en-tête "Anonyme", quel que soit son contenu. Si vous rencontrez la moindre difficulté pour utiliser l’une ou l’autre des autres options offertes par Blogger (la plus utilisée demeurant « Nom/URL », que vous renseignez avec votre pseudo, tel qu’il apparaîtra ensuite en tête de votre commentaire), nous tenterons volontiers d’y répondre par mail.

Les commentaires sont précieux. Nous chercherons toujours à favoriser ces échanges et leur bienveillance.

lundi 31 juillet 2017

Vacances bien méritées

Il est temps à présent de mettre notre site en sommeil pour la trêve estivale.
Laissons nos imaginations se reposer, nos corps se ressourcer, en nous abreuvant qui de farniente, qui de voyages, qui de lectures et rêveries de toutes sortes....

Nous vous retrouverons avec de nouveaux jeux d'écriture lundi 28 août.
D'ici là nous vous souhaitons de belles semaines !

Bien entendu, si vous avez des suggestions pour la bonne vie du site ou des propositions de thèmes, envoyez-les nous par mail à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.
Ils seront les bienvenus car nous avons toujours besoin d'idées neuves :)

dimanche 30 juillet 2017

Tiniak - J'en ai bien profité

PROFITÂGE

La mer, visage bleu
avec mille yeux tout blancs
et sa peau se mouvant
au caprice des cieux
rendu à mes quartiers
de plume solitaire
dont j'écorche la terre
j'en ai bien profité

Il m'en reste, au rivage
les souffles du voyage

L'herbe, sous nos pieds nus
ses brins, menues caresses
où loge une promesse
à nos cœurs ingénus
pour mon corps fatigué
par la mélancolie
qui berce ma folie
j'en ai bien profité

Et j'en garde, au revers
le toucher d'un mystère

La flamme, robe vive
danse furtive et crâne
quand l'alentour se fane
puisque la nuit arrive
pour l'avoir embrassée
de rêves délirants
délictueux, frondants
j'en ai bien profité

J'en conserve les moires
d'une profonde histoire

Le vent, fumée z'et brume
dont j'ai fumé, en pipe
les sanglots z'et manipes
les volages agrumes
à l'heure d'embarquer
vers l'ultime retour
à d'insignes amours
j'en ai bien profité

J'en ai, jusqu'à plus soif
des bords tirés sur le chapeau dont je me coiffe

Où bien profiter des quatre z'éléments

Gene M - J'en ai bien profité

Le supermarché est presque désert en cette fin juillet. Il n'y a plus
que des pauvres et des vieux et j'ai l'honneur de faire partie des
deux catégories.

Dans ce quartier aisé de Paris, ils ne sont pas nombreux les pauvres.
Pauvres ! enfin tout est relatif, je dirais plutôt déchus. Ce sont
souvent des veuves ou des divorcées dotées d'un bel appartement mais
qui se privent de manger ou de sortir...

Mais je suis sereine : pas d'aigreur ou de jalousie car j'en ai bien profité.
Que de voyages au bout du monde, que de paysages admirés, que
d'émotions frisant le syndrome de Stendhal devant des œuvres d'art
sans parler des fêtes et des amours.

Tout cela est du passé bien sûr mais c'est inscrit dans mon âme et
dans ma chair.

Laura Vanel-Coytte - J'en ai bien profité

Certes, « la beauté ne se mange pas en salade » ;
Mais dans la vie, honnêtement, la beauté aide
A séduire, à passer un peu partout dans le monde
Mais comme la jeunesse, elle passe un peu tout de même

« La plus belle fille ne peut donner plus que ce qu’elle
A » ; bien-sûr mais pourquoi ne pas profiter de cette période
Où les regards se font caresses implicites : c’est agréable

J’en ai profité largement et jamais je ne le regrette.

samedi 29 juillet 2017

Lilousoleil - J'en ai bien profité

Prologue

Le loup est un animal protégé mais les coups de fusil pleuvent un peu à tort et à travers. On oublie que c’est avant tout un prédateur dominant… Quelques brebis pour se nourrir est-ce un si lourd tribut. Chacun a sa place dans la nature.
C’est à cela que pensait le vieux Dédé, loup édenté et pelé qu’une grand’ mère avait récupéré mort de faim alors qu’il s’était échappé d’un zoo. Il vivait là depuis quelques temps et se souvenait d’un jeunesse tumultueuse.

J’en ai bien profité quand Chaperon rouge, stupide petite fille a traversé le bois, s'arrêta pour et cueillit des fleurs pour sa mère grand, abandonnant son panier avec pot de beurre et galette. J’ai boulotté Mamie et Petite fille
J’en ai bien profité quand la chèvre est partie faire des courses, qu’elle a traîné pour acheter un parfum « senteur de cabicou » abandonnant ces cabris innocents. J’ai bien profité de leur innocence et je me suis rempli la panse.

J’en ai bien profité quand le pauvre agneau qui se désaltérait dans l’onde pure d’un ruisseau, bêla qu’il tétait encore sa mère tandis que je mordais dans son cuissot tendre.
J’en ai bien profité quand les trois petits cochons tremblaient de peur pendant que le vent arrachait toiture, murs et cheminée. Bon , ils ont été malins avec leur bassine d’eau bouillante… Mais ils ont bien cuit.

Reste ce Pierre, celui qui avec sa flûte, le hautbois, le basson du grand-père m’a piégé avec on fusil a bouchon. Tant pis j’avais déjà avalé le canard… la plume volait encore. J’en ai bien profité, j’étais nourri au zoo, plus la peine chasser, que des franches lippées… Je me suis ennuyé un peu alors on m’a amenée près d’une louve blanche et j’en ai bien profité aussi…

Jacques - J'en ai bien profité

Ma chère Pomme,

Te souviens-tu de moi ? Sans doute sais-tu qui je suis, ton arrière-grand-oncle, "le vieux", mais te souviens-tu de notre rencontre ?
Tu avais six ans, tu serrais un gros livre sur ton cœur et ton regard trahissait l'ennui de devoir t'en éloigner pour une mondanité.

Je me souviens aussi du prénom de tes sœurs, Prune et Clémentine, soulagé que tu n'aies pas de frère, je n'ose imaginer comment il se serait appelé...Mais surtout, je me souviens que des deux cent soixante invités, toi seule n'avait pas la servilité dans le regard.
Aujourd'hui, j'ai cent trois ans, et je suis en train de mourir. Enfin, je suis même mort, puisque tu lis cette lettre que t'a remis Maître Fonsecka, avec un billet d'avion pour les Iles Vierges Britanniques.

Oui, je ne vais pas tourner autour du pot, tu es mon héritière, et toute ma fortune te revient.
L'essentiel, pour la plupart, mais je sais que tu ne t'arrêteras pas là.
Pourquoi toi ?

Parce que dans la centaine d'individus que moi ou feu ma sœur - ton arrière grand-mère – avons comme héritiers potentiels, tu es le seul vrai être vivant, la seule qui ne tue pas le temps en attendant ma mort et sa part de cette fortune.
Je ne me base pas sur cette unique rencontre vieille de treize ans, car depuis, je ne t'ai jamais perdue de vue. Ce jour là, j'ai eu l'intuition que tu étais la bonne personne, et je t'ai observé grandir, mûrir, devenir la femme que tu es, déterminée, honnête, généreuse et exigeante.
Je t'ai laissée grandir, sans jamais intervenir. Ce professeur de mathématiques qui n'admettait pas qu'une fille comprenne les maths aurait pu avoir un accident de chasse. Cette pseudo Barbie de cour d'école qui moquait tes vêtements aurait pu croiser une bouteille d'acide, cette vedette du terrain de foot qui t'a mené en bateau pour ton cul se casser un genou.

Oui, bon, lui, il a effectivement eu le genou cassé, il t'avait trop fait pleurer de honte. Le Destin fait bien les choses, des fois.
Enfin, tu m'as compris.
Alors, tu dois être un peu horrifiée, de voir arriver tout cet argent (et encore, tu n'as pas encore vu les comptes). Cet argent douteux, pas net, peut-être même sale ?

Hum.
Ma fortune est née il y a cent ans, justement, le jour ou j'ai "récupéré" le portefeuille "perdu" par ce touriste anglais. C'est là que j'ai pris conscience que je n'allais pas me tuer à la tâche à fabriquer du savon comme mon père ou dans des vignes ingrates comme mon grand-père...Je voulais vivre, tout simplement, sans me laisser emmerder par le pape ou le patronat. Robin des Bois, en quelque sorte, sauf que je ne me suis pas oublié lors de la redistribution.
Illégal certainement, malhonnête parfois, mais jamais, jamais de saloperies.
Pas de drogues, pas de trafic d'être humains, de contrefaçons de médicaments...
Et je peux te jurer, pas une pute dans ma vie.
Une ou deux pyramides de Ponzi, beaucoup de spéculation, quelques manigances avec le pétrole, en cherchant toujours les pigeons les moins ragoûtants parmi les "investisseurs" les plus avides de gains faciles.

J'ai juste cherché à me battre contre cette lie de la société avec leurs propres armes, tu le découvriras
dans les coffres, où sont rangés mes journaux : tout y est. Peut-être y trouveras-tu matière à un roman ? Ma chère Pomme, tu es ma dernière action, et j'espère la plus belle.

Je te lègue tout ça, j'espère de tout cœur que tu en feras bon usage : j'en ai bien profité, mais ce dont j'ai le plus profité, c'est de ces treize dernières années, où je t'ai vu devenir celle que j'espérais que tu deviennes.

Ton arrière grand-oncle,
Matteo.

Pascal - J'en ai bien profité

Retour veineux

L’infirmière du Service, elle-même jeunette, apprenait à une élève stagiaire comment pratiquer la pose d’un cathéter sur un malade. Choisir entre le poignet et le coude, surtout ne pas tapoter le bras mais lisser la peau pour faire surgir les veines, bien badigeonner à la Bétadine, appliquer le garrot en serrant fermement, était l’essentiel de ses conseils avisés. La gamine, appliquée, reproduisait les recommandations sur mon bras.
Si je balisais ? Même pas, peut-être un peu d’appréhension, sans plus. N’ai-je point trois filles qui ont dû faire elles-mêmes, un jour, leurs armes dans leur emploi respectif ?
Il faut bien que le métier s’acquière sur le terrain et, si j’étais le patient de service dans cette histoire, pour la cause, je me conformais de bonne grâce à l’apprentissage de cette élève infirmière. C’était mon état d’esprit…

Après moult barbouillages et un énième repérage, elle vint enfin planter l’aiguille dans ma chair. Oui, d’une manière continue, sans hésitation et sans état d’âme, tout comme l’avait expliqué sa conseillère. Aussitôt, je sentis une brûlure aiguë pénétrer ma chair… Plus que de m’accommoder à ma douleur lancinante au ventre, celle qui m’avait fait entrer d’urgence dans cet hôpital, il fallait maintenant que je pare à ce nouveau tourment.
Je fermais les yeux, je serrais les dents, mon poing se crispait sans que je ne puisse vraiment le rouvrir. Avec son aiguille, je voyais bien qu’elle fouillait dans ma veine ; à gauche, à droite, en enfonçant, en reculant, elle cherchait mon filon veineux, ce sang qui manquait tant à sa démarche de perfusion.
J’essayais de penser à quelque chose de sympa ; la touche d’une truite cachée dans une cascade profonde, un arc-en-ciel mirobolant ployant tout le paysage, un visage avenant, celui rieur et innocent, celui qui s’affiche naturellement quand l’équilibre est rompu mais rien n’y faisait ; besogneuse, la douleur avait accaparé mon corps et mon esprit…
Enfin, sa conseillère lui proposa d’arrêter les frais ; elle-même allait prendre les affaires en main. Entre les dents, la novice s’excusa, aussi déçue par son échec que par l’appréciation future de sa tutrice…

Avec une recherche de confort maximum, l’infirmière diplômée se prépara à son ouvrage ; tout son matériel déplié autour d’elle et certaine de son fait, elle continua d’inonder la jeunette avec ses conseils toujours appropriés. Garrot, lissage du bras, détection de l’imprudente gonflée, Bétadine, c’était dans l’ordre ordinaire de sa méthodologie de cathéter. Sûre de sa victoire future, tel un grand toréador à l’ultime faena, elle planta l’aiguille dans ce qui aurait pu être ma délivrance… Mais non. Je ne ressentis que supplice perforant au bout de son épine acérée ; je cherchais du réconfort en regardant les nuages dévaler notre vallée du Rhône ; peut-être qu’ils allaient me soulever, m’embarquer et me balader loin de tout ce tumulte.
Mal à l’aise, mon collègue de chambrée s’était investi encore plus profondément dans la lecture du Dauphiné. Elle tritura son rostre dans ce qu’elle aurait voulu être une veine…
« Vous n’avez pas de retour veineux !... » me cria t-elle nerveusement, pour se dédouaner de son échec probant. Aussi, en retirant son aiguille, elle abandonna à regret cette veine sans espoir.

Tout à coup un véritable geyser de sang vint inonder mon bras, la protection qu’elle avait placée sur le lit et son beau pantalon blanc ! Dis ! T’en veux, du retour veineux ?!... Y en a des seaux ! Prenez et buvez, ceci est mon raisin ! Ça me brûlait les lèvres de lui balancer ces vérités flagrantes que je constatais avec effroi. Il y eut un blanc dans la chambre, enfin… un rouge…
Le collègue d’à côté faillit tourner de l’œil devant tout ce déluge dégoulinant.
L’infirmière, ne se démontant pas, déplaça sa chaise du côté du bras encore valide… Son discours envers la stagiaire avait diminué d’un ton comme si toutes ses certitudes avaient pris un sérieux coup dans l’aile. D’ailleurs, la gamine admirait le champ de bataille du lit avec une sorte d’ébahissement grandissant ; si elle vivait un début de cauchemar, j’en étais l’acteur principal. Moi, je me demandais comment j’étais venu me perdre dans cet hôpital ; je ne me rappelais même plus de ma douleur au ventre.
Après la Bétadine, le lifting soigné et sa grande conscience à l’effort, elle se risqua à planter encore son cathéter dans mon bras. De si près, je voyais bien toute son application ; ses yeux brillaient, ses narines frémissaient, ses gestes l’accaparaient…
Sa voix était montée dans les tours, dans des intonations sonores et perturbantes qui traduisaient toute son impuissance à accomplir cette tâche. Elle fouilla ma pseudo-veine avec une application forcenée ; j’avais l’impression nauséabonde d’une aiguille aimantée cherchant désespérément son nord dans les tréfonds de ma chair…

La pression était montée d’un cran ; je bouillais dans mon lit des supplices. C’est sûr ! Mes pauvres veines se cachent quand je vois comment tu les attaques ! J’oscillais entre l’envie de la gicler de ma chambre avec perte et fracas, remettre en cause sa qualité d’infirmière, parler de son incompétence sidérale et lui balancer dans les dents cette faute professionnelle impardonnable. Mais pouvais-je décemment rajouter de l’huile sur le feu de sa persévérance stérile, la déstabiliser encore un peu plus ? Si j’avais eu des fils, est-ce que je me serais laisser faire aussi longtemps ?...
Dehors, les nuages se pressaient pour ne jamais m’entraîner avec eux ; le soleil s’était caché et seules les ombres remplissaient la chambre comme une perfusion de noirceur indélébile. Je regardais intensément le plafond comme si mon ange gardien allait enfin venir à ma rescousse ; je serrais l’autre poing d’une bagarre que je savais perdue d’avance ; j’en avais ma claque de jouer les cobayes dans cette maison de fous.
Au milieu de cette lancinante vision de purgatoire, la pénitence avait le goût gênant de ma gorge sèche, des gouttes de sueur moites perlaient sur mon front et, dans le couloir, les claquements des portes emportées par des courants d’air étaient des vraies rumeurs de glas.

Quand, à bout d’arguments saignants, elle retira son instrument de torture, le sang gicla de nouveau avec des puissantes saccades qui éclaboussèrent l’étal de son pantalon et les draps de mon lit. Cachée dans un coin, la petite stagiaire se demandait si, en fin de compte, les conseils de cette infirmière étaient vraiment judicieux et l’autre malade de la chambre était blanc comme un linge. Forcément, tout était de ma faute ; la petite chef ne perdant pas pied me dit qu’elle allait appeler l’infirmière anesthésiste à son secours (le mien plutôt). Je l’attends. On pourra dire qu’aujourd’hui, j’en aurai bien profité…

Stouf - J'en ai bien profité

La môme
Dialogue.

- Ah ben cela me fait bien plaisir que tu sois venue la gosse !
- Stouuuf … je t'ai déjà dis dix-mille fois de pas m'appeler ça comme !
- Ouaii … je sais, mais maintenant t'es là tous les jours et ça me fait plaisir et faut pas que cela cesse pour toutes les années à venir. Tu préfères, la môme ?
- Je ne préfère rien d'autre que de passer du bon temps avec toi et puis c'est tout !
- Bon okay … mais tu vas devoir subir un petit retour dans le temps.
- Encooore ?
- Souvient toi ma poulette … je rentrais chez moi tranquillos et je te trouve devant ma porte en train de dormir sur le perron. Je te demande gentiment si je peux avoir accès à là où c'est que j'habite et tu me réponds que biensure si je passe par dessus et te laisse gentiment dormir. C'est là que j'ais eu un déclic à ton propos et que je me suis dis que tu n'étais pas comme les autres et qu'il fallait faire autrement.
- Tu radotes … je me souviens bien comment tu m'as enjambée, tu as ouvert ta porte et tirée par le colebac jusqu'à l'intérieur de ta maison. Salop !
- Ouais mais à l'intérieur il faisait chaud et Gros le chat est venu immédiatement te lécher au dessus des yeux et t'as souris de ça !
- C'est pas faux …

Le lendemain on a prit un p'tit dèj vers onze heures et tu t'es étirer les bras en disant qu'on était bien ici.
- Encore vrai …
- Ceci dit, si tu pouvais t'en aller parce que depuis quinze ans que cela dure …
- Naaan … tu déconnes ?
- Ben biensure … tu veux te marier, j'ai été chercher les papiers à signer au service de l'état civil de la mairie ?
- Baaah … j'ai un doute mais … vas te faire voir bourgeois de mes couilles !
- Dégage alors … non, reste … oh, je sais plus !!! ;o)

mardi 25 juillet 2017

Marité - J'en ai bien profité

Le cochon de Léon.

Au tribunal.
- Je déclare la séance ouverte. Monsieur Jean Bonneau, veuillez vous avancer à la barre.

Déterminé, un petit homme maigre s'avance et salue le Président.
- Monsieur Bonneau, vous êtes cité à comparaître devant ce tribunal pour la faute suivante : votre voisin, Monsieur Léon Bontemps vous accuse d'avoir volé son cochon. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ?
- Mais rien, Monsieur le Président, Je n'ai rien volé du tout. Son andouille de cochon est venu chez moi tout seul.
- Votre voisin affirme que vous avez ouvert la barrière de l'enclos où se tient habituellement le porc.
- Pas la peine Monsieur le Président. Bontemps a un tel poil dans la main - et pas de soie celui-là - qu'il ne répare jamais ses clôtures. Je pourrais aussi me plaindre parce que son cochon a déboulé chez moi pour manger mes salades, engloutir la gamelle du chien et ch...euh, faire ses saletés devant ma porte.
- Mais vous avez aussitôt enfermé l'animal dans votre garage n'est-ce pas ?
- Ben oui. Où vouliez-vous que je le mette ? Même que la Louise, ma femme hurlait comme un porc qu'on égorge. Pardon Monsieur le Président mais la Louise ne parle pas, elle crie. Donc, la Louise trouvait que ça sentait trop mauvais. Il fallait bien que je trouve une solution pour me débarrasser de la bête.
- Enfin, il fallait ramener l'animal chez Bontemps !
- Pas question. Est-ce qu'il me rapporte les œufs quand mes poules vont pondre dans sa haie ? Sûrement pas. Il va les vendre au marché. C'est un manque à gagner énorme pour nous.
- Vous n'allez pas comparer quelques douzaines d'œufs à la viande d'un cochon tout de même ?

Dans le cochon tout est bon.
- Vous avez tout à fait raison Monsieur le Président et j'en ai bien profité, je dois dire !
- Vous ne manquez pas d'air. Qu'avez-vous fait de ce cochon ?
- Mais Monsieur le Président, ce que vous auriez fait vous-même...
- Je vous en prie. Nous n'avons pas gardé les cochons ensemble alors, restez poli.
- Pardon Monsieur le Président. Un cochon qui vous tombe du ciel, faut pas hésiter. Et je me suis pas privé.
- Vous l'avez égorgé ? Sans passer par l'abattoir bien sûr. Vous savez que c'est interdit ?
- Alors là, Monsieur le Président, laissez-moi rire. Vous croyez que le Bontemps se rend à l'abattoir chaque année ? Je le sais puisque c'est moi qui le tuait son cochon avant. Quand on était copains. Comme cochons j'allais dire.
- Vous avez donc eu des mots auparavant ? Je comprends mieux. C'est rapport aux poules ?
- Des mots ? Vous en avez de bonnes vous ! C'est rapport à la Louise. Figurez-vous que l'été dernier, je l'ai trouvée dans la grange pendant qu'elle se donnait du bon temps avec l'autre, Bontemps justement. Un sacré tour de cochon qu'il m'a joué ! Alors, même si j'ai gardé le porc, ce n'est pas cher payé.
- Ce n'est pas à vous d'en juger. Je répète ma question : qu'avez-vous fait de ce cochon ?
- Pour ça, il était bien gras et nous en avons tiré profit : quelques belles guirlandes de saucisses, de boudins, des pâtés, je ne vous raconte pas ! Plus les côtelettes que nous avons grillé au barbe à cul comme ils disent. Il ne reste rien Monsieur le Président. Si, les deux jambons qui se fument dans le cantou de ma belle-mère. On les garde pour cet hiver.
- Et bien justement, vous allez rendre les jambons à Léon Bontemps.
- Ah non, pas question ! C'est ça votre justice ? Est-ce que j'ai porté plainte moi quand le Bontemps
se régalait des jambons de ma Louise ?
- Monsieur Bonneau, ça suffit ! Préférez-vous une amende ? Ou même un petit tour en prison ?
- Non, non. Monsieur le Président. Je vais lui porter les jambons. Mais c'est bien donner de la confiture aux cochons.
- Nous en resterons là pour cette fois Monsieur Bonneau. J'espère que vous tiendrez parole.
- Cochon qui s'en dédit !

Arpenteur d'Etoiles - J'en ai bien profité

Le soir où j’ai pécho Cynthia

- Fac, grouille, allez, on va être à la bourre.
Fac bougea sa puissante carcasse en grognant vaguement.
- J’arrive. Faites pas ch’. On va se faire virer par les videurs.
- TU, vas te faire virer, mais pas nous … si tu changes de fringue. Tu candaves grave, sur.

Cinq minutes plus tard fac débaroulais de sa piaule. Un jean clean, une chemise chanmé et des pompes de ricain. « Fac » c’était pour Faco. Faco c’était pour phacochère à quoi il ressemblait pas mal : trapu, des épaules asmeuk, une tronche trop tout, et de petits yeux toujours en mouvement. Une de ces ex disait aussi que c’était cause à son appendice caudal inversement proportionnel à sa musculature, comme chez les phacochères du zoo. Mais bon, c’était une ex, alors …
- Tain, t’as le swagg, Faco. Tu vas pécho toutes les meufs du Bathyscaphe, ce soir. Il haussa les épaules :
- Au Bathys’ ? Elles sont toutes graves cheums. F’rait mieux d’aller aux Frimas. Ya pas d’taspé làs bas. Rien qu’à maté tu deviens ouf.
- C’est Oit qu’es ouf ! C’est trop stylé les Frimas. On va s’taper l’affiche. Pis, c’est blindé de keufs, le DJ a deux d’tens’ et la vodka est à deux cent boules. T’es vraiment trop relou !

Celui qui venait de parler, c’était notre garde du corps perso. Un blackos rempli de burger et de fudge, mais qui faisait deux mètres de haut et que quand t’étais avec lui, t’étais cool. Seul blème, il bédavait comme un malade et fouettait la clope à cent mètres. Et puis on savait plus vraiment son nom. On l’appelait Blackberry parce qu’il en avait chouré un dans un Macdo. Il avait jamais su s’en servir

Voilà, quoi. Premier jour de vacances. Les potes en bordée et la tournée des boites de la ville, histoire d’arroser. Et toujours le même dilemme : ousqu’on va commencer ? Là, on était tous affalés sur les vieux canapés trouvés dans une benne d’un quartier bourge, de ce que Faco appelait son « salon ». En vrai, quinze mètres carrés, calés entre une cuisine immonde, des chiottes collés à la douche, et juste au-dessus sa piaule en « mezzanine ». Enfoiré de proprio qui prenait cinq cents boules pour ce taudis. On en était là quand on sonna. Blackberry se moova jusqu’à la porte pour ouvrir. C’était Cynthia.
- Wesh, les keums. On a répondu tous en chœur :
- Wesh la pouff. Poing contre poing, main dans main, poing contre poing … etc …

J’la kiffais grave mais je m’étais fait jarter pas plus tard que la veille. Alors j’insistais pas plus. Mais ce soir elle était trop BG. Elle embraya de suite :
- Tas pas une garro ? Suis en manque là. Hé, savez quoi ? J’ai vu le voisin de palier. C’est un gros mytho. Parait qu’il est champion de France, ou j’sais pas trop où. Champion de foutriquet. J’sais même pas quoi c’est … Allez, zyva une garro. Fais pas ton crevard, merde. Elle est venue coller ses boops tout contre sur le canapé pourave. J’avais le seum avant et j’l’avais plus du coup.
- Faco répondit mollement : t’es vraiment trop naze Cynth, ça doit être bilboquet. T’sais, c’est le truc avec la boule qu’a un trou, la ficelle et le manche. Faut mettre la boule sur le manche.
- Des trucs avec des boules, des manches et des trous, tain, ça m’connait grave. Elle me poussa du coude comme sans y toucher, quoi. Mais bilboquet ça fait tièp, non ? Un truc de grumeau, sur.

Dans la bouche de Cynthia, les grumeaux c’était les dèpés. On a dit oui, on a dit OK, on a dit on s’en bat lesc’ … de toute façon, le voisin c’était un bouffon qu’avait trop une tête de boloss et qui matait des films de boules toute la journée. Alors, qu’il fasse du bilboquet n’avait rien de vraiment zarbi.
- Alors, on se casse vers où ?

J’allais répondre que chais pas quand ça re-sonna. Faco est allé ouvrir en disant « ça c’est mon dabe ».
- Bon suaire m’sieur dame !
Toujours aussi chelou le daron à Faco avec ses vannes à deux balles et ses tee-shirts AC/DC. Il passait juste filer les clefs de sa caisse. Il mata Cynhtia qui mâchait son chewing-gum en rajustant les bretelles de son sous-tif, remonta son fut’ sur son bide et lança :
- Pas trop de conneries les djeun’s le premier soir, si vous voulez bien profiter de vos vacances, hein ! Allez, à ciao !
Chelou mais cool. Il créchait à l’étage du dessus et nous passait sa bagnole. Bon, une Xanthia de plusieurs siècles, mais c’était mieux que rien.
Avant de refermer la porte il rajouta :
- Et faites gaffe à la virago du dessous. Elle vous aime pas trop et se plaint que vous faites du raffut. Elle est cap d’appeler les flics. Alors discrets au retour, hein !

On a fait, à moitié mort de rire :
- Gépi, t’inquiètes, hein !
On est resté encore un peu à se marrer et puis Faco est devenu vénère :
- Bon, on se casse. Si vous vous bougez pas l’cul, moi je me tire. J’passe damer un kebab chez l’ grec et puis on décarre au Bathys’. Tu viens Blackberry ?
- Heu … ouais. Mais c’est moi qui drive.
- OK. Rien à foutre. Zarma !

Ils se sont tirés aussi sec. Du coup on est resté Cynthia et moi sur le canapé à faire tourner un tarpé un peu lèdge mais bonnard quand même. Y avait de la binouse dans le frigo et des Kinder. Alors ça l’a fait.
- Sont un peu déspi les deux taffioles, non ? Qu’elle me dit en se levant. Elle avait les yeux un peu dans le vague.
- Et Blackberry y craint. Il est trop mystique ce keum. Tout en parlant elle avait enlevé le haut. Tain, ces boops, j’te jure man, d’la bombe. Le pire c’est qu’elle a continué. Elle a fait glisser sa jupe de skaï , m’a mis la main au paquet et est venue s’asseoir sur oim. Et là elle m’a dit un truc de ouf que je m’en souviendrai toute ma vie, parole ! Elle m’a dit comme ça :
- Fais-moi de l’interstellaire.

Je sais pas où elle était allée chercher ça, mais j’te dis pas comment j’ai trouvé ça trop d'la balle. Ça m’a saucé grave. Alors on a foutu le dawa dans la piaule.
Je l’ai bouillave sur le canapé, sous la douche, devant la fenêtre, et même dans le pieu à Faco. Et là on aurait pas dû. On aurait pas dû parce qu’il est rentré plu tôt que prévu. Il avait bad tripé grave et s’était pitchave en plus. Blackberry tirait une tepu dans la caisse à son reup et lui était foncedé à mort. Et ce con il avait un gun !

Cynthia s’est planquée sous le pieu. J’ai juste pu choper le flingue en même temps qu’il tirait. Ça m’a traversé le gras du bras et ça a explosé la téloche. Du verre partout, deux keums et une go à loilpé écroulés de rire au milieu. Comment on s’est tapé une barre trop mortelle.

Les keufs se sont pointés. La virago nous avait poucrave. Un des keufs était pote au daron de Faco. Du coup c’est pas allé plus loin. C’est des djeunes et pis c’est tout, hein !

Faco a dit :
- Tain, les vacances commencent bien !
Moi je pensais juste :
- Tain, comment j’l’ai pécho, Cynthia … j’en ai bien profité …


Vegas sur sarthe - J'en ai bien profité

Sacrées vacances

Du chaud soleil varois, de la plage torride
du col du Babaou, du poisson en bourride
des serviettes ensablées, de la promiscuité
J'en ai bien profité

Du moteur surchauffé, de la voiture en panne
de la mer trop salée, du trop de frangipane
des ruelles pentues et des antiquités
J'en ai bien profité

Des naïades aux seins nus, des glaces au carambar
des assauts de moustiques, de l'aboi des clébards
des siestes agitées et des voisins cuités
J'en ai bien profité

Des tongs délabrées, du retour éreintant
des radars bien planqués, des petits remontants
des valises oubliées, des comptes débités
J'en ai bien profité 

Où lire Vegas sur Sarthe

lundi 24 juillet 2017

Jacou - J'en ai bien profité

Le temps, le vent ... souvenez-vous en.

Jean, nez en l'air, profitait de ce quart d'heure de pause bien mérité.
Pour méditer?
Ne rien faire?
Allez savoir.

"Je n'en ai pas assez profité" peut-être songeait-il. "Je vais m'en accorder un peu plus" décidait-il.

Nez en l'air, Jean profitait de ces moments volés au temps, moments plaisirs de ne rien faire, mis à profit pour...mais que vient donc faire le profit dans cette histoire?
Jean né d'une rencontre de bien ou de mal, à qui, profitait du temps perdu, le savourait sans rien en faire.

Ainsi va l'histoire de Jean...
... qui sans le savoir, en a bien profité, un peu, un instant, un jour, une nuit, pour toujours, une éternité?

Andiamo - J'en ai bien profité

Gourance.

Bzzzzz, Bzzzz, Bzzzz, la tronche de Georges s'affiche sur le smartphone de Julien.
- Il me veut quoi à c't'heure ?
- Ciaoooo Jojo ça roule, qu'est ce qui t'arrive ?
- Ouaip j'ai un p'tit souci, ça te dirait une semaine de vacances à La Colle sur Loup ?
- J'aurais préféré Hénin-Liétard, ou Nœux les Mines, mais bon !
- Déconne pas Julien, voilà Simone et moi devons partir une semaine, son oncle qui vivait à Hennebont vient de décéder, alors nous nous rendons aux obsèques, et nous règlerons la succession par la même occase...
- Et alors ?
- Alors, alors, on vient d'acheter une villa à La Colle, et nous avons un peu peur de la laisser sans surveillance, avec tous ces cambriolages dans la région, tu comprends ?... Et puis merde 8 jours dans un cadre idyllique ça devrait vous plaire à Nicole, toi, et vos mômes....
- ... Ecoute Jojo c'est OK ! Il me reste des jours à prendre, on met deux valoches dans l'espace et on radine !
- Super ! Merci vieux, ah oui j'allais oublier, je te donne l'adresse, on a acheté il y a deux mois seulement, alors forcément vous ne savez pas où l'on crêche ! Voilà c'est une zone pavillonnaire très jolie, elle s'appelle "lou pé du figuier" nous sommes au treize de la rue des mimosas.
- Tu peux répéter Jojo ? La liaison est mauvaise, putain de connexion !
- Treize rue des mimosas.
- OK Jojo merci, et bonne route à toi ma poule, nous partirons demain matin.
- Tu me sauves Julien, ah oui souviens toi, tu trouveras les clés sous les copeaux de bois du pot rouge dans lequel survit un camélia !
- Ah oui le dernier des pots rouges !
- T'es trop con !!!
- Après douze interminables heures de route, TOM TOM les conduit après moult "au prochain rond point, prenez à gauche troisième sortie", des "prenez à gauche, gardez la droite" (eh oui c'est comme ça) ou encore "sortie imminente gardez la droite"...

Ils arrivent enfin à la résidence "lou pé du figuier" ensuite consciencieusement Catherine de chez Tom Tom les mène face au seize de la rue des mimosas.
- Tain ! T'as vu la baraque Nicole, il a gagné au loto Jojo, c'est pas possible !

Ils s'avancent, un joli mas provencal en "U" six ou sept pièces au bas mot ! La clé est effectivement sous les copeaux mais pas d'un camélia !
- Ah il s'y connait en botanique le Jojo, c'est pas un camélia, c'est un pied de lavande !!!

Toute la petite famille pénètre dans la maison, il y règne une fraîcheur bienfaisante, après avoir ouvert les volets, face au séjour une immense terrasse, une piscine en forme de haricot, immense, avec plongeoir et tobbogan !

La vache ! C'est la baraque d'un milliardaire ! Putain de cachotier ce Julien, le tonton n'aurait pas dévissé sa boîte à dominos, p't'ête ben qu'il ne nous aurait jamais invités !
- Dis pas ça gronde Nicole, Jojo est ton meilleur copain, laisse les s'installer !

Une semaine magnifique, les balades, Saint Paul de Vence, Saint Martin Vésubie, les gorges du Loup, les enfants et les parents profitent largement de la piscine... Un vrai bonheur !

A l'aube du septième jour alors que toute la famille dort encore, un raffût pas possible dans toute la maison, une voix d'homme hurle...
- C'est quoi ce bordel ? Puis à moitié ensuqué Julien voit surgir un homme le visage rougi de colère, un hamerless à la main...
- Qu'est ce que vous foutez chez moi ? J'vais t'plomber comme un scaphandrier Ducon, allez debout !

Julien se lève le palpitant au bord de l'explosion : " Mais, mais, je suis chez Georges Moulin, mon ami, il nous a demandé de garder sa villa le temps de son absence"
- Moulin ? Jojo ?
- Oui il vient de partir en Bretagne pour aller aux obsèques de l'oncle de sa femme.
- Et comment s'appelle sa femme ?
- Si... Simone, balbutie Julien.

L'homme baisse son fusil "c'est bien ça" murmure t-il.
- Mais enfin comment se fait il que vous ayez échoués chez moi ?
- Euh bredouille Julien c'est bien le SEIZE de la rue des mimosas ?
- Oui c'est bien le SEIZE, mais le Jojo habite au TREIZE c'est en face ! J'ai compris ! Il vous a donné son adresse au téléphone n'est ce pas ?
- Oui, oui bien sûr.
- Eh bien vous avez confondu treize et seize, je suis ingénieur à la S.N.C.F et lorsque nous désignons la voie treize nous disons THéRèZE, justement afin qu'il n'y ai pas confusion avec la voie SEIZE !
- Je suis vraiment désolé Monsieur, puis Julien jette un regard sur la bicoque sise au numéro treize, une toute petite baraque de bric et de broc, plus de broc que de briques du reste, il lâche laconiquement : " en tous cas on en a bien profité" !

Semaine du 24 au 30 juillet 2017 - J'en ai bien profité

Nous espérons que vous avez bien profité de tous ces festivals !
Et c'est pourquoi nous suivons la suggestion cette semaine de Pascal qui nous propose d'écrire autour de la phrase "J'en ai bien profité".
En vers ou en prose, donnez-nous votre version de cette phrase en nous envoyant un texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 30 juillet minuit.

dimanche 23 juillet 2017

Marité - Un vrai festival

L'été au jardin.

L'été au jardin est un enchantement. Un vrai festival où tous les sens en éveil se gorgent de parfums, de couleurs, de chants et de bruissements. Cet été, particulièrement riche en fruits et en fleurs, me comble de bonheur. Pourquoi aller chercher plus loin ce que la nature nous donne à profusion ? Personne, pas même les meilleurs peintres, les meilleurs parfumeurs ne l'égalera jamais. Ne parlons surtout pas de ces apprentis-sorciers qui s'évertuent à créer des exhausteurs de goût à grand renfort de produits chimiques. Et je préfère le chant des oiseaux à n'importe quelle musique.

En juin, les deux cerisiers s'alourdissent de jour en jour pour donner de belles Trompe-Geai ou Madriaque ou plus certainement la Franche-Noire, la cerise à clafoutis limousin, charnue, juteuse, au goût exquis. En les cueillant je pense aux jolies boucles d'oreille dont je me parais, enfant et il m'arrive de fredonner la chanson de Montand, mon panier au bras. Vite, les voler aux merles qui se régalent tout autant que moi et voient d'un mauvais œil mon intrusion pendant leurs bruyantes agapes.

Assise sur le banc, j'observe les allées-venues d'un couple de mésanges charbonnières qui niche chaque année dans un creux du poirier. Elles vont picorer des graines sur les boules que j'ai posé sur la terrasse, les rapportent promptement à leurs petits. Infatigables, rapides, elles ne se soucient pas de ma présence. Les tourterelles, posées sur le fil du téléphone, me surveillent par contre. Quand j'aurai le dos tourné, elles vont se précipiter au poulailler pour voler le grain des poules. En attendant, elles roucoulent et se font des courbettes.

Les rosiers croulent sous leurs fleurs blanches, rouges, jaunes, roses et leurs parfums se mélangent joyeusement pour embaumer le jardin. Leurs pétales s'envolent au vent léger de l'après midi, s'éparpillent de ci, de là, franchissent la petite haie de buis qui isole le potager et se posent sur les rangées de haricots verts ou de pommes de terre. Les radis, qui ne veulent pas être en reste par rapport à ces envahisseurs, se haussent pour montrer leur collerette blanche ou rose.

Puis arrive juillet. Les pruniers ont déclaré forfait et ont laissé choir leurs branches lourdement chargées de Reine-Claude. Elles touchent le sol et sont en permanence visitées par abeilles, guêpes et frelons bourdonnant à qui mieux-mieux. Les prunes prennent une jolie couleur mordorée et exhalent un parfum suave et sucré. Leur compote servira à la confection de savoureuses tartes en hiver et leur confiture...un délice sur les tartines du petit-déjeuner.

Il faut couper la lavande, la sécher et l'égrener dans de jolis petits sachets à placer dans les armoires à linge comme le faisaient nos grand-mères. Mais je ne peux me résoudre à tout récolter. Ces touches de bleu sont d'un si bel effet entre les massifs d'hortensias roses ! Les lys, arums, hibiscus agrémentent les massifs d'arbustes qui ont fleuri au printemps.

Une touffe d'osier protège les aromatiques, thym, sauge, romarin, persil, des rayons trop vifs du soleil. Plus loin la menthe s'étale près des groseilliers. Leurs fruits, en grappes serrées, forment une tache vermillon adoucie par la couleur bleutée des cassis et le jaune-orangé des framboises.

Le tulipier a fleuri au printemps sur ses branches nues. Mais son voisin, le laurier rose déploie maintenant orgueilleusement ses fleurs fuchsia sous son nez. Ce n'est pas supportable pour le tulipier vexé aussi, il insiste en arborant de magnifiques boutons d'un rose très soutenu qui sont du plus bel effet dans son feuillage vert foncé.

Les pêches prennent de belles couleurs rouge-orangé mêlé de jaune et leur peau veloutée est douce dans mes mains. Elles mûrissent peu à peu ainsi que les brugnons et les poires et nous régaleront au mois d'août. Les pommes jaunissent à peine et sont déjà habitées par quelques vers pernicieux qui les creusent sans trop se faire remarquer.

Les citrouilles partent à l'assaut du grillage où elles accrochent de belles fleurs ocres. C'est là, sous leurs grosses feuilles que se cache la famille lézard vert qui fuit bien vite à mon approche.

Les tomates se gonflent de chair parfumée rouge vif et je ne résiste pas au plaisir de mordre dans leur pulpe juteuse. Elles sont bien meilleures au potager.

Il y a tant de merveilles dans un jardin. On peut s'y promener et faire toujours plus de belles découvertes même s'il n'est pas très grand et très riche. Il suffit simplement d'être à son écoute, le regarder vivre et s'épanouir et saisir tous les bonheurs qu'il donne généreusement. Grâce aussi à son incomparable jardinier !

samedi 22 juillet 2017

Jacques - Un vrai festival

Un vrai festival…

Du bruit, des odeurs. Un vague fumet de marée dominé par des effluves de beuh.
Il fait chaud, la chaleur d’un bel été.
Une bicyclette slalome, me bouscule presque, je fais crédit à sa conductrice des pavés inégaux du quai, sans doute amadoué par un effet de jupe légère dans le vent.
L’été est bien là, c’est un festival de corps légèrement vêtus, souvent jeunes, bronzés parfois jusqu’à la brûlure, tatoués souvent.

Échos de batterie au loin, musique étouffée, affiches omniprésentes : seuls les oiseaux de mer se font rares. Je suis, slalomant esquivant le contact houblonneux attentif à ne pas perdre de vue ma compagne, stressé au point de suivre son sac à dos vert pomme au lieu de son cul, c’est dire.

Si je m’écoutais, je ne serais pas là, mais je tais le festival de protestations qui se bousculent pour m’en tenir à la navigation inconfortable de monument en monument le long de l’itinéraire touristique conseillé par l’office de tourisme, du moins quand les espaces monopolisés par les spectacles musicaux ne le perturbent pas. Les deux tours, là-bas, me narguent de leur inaccessibilité digne du Mordor.

Je ne passerai pas, j’ai compris. Oui m’sieur l’agent.

Forces de l’ordre omniprésentes, lourdement armées. Daft Punk n’est pas sur scène, mais on a de beaux déguisements dignes de « robocop ».
Quelques rues calmes, enfin parcourues le nez en l’air sans risque de collision, une récompense glacée qui se mérite – l’étalage, un vrai festival de saveurs et de textures, merci Ernest – et repartir, Kebabs, ersatz de marché et enfin, la mer, celle que chérissent les hommes libres.
Une fois de plus, je doute d’appartenir à cette catégorie fantasmée. Et puis, Baudelaire ne marchait pas plus à l’eau claire que le crétin qui vomit sa binouze contre les murs de la Préfecture.

La mer, donc.
Il s’agit plutôt de l’avant port, d’ailleurs, bien limoneux, constellé d’une armada d’Optimist que je prends d’abord pour des jouets.
Le calme, toutefois, enfin.

Les tours inaccessibles, d’où me parviennent des échos de sonorisation puissante me narguent, à main gauche, maintenant. Une foule encore clairsemée s’amuse du festival que s’offrent les dépanneuses de la fourrière aux dépends des distraits qui n’ont pas pris garde aux restrictions de stationnement le long de l’allée du Mail en ce jour de fête nationale.
Posé sur un banc, je scrute l’horizon océan, tout ça manque de relief à mon goût. Et la foule arrive pour assister au festival pyrotechnique laïque et républicain qui embrasera bientôt la digue du Bout Blanc…

Fatigue.
Toujours.
Dans la nuit et la foule qui s’éloigne de la plage de la Concurrence, je suis un peu triste, naviguant au plus court vers notre voiture, déçu de ne pas lâcher prise et me laisser porter par l’air du temps, un peu sonné par l’affluence, les cris, les rires, le bruit lointain des concerts et les reliquats de ripaille dans les rues.

Fatigué et triste comme l’une de ces poubelles qui déborde, je me traîne, un peu résigné.
Entre nous, je n’aime guère les festivals.

Où lire Jacques

Stouf - Un vrai festival

Festival de klaxons à Saint-Julien du Désert.

A Saint-Julien y a plus que des gens âgés, sauf Philippe le trisomique qui vit avec ses parents et qu'est toujours content de tout, du moment qu'il fume sa Goldo du matin et celle du soir.
Y a plus beaucoup d'harbres parce que les Dharfeuille, la famille propriétaire terrienne, les ont rasés pour faire des champs avec du maïs et du blé transgénico-illégal qu'ils vendent aux chinois.
Du coup les évènements ont resserrer la communauté des gens (même Christine qui pouvait pas piffrer Germaine parce que dans le temps elle lui avait piquer son amoureux du bal et qu'elle s'était marier et pas elle ).

Tous les jours où il ne faisait pas trop moche ils se réunissaient sous les quelques harbres qu'il restait dans la rue principale ( quasiment la seule ) , ils sortaient les chaises pliantes, les tables, le Guignolet, quelques tonnes d'olives,des frites et regardaient l'étape du tour de France qui passait justement par là …
- Vas y Poupou … à mort les Belges !
- Oh noooon … c'est encore Eddy Merckx qui passe en premier !

Tout de même, au bout du quinzième tour de France où Eddy Merckx passait en premier, y a mademoiselle Sylvie ( l'ancienne de la poste quand y en avait encore une ) qui demanda :
- Et si on changeait de sujet, un machin qui parle des chats et des chiens,même des oiseaux ?
- Oh naaan … c'est chiant, y en a assez à la télé ! S'exclamèrent ils tous d'heureux-chef.

Là … il se passa un truc qui allait changer le cours des vies de tout ces gens … Jojo ( Giorgio Esteves, l'ancien président du Venezuela en fuite depuis 40 ans mais qui n'avait plus aucun accent ) dit :
- J'ai peut-être un truc. Mon petit fils est dans la sonorisation des spectacles, il s'occupe aussi de Johnny Hallyday et peut-être aurait-il une solution. Sylvie … puis je utiliser ton téléphone dans ta maison ?
- Haaan … cool ! dit l'assemblée.

Mademoiselle Sylvie rougit et pense que ... se faire gentiment un peu draguer par un beau-gosse de son âge … c'est bien tout de même !
Trop fort le Jojo !
On ne sut pas se qu'il se passa dans les locaux de l'ancienne poste mais, dés le lendemain y avait des grosses enceintes dans les harbres et les gens pouvaient choisir qu'elle ambiance ils voulaient grâce à un ordinateur portable automatique chez mademoiselle Sylvie.
- La ville, dit Josette … c'est comment ?
- Il paraît que ça pue et qu'on peu se faire écraser par des voitures ! dit Gustave.
- Des quoi ? Demande Philippe.
- On peut y allez entendre ? Demande Victorine.

Le petit fils tapote l'ordi et … les v'la tous sur le trottoir du boulevard St Denis, entre la bouche du métro Strasbourg-st-Denis et les poubelles en face de chez Gibert jeune.
C'est l'heure de pointe, un vrai festival de klaxons, de sirènes de flics ou d'ambulances ( zut, Philippe coure après la camionnette des pompiers ).
Tout de suite monsieur Firmin semble très intéressé par les dames chinoises qui disent:
- Hô toi gentil bôgosse, venir dans chambre avec moa ?

Victorine s'extirpe prestement de sa chaise pour allez demander au gros musclé poilu qui fait vrombir sa Harley customisée, si elle peut monter avec lui.
Jojo est subjugué par les gens de la manif CGT en face et qui crient que y en a marre, faut que ça cesse !

Christiane, qu'a toujours voulu jouer d'un instrument mais qu'a pas pu, écoute religieusement la jeune fille qui joue magnifiquement du violon sous un porche afin de glaner quelques sous pour manger.
Julien et sa femme Juliette se prennent par les mains et les tailles et dansent en suivant un p'tit jeune qui écoute de la musique moderne avec son téléphone et un haut-parleur dans sa poche de pantalon.
Monsieur Paul vient d'entendre la bière couler dans un grand verre du bar de chez « Moustache le Turc » et se dit qu'il s'en balancerait bien une ou deux ( ou quatre ou cinq ),mais il faut certainement payer en euros et il n'a que des anciens francs, du coup il part à la maison manger sa soupe et se coucher, comme à son habitude.

Plus rien …
- S'cuse Pépé, c'est l'ordi qui merde et puis faut que je vais bosser tout de même !
D'un seul coup d'un seul … la magie s'estompe … chploc !

Tous les vieux du village se regardent et comme un éclaire d'ensemblitude les habite tout à coup, ils chopent le môme,l'encerclent avec des yeux péremptoires et c'est mademoiselle Sylvie qui cause :
- Toi ,le môme, on va dire que t'es un presque otage. Tu vas pieuter dans ma chambre (puisque j'en ais trouver une autre ;o) et on va tous se cotiser pour te payer tes honoraires et tu restes là, c'est un ordre !!!
- Bon ben okay m'dame, t'énerve pas !;o)))

jeudi 20 juillet 2017

Plume Vive - Un vrai festival

Rouge, bleu, vert, jaune.

Les étoiles de poudre en fusion se succèdent dans un vacarme assourdissant. Un vrai festival de couleur ! Admirer ses fusées lancées au-dessus du château de Carcassonne était un rêve de gamine et nous l'avons réalisé ! Ne manque plus que l'odeur si caractéristique, mais totalement hors de portée sur cette aire d'autoroute qui s'est mise en quatre pour nous accueillir.

Il nous a fallu venir très tôt pour être certains de trouver une place, la renommée de l'aire en question n'étant plus à faire. Pique-nique et enfants chargés dans la voiture, nous avons suivi les indications dénichées sur les forums de connaisseurs et avons posé nos valises dans un endroit si organisé qu'on aurait pu le prendre pour le parking d'une grande salle de concert.

Les forces de l'ordre gèrent la circulation et les places de stationnement sont redessinées au sol pour l'occasion. Nous sommes quelques milliers sur ce morceau de bitume, plutôt habitué à recevoir un public nomade éphémère. Des animations sont organisées pour nous faire patienter jusqu'au grand moment. Nous attendons tous impatiemment que la nuit tombe et que le spectacle commence.

Les premières clameurs se font entendre, le ciel s'éclaircit de couleurs qu'il ne sait pas offrir naturellement, et de formes que ses nuages ne prendront jamais. Un éblouissement total grâce à la lumière qui fuse, un dépaysement délicieux avec le contraste offert par la forteresse qui sert de piédestal à ce feu d'artifice d'un autre temps. La cité médiévale a offert bien ses surprises lors de la visite qui a accompagné cette sortie nocturne… mais le clou du séjour nous a laissé une sensation de magie indescriptible.


Vegas sur sarthe - Un vrai festival

On y danse tous en rond

On est entrés dans la cour du palais des papes mais il n'y était pas ou alors il se cachait bien; alors on a filé au cloître des Célestins mais ils n'y étaient pas non plus.
On a couru au théâtre Benoit XVI mais ils en étaient restés à Benoit XII alors on s'est rabattus sur la chapelle des Pénitents blancs où on les attendrait encore si Germaine n'avait pas eu l'idée du pont d'Avignon.

Il faut bien avouer que le pont d'Avignon c'est surfait, c'est de la roupie de chansonnette: d'abord il en manque un bon morceau pour traverser et puis on nous a bourré le mou avec les paroles puisqu'on y dansait dessous et pas dessus... bref.

A la collégiale Saint-Agricol... toujours personne.
On a fini par nous dire que les choristes étaient tous aux chants! Quelle idée d'organiser un festival au moment des moissons.

On avait fait spécialement le voyage pour Germaine qui voulait voir Gérard Phillipe – le nouveau premier ministre – et moi Jean Vilar qui avait fondé le festival la même année que celle de ma naissance.
On nous a proposé de voir Hamlet et comme c'était gratuit on s'est laissés tenter... on aurait pas dû!
Une poignée de détenus incarcérés à la prison du Pontet et sortis pour l'occasion jouent le rôle de Hamlet chacun leur tour: "Toubib or not toubib, that is the question". On n'a rien contre ces "artistes" bien au contraire mais je dis que ce Gérard Phillipe pourrait faire un geste pour aménager leur peine.
Recevoir une ovation avant de retourner au gnouf, ça doit foutre les boules!

Ouf! Libérés de là il nous reste à voir le Off... 1400 spectacles de clowns, de poésie, de danse flamenco ou hiphop, de mime, de magie.
Dans la chambre d'hôtel on commence à lire le dépliant pour faire le bon choix.
J'ai soif.
Germaine dit que c'est pas le moment et qu'à nous deux on devrait avoir fini dans une semaine.
Je lui réponds que "J'ai soif" c'est juste le nom d'un spectacle.
Elle n'a pas l'air de me croire.
Ce qui est sûr c'est que l'an prochain on fera d'autres festivaux mais pas Avignon


mardi 18 juillet 2017

Jacou - Un vrai festival

Chantal

Ouf ! pense Chantal.
Enfin, père lui a donné son aval,
Non sans lui avoir fait entendre l'habituel récital,
Suivi des sempiternelles recommandations : un vrai festival.
Tenue correcte et sans maquillage: on n'est pas à Carnaval,
Les yeux baissés garder, et gare aux chacals,
Qui pourraient l'entraîner dans le foin du corral...
Ces paroles, elle les connaît par cœur, Chantal,
Qui sait qu'au final,
Et, d'avance, elle s'en fait un régal,
Ce soir, elle ira au bal.

Pascal - Un vrai festival

Le Tour de France 170717

Demain, le Tour de France bouclera sa seizième étape à Romans. C’est l’effervescence dans notre localité, un grand chamboulement, un coup de vent nerveux, à la morosité ambiante de la ville dans ce juillet brûlant qui boute des arbres les premières feuilles jaunies.
Ici et là, quelques lourds camions de la caravane du Tour ont déjà envahi les esplanades ; dans un désordre indescriptible, toutes les places de parking sont prises d’assaut. C’est un grand cirque déplaçant toutes ses roulottes dans un ordre hermétique aux profanes. Demain, cette ruche laborieuse récupérera ses abeilles après leurs pérégrinations dans nos collines et nos vallées. Sur la place Jean Jaurès, les grands chapiteaux se déplient, les barrières de sécurité s’allongent, les premières banderoles défient le vent.
Comme un parfum sans âge, il y a dans l’air un je ne sais quoi de Merckx, d’Hinault, d’Anquetil et de tous les grands coureurs qui ont forgé l’âme du Tour de France ; ils sont là, dans les drapeaux qui claquent, sur la ligne d’arrivée fraîchement peinte, le long des balustrades alignées comme à la parade.

Je suis rempli de fierté de savoir que ma ville va s’offrir aux caméras ; la planète aura les yeux posés sur nous. Sur toutes les chaînes, les journalistes vont nous raconter en long et en large ; ils vont braquer leurs objectifs, prendre des photos, filmer, interviewer tout ce qui est romanais. Ils parleront de nos héros, de nos collines, de notre climat et de nos spécialités culinaires. Du gratin dauphinois à la pogne, des tommes de chèvre aux ravioles, on mettra l’eau à la bouche au monde entier.
On verra couler l’Isère et ses méandres bleutés sous le Pont Vieux ; on aura des images sensationnelles de notre Saint-Barnard auréolé de soleil. Je suis sûr que notre bonhomme Jacquemart va avancer son heure pour nous marteler sa cloche pendant le sprint final !
Au terrain des Chasses, c’est la noria des hélicoptères qui prend ses marques ; leurs zonzons nous font lever la tête ; on dirait des libellules découvrant un nouveau champ de fleurs. L’ambiance est tendue, l’événement est d’ampleur internationale ; nous accueillons le Tour de France : nous serons à la hauteur du rendez-vous…

Si je pouvais, j’ôterais tous les graviers de la route, je cacherais tout ce qui est moche, j’astiquerais les monuments, raviverais les statues, embellirais les massifs, pour conforter ma ville aux yeux du monde. J’espère que l’ombre de nos vieux platanes saura rafraîchir cette fantastique odyssée. Les terrasses des cafés vont afficher complet ; la bière et les sirops couleront à flot pour rassasier les badauds et les aficionados. Les restaurants vont s’empiffrer des touristes affamés et de tous ceux qui suivent assidûment la grande boucle.

Demain, il faudra que je me pince pour être sûr de ne pas rêver…
C’est le grand festival ! On fignole nos pancartes ! On peint la route avec les noms de nos héros ! On a repéré nos emplacements les meilleurs pour voir passer la course ! On va prendre d’assaut la caravane publicitaire ! On hissera le petit sur nos épaules, on enfermera le chien au garage et on placera mémé chez sa copine pour ne rien rater du spectacle ! Le soleil sera de la fête, comme le vrai héros de cette aventure de cyclisme, il ne voudra pas manquer de briller intensément sur ma ville, ma place, mon boulevard, ma rue ; il va allumer des guirlandes scintillantes sur tous les balcons…

Demain, j’ovationnerai tous les vélos même si je ne vois rien de leur passage ! J’espère que nous serons nombreux pour les célébrer parce que c’est chez nous que cela se passe ! On ne va pas bouder notre plaisir ! Merci ! Merci à tous ceux qui ont permis cette extraordinaire manifestation ! Au diable les pisse-froid, ceux qui ne voient que le dérangement à leur train-train quotidien ; aux oubliettes les renfrognés, l’opposition rabat-joie et sa morosité jalouse ; au rebut les grippe-sous, ceux qui croient qu’ils payent l’arrivée du Tour de France en ville avec leurs seuls impôts ! Romans tutoie la dimension internationale, touche le firmament ; laissez-nous approcher, un instant, ces étoiles filantes fonçant sur l’asphalte de notre boulevard !...

On va applaudir à tout rompre, crier notre joie, taper dans les panneaux publicitaires et plébisciter nos héros français ! Aux coups de klaxons péremptoires des motards ouvrant la route, on va allonger le cou, on va se mettre sur la pointe des pieds, pour être les premiers à apercevoir les coureurs ! On va commenter leurs exploits ! Les accréditer avec nos louanges les plus enthousiastes ! « C’est untel qui est devant ! » « Il est sur le grand plateau ! » « Allez Poupou ! »

Pendant le passage du peloton, les maillots bleus, rouges, verts, jaunes, vont se confondre le temps d’un sensationnel brouet multicolore ! Ce sera le feu d’artifice sur la place Jean Jaurès ! Dans le courant d’air de leur passage, peut-être que je sentirai la sueur de leur courage ! Peut-être que je serai éclaboussé par un bidon jeté contre le trottoir ! Peut-être que je reconnaîtrai l’un ou l’autre !

De la tête aux pieds, né de mes émotions exacerbées, un grand vent de frissons va m’envahir ! Je me sentirai tout petit devant tous ces valeureux sportifs ! Je verserai une larme de bonheur parce que c’est Romans, parce que c’est Froome, parce que c’est l’ambiance, parce que c’est la réalité. Là, au milieu de la foule en délire, baignant dans une indicible dimension, des paillettes plein les yeux, je serai ébloui…

Tisseuse - Un vrai festival

Aux rendez-vous
De l’Erdre
Rien de très banal
Sur une péniche juste en aval
Charles Lloyd fait son festival
Dans un jazz pyramidal

Il flotte un parfum de blues entre mes oreilles
Un léger bourdonnement d’abeilles
Au doux son de miel
Juste une ébauche de ciel
Entre deux volutes d’âmes
Qui s’enflamment

Je vous l’avoue
Je suis fan à tout jamais
Du sax et de ses regrets
De ses accords profonds
Et de sa mélodie song
Jusqu’à me perdre

lundi 17 juillet 2017

Arpenteur d'Etoiles - Un vrai festival

LE FESTIVAL DES SORCIERES



- J’ai le plaisir de remettre le grand prix de meilleure sorcière de l’année à : …
- Arrêtez, arrêtez !
Le président manqua d’avaler à la fois son chapeau étoilé, le parchemin qu’il tenait de la main droite, et son immense barbe grise.
- Qui se permet ? Gronda-t-il.
- Moi, fit une voix juvénile dans le fond de la salle.
- issua ioM, rajouta une deuxième tout aussi effrontée.
Deux jeunes filles absolument semblables avancèrent nonchalamment au milieu des murmures de l’assistance. Jeans effrangés, T-shirt dos nu, piercing, tatouage sur l’épaule droite pour une, inversé à l’épaule gauche pour l’autre, elles avaient l’assurance insolente des adolescentes qui semblent revenues de tout.
- Alors, le vieux, on allait enfreindre la loi une seconde fois ?
- ! neib sap tse’c tE. Les deux partirent d’un long fou rire.
- Qui donc êtes-vous pour oser interrompre la cérémonie de clôture du grand festival d’Elseneur ?

Le président s’était levé et tremblait de colère :
- La loi, c’est moi qui la dicte depuis des millénaires, jeunes écervelées. A qui donc croyez-vous avoir à faire ?
- Ben, à un vieux gâteux … comment dit-on déjà quand on est instruquée, chérie ?
- ! eiréhc ,emyhcocaC
- Vouais, c’est ça : un vieux cacochyme !
- Hors d’ici petites salopes de merde. On chuchota quelque part : "ça y est, il a pété les plombs". Le président était passé par bleu, puis vert, puis rouge et s’était arrêté sur blême. Il tendit un doigt vengeur et lança une imprécation violente. L’assistance fit ahhhhh.
- Allez crever aux enfers, raclures de la société. L’éclair qui avait fusé du doigt tremblant se brisa sur la main tendue d’une des filles. Ohhhhhhh, fit l’assistance.

- Bon, assez joué, maintenant. Si t’insistes, tu vas récupérer le déambulateur garé devant l’entrée et retourner à la maison de retraite.
Elle cracha son chewing-gum. Celui-ci roula sur l’estrade et se changea en un loup écumant qui prit une taille gigantesque. Il lorgnait sur le président avec délectation.
- Alors vieux, tu nous écoutes ou tu sers de pâté à mon loulou adoré ?
- ! ueugéd ertê tiod li ; sap xueim tuaV
Le président se rassit, rajusta sa robe en sifflotant, histoire de reprendre ses esprits.
- Ben tu vois quand tu veux, t’es sage. Loulou redevint chewing-gum et se colla sous la table, au cas où …
- Voilà : nous sommes Bora la fille de Myrtha de Malfosse.

Au bruit de Myrtha, la foule tangua.
- Oui, Myrtha. La meilleure sorcière de tous les temps que vous avez flouée l’année dernière avec une décision inique au profit de cette espèce de fantôme ambulant de Marouflette de … comment c’est déjà le nom de l’autre taupe baveuse ?
- ogitreV ed éelforiM
- Miroflée de Vertigo ! Quel blase à la con quand même. Et c’est encore elle qui allait être élue cette année. Tu la baises, ou quoi, président de nos deux ? Et elle où d’abord ?

Une voix cassée descendit de la voute en pierre :
- Ici, je vous attends mes laides, je vous attends. Un rire épouvantable emplit la grande salle accompagné d’une odeur pestilentielle.
- Putain, Marouflette, t’as inventé ni l’eau tiède ni la brosse à dent. Bora fit un geste léger de la main droite qu’aroB exécuta simultanément de la main gauche. Une pluie de fleurs embaumées descendit élégamment sur les participants.
- Pour ton information, ça s’appelle des lys … J’en étais où. Ah oui, inique. Notre mère a failli abandonner son métier et entrer en religion. Ça vous aurait fait drôle d’ailleurs, la compagnie ! Elle est la meilleure pourvoyeuse d’enfants pour le repas d’halloween, et depuis bien longtemps. Donc, on vient relever le gant puisque Ta loi le permet : article cent vingt-six, alinéa trois. Bla bla bli, bla bla bla, voilà j’y arrive : si une sorcière a été vaincue en combat singulier par une autre sorcière, ses enfants ou ayant droit, peuvent se présenter à leur tour dans un délai d’une année. Alors, t’autorises ou je rappelle Loulou ? Le chewing-gum grogna doucement.

- Impossible : vous êtes deux. Vous ne pouvez pas vous battre à deux contre un.
- Du tout pas. Je suis l’unique Bora accompagnée de mon reflet, aroB, qui est sorti du miroir. Et là, j’y peux rien. Vous savez aussi la règle à ce sujet : le reflet ne peut être compté comme une personne. La loi du miroir magique est la loi. Point barre.
Le président avait retrouvé une vague contenance. Il acquiesça en soupirant et demanda à Miroflée de rejoindre le pentagramme inversé tracé à même la pierre. Un oiseau drapé de noir se posa en face de Bora et d’aroB.
- Que le combat commence, lança le président non sans une certaine emphase. Puis il alla se rasseoir, évitant prudemment de frôler Loulou, ne serait-ce que d’un pan de robe.

Ce fut un duel d’anthologie.

Les sorcières se rendaient coup pour coup, faisant avorter chaque tour de son adversaire. On vit un tyrannosaure (Rex) tenter de passer dans un cerceau en feu, des milliers d’oiseaux se fondre en un lapin nain, des centaures se faire dévorer par des loups, des chiens ailés aboyer dans toute les langues du monde mais n’acceptant d’obéir à aucune, des arbres gigantesques sortir de terre puis disparaître en fumée. Les enfers se sont ouverts mille fois, les cieux se sont déchirés tout autant. Un troupeau d’éléphants fut mis en déroute par une seule souris et des milliers de rats furent écrasés par un seul éléphant aveugle prénommé Gilbert. La plus belle des femmes fut séduite par un gnome épouvantable. Orages de feu, déluges de grêle, hurlement déchirant des vents des profondeurs, tornades gigantesques finissant dans un ridicule sac poubelle, sublimes trésors devenant tas d’immondices … Tout de l’art subtil de la sorcellerie y passa. L’assemblée criait de plaisir, applaudissait à toute nouvelle création diabolique, chantait des hymnes triomphaux. Il y eut un moment de flottement lorsque Miroflée se changea en Valérie Damidot, mais celle-ci fut balayée d’un revers de main par Salvador Dali lui-même qui la recouvrit de montres molles en chocolat Lanvin.

- Mesdames, le temps imparti pour le duel est arrivé à son terme. Les spectateurs ont voté sur leur tablettes et le résultat est sans appel : match nul.

Miroflée de Vertigo vint au devant de la scène pour dire sa satisfaction de n’avoir pas perdu cette année après avoir gagné l’an dernier. Elle fut sifflée copieusement pour son manque de sportivité.

Puis Bora prit la parole :
- Vous savez quoi ? Non, fit le public tout acquis à sa cause.
- Miroflée a épuisé tous ces tours. Elle vient de l’avouer. Tacitement, certes, mais elle l’a fortement sous-entendu. D’ailleurs elle ne dément pas.
La sorcière s’était renfrognée dans un coin de l’estrade.
- Mais moi, j’en ai encore un et un surprenant. Ah ! Fit le public, lisant les prompteurs disposés tout autour de la scène.
- Mais tu es hors délai tenta mollement le président.
- Rien à foutre … Regardez bien, public chéri …

Bora et aroB se mirent en face l’une de l’autre, se prirent les mains. Un tourbillon les enveloppa un instant. Quand il se dissipa, Myrtha de Malfosse était là, sur la scène, imposante, carnassière, victorieuse.

La foule rugit de bonheur. On se leva pour porter en triomphe la sorcière.
Elle fut aussitôt nommée grand chevalier de l’ordre de la sorcellerie.

L’année prochaine c’est elle qui présidera au grand tournoi d’Elseneur.

Bora

Arob


Andiamo - Un vrai festival

J’ai découvert le festival de Cannes en 1953, j’avais 13 ans, nous étions allés ma sœur et moi chez une tante qui habitait sur les hauteurs de Cannes.
C’était pour les vacances de Pâques, aujourd’hui on les appelle vacances de printemps afin que ça fasse plus laïque !

Cannes dans ces années là était une petite ville avec ses petites boutiques, ses petites places qui accueillaient deux ou trois marchés par semaine, les paysans venaient y vendre leurs produits.

Seules La Croisette et la rue d’Antibes alignaient des boutiques chics. Point de grands immeubles, hormis les palaces, Carlton, Miramar, Martinez, des villas avec des haies de lauriers roses bordaient la Croisette, c’était encore l’ancien palais des festivals, et non ce bunker dégueulasse ! Comment peut-on permettre pareille horreur ?

Gamin débarquant de sa banlieue, j’en prenais plein les mirettes, et puis j’allais voir des vedettes ! Tu penses, celles de l’époque bien sûr, elles ne vous rappelleront rien : Alan Ladd, Eddie Constantine, Dora Doll, Georges Guétary, Jean Marais, et bien d’autres.

Un après midi, j’étais allé dans ce lieu magique, ma Tante grâce à des relations avait obtenu des billets. Bien sûr cela nous donnait accès à une séance de projection de courts métrages, et non pas de grands films en compétition, comme le salaire de la peur de Clouzot qui obtînt la palme d’or. Il n’empêche que de pénétrer dans cette grande salle chargée d’émotions, où résonnaient encore les applaudissements, avait été pour moi un vrai festival.

Semaine du 17 au 23 juillet 2017 - Un vrai festival

Toute la semaine écoulée nous nous sommes efforcés de ne pas en faire une pendule, alors nous vous convions à présent à écrire un texte qui soit "Un vrai festival" (sur la forme ou sur le fond).

En prose ou en vers, vous devrez nous envoyer votre texte à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 23 juillet minuit, date de clôture du festival hebdomadaire.

dimanche 16 juillet 2017

Plume vive - On ne va pas en faire une pendule

Il tourna et retourna le morceau de bois dans ses mains. Une antilope du désert ? La teinte blonde de l'objet le faisait voyager par-delà le sable qui s'étend à perte de vue… Il ne fut pourtant pas convaincu.

Il gratta du doigt la fine écorce de la bûche et pensa immédiatement à un club de golf. Une idée fugace et plutôt incongrue compte tenu de la taille de l'élément à façonner. Ou alors un club de golf pour souris. Cette pensée le fit rire quelques secondes silencieusement, sa barbe se trémoussant au rythme de sa poitrine qui se soulevait.

L'œil plus proche du grain végétal, une sensation d'intemporalité le saisit. C'est sûr, on n'allait pas en faire une pendule de ce bout de bois. Il en émanait quelque chose de beaucoup plus profond que le temps qui passe, comme une invitation à passer les années, à les regarder s'enfuir, sans s'en soucier. Comme si l'histoire pouvait se répéter et mystérieusement ne jamais être la même.
Alors lui vint l'inspiration. Une plume. Voilà qui irait parfaitement. Des dizaines de plumes, même, grâce à la longueur de l'objet. Des plumes pour accompagner des dizaines d'auteurs. Musique, mots, chiffres, toutes les compositions trouveraient plus de sens avec une plume sortie de cette bûche qui semblait habitée.

Inlassablement, il tailla des bûchettes pour en faire des plumes d'écriture, parfaitement polies, douces et arrondies. Son ami ferrailleur l'aida à ciseler de parfaites pointes, qui trouvèrent facilement place au bout de chaque tige travaillée, comme si tout cela coulait de source, finalement.

C'est ainsi que trente-sept plumes virent le jour et qu'elles satisfirent trente-sept écrivains.

Sept d'entre eux étaient comptables, dont un renommé pour être un parfait grippe-sou. L'histoire ne dit pas si la plume l'assagit, mais l'artisan savait que détenir un morceau de ce bois si parfait ne pouvait laisser insensible son propriétaire. Neuf étaient des musiciens amoureux, qui de leurs mélodies, qui de leurs demoiselles… Tous étaient toqués de leur nouvelle plume. Ils avaient même l'impression que grâce à elle, le monde allait tourner mieux. Cinq enseignaient à des classes plus ou moins grandes, et plus ou moins jeunes. Les élèves, de sept à vingt-quatre ans, remarquèrent bien, eux, que quelque chose avait changé. Mais ils n'auraient jamais su dire que cela venait du petit bout de bois que leur instituteur ou professeur manipulait à longueur de journée. Qui l'aurait cru de toute façon ? Quatre se trouvaient entre les mains de jeunes gens, assis sur les bancs d'école. Evidemment, les insanités n'ont jamais trouvé plus belles encre sur les bureaux en bois et les devoirs, plus jolies tâches sur le papier. Deux furent cassées rapidement, avant même de trouver preneur, sur le chemin qui les séparaient de l'atelier d'ébénisterie du commerce où les plumes étaient vendues.

Il en restait une petite dizaine, dont chacune rendit heureux son propriétaire. Un jeune diplômé en quête d'un emploi, qui signa son premier contrat avec… Un itinérant qui finit sa carrière sur une belle vente, grâce à la discussion ouverte au sujet de la plume en question… Une mère de famille qui adorait tant écrire des lettres aux siens que son mari avait gâtée pour l'anniversaire tout juste passé… Une vieille dame qui s'extasiait sur chaque objet travaillé par l'artisan, amoureuse secrète, et transie, s'il vous plaît ! Des jumeaux, qui scellèrent leur pacte de vie séparée avec chacun leur plume… Un petit frère qui connaissait le goût immodéré de son aînée pour les plumes en tous genres, qui couvait le cadeau en attendant de la revoir pour noël… Le buraliste qui aimait faire ses mots-croisés avec style… L'employé des pompes funèbres qui, lui, faisait ses rapports avec panache… La concierge qui reçut l'objet en récompense de service fourni, et qui ne savait pas bien comment s'en servir… Et votre dévouée, qui la regarde constamment, son imagination débordante se nourrissant sans aucun doute de ces contemplations, imagination parfois loufoque, souvent sans dessus-dessous, et de temps en temps… tardive!

vendredi 14 juillet 2017

Jacques - On ne va pas en faire une pendule

On ne va pas en faire une pendule ?!
(saynète totalement improbable)

La réunion de service s’éternise. Les fortes têtes pinaillent autour des menus tracas quotidiens. Le chef de service s’impatiente.
- De toutes façons, nous sommes prisonniers de l’inertie des services. On ne va pas en faire une
pendule ! »

Il n’a pas complètement tort. Le Char Français, vieux groupe familial incontournable dans l’écosystème militaro-industriel hexagonal, objet de curiosité chaque fois qu’il gagne un marché face à des concurrents dix fois plus gros que lui, présente une singulière capacité à l’autisme dans certain domaines, et l’entretien des locaux où nous sommes en fait partie : climatisation erratique, éclairage névrosé, réseaux informatiques souffreteux et toilettes bouchées avec une régularité à faire pâlir un coucou suisse bien né.

Donc, à quoi bon en faire une pendule, puisque ça ne changera rien, si ce n’est subir la visite bruyante
d’une délégation du Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail.
- Ben, si ! »

Je regarde autour de moi, j’ai parlé hors de mon propre contrôle, en contradiction avec la réflexion que je venais de mener. Mes collègues me regardent, perplexe. Je grimace, le retour d’une vieille douleur thoracique lorsque le stress s’approche d’un niveau intolérable.
- Ben si » reprends-je, « on doit en faire une pendule. Un foin. Un esclandre. Faire pipi par terre et se
rouler dedans jusqu’à ce que ça mousse »

Je toise ma douzaine de collègues, chef compris, du regard, avant de poursuivre :
- Je ne sais pas mais moi, je ne supporte plus que ce soit toujours la même histoire d’inertie, de processus, que l’on doive se résigner à subir. Nous faisons notre part du deal, pourquoi devrions-nous nous résigner à ce que les Chars n’en fassent pas autant ? C’est injuste, anxiogène, nous en souffrons tous jusque dans notre chair et tu voudrais que nous n’en fassions pas une pendule ? »

J’ai fini ma tirade les yeux dans ceux du chef de service.
Il m’a regardé, un peu agacé.
- C’est bon ? T’as vidé ton sac ? Ça va mieux ? »

J’ai réfléchi.
- Ouais, ça va plutôt mieux... » J’ai refermé mon cahier de notes, glissé le stylo dans la poche de la veste. J’ai souri, je me suis levé, et j’ai quitté la salle de réunion. J’ai regagné ma place, dans le bureau paysagé, pris mon sac à dos avec les affaires de sport inutilisées depuis un mois, ma petite boite à outils, le chargeur de mon téléphone, la boîte en fer blanc décorée d’un paysage alpestre contenant mon stock de sachets de thé et de café, glissé le tout dans le sac de courses que j’ai toujours dans mon cartable et je suis parti.

Et en passant devant la rangée d’horloges du hall d’entrée et leur farandole de fuseaux horaires, je lui ai adressé un doigt d’honneur en ricanant :
- tiens, pour toutes les pendules ! »

Stouf - On ne va pas en faire une pendule

Ejaculation précoce d'un BB qui ne veut tout de même pas en faire une pendule.

Ce jour là je n'étais pas dehors
Pas en corps
Cette nuit là pour toi
Tout était claire.
Claire … maman !

Les liens du sang
Sens toi...
Puis une inondation et des cris
La lumière m'a ébloui.

Fais chier...j'voulais pas !
J'étais bien là … c'était mieux avant .

Alors c'est Claire
- Tiens ... je viens d'en chier une pendule !
Bon okay n'importe nawaque.;o)



jeudi 13 juillet 2017

Tisseuse - On ne va pas en faire une pendule

Laisse pisser le mérinos
Disait l’homo sapiens
Au rhinocéros
Agacé pour un rien
Ne te prends pas la tête
Pour une peccadille
Néglige les banderilles
Les plus bêtes

Raconte-moi une histoire
Une vanne qui arrache
Que je me fende la poire
Je t’en dirais une qui fâche
Qui meugle dans ma mémoire
A force de jouer à cache-cache
Avec mes déboires
Un peu vaches

Dis-moi encore la pendule
Et ses heures qui hululent
On ne va pas en faire
Une sombre affaire
Pas grand-chose à dire
Pas même à médire
Juste savoir rire 
En vidant sa tirelire

mercredi 12 juillet 2017

Pascal - On ne va pas en faire une pendule

La leçon de piano

Désigné d’office, j’étais en stage à la Pérollière pour satisfaire les ambitions qu’avait, pour moi, ma boîte d’électricité. Entretenir le maintien des connaissances, s’initier aux nouvelles techniques, échanger des méthodologies modernes, c’était dans mon contrat, dans mon ordre de mission, pendant cette semaine de purgatoire. Disons plutôt qu’il fallait suivre le cursus obligatoire, bien à la mode à cette époque. Après Sainte-Tulle, Paris, Lyon, je n’avais plus tellement envie d’aller user mes pantalons sur les bancs de la connaissance ; ma carrière était plus derrière que devant moi, à cette heure de cinquantaine dépassée. Interne et prisonnier dans cette école, le soir, je passais le temps entre parties de tarot, films à la télé et bouquins.

Dans notre classe, nous étions une petite dizaine venue des quatre coins de la France et si on échangeait, c’était pour savoir comment étaient payées les heures supplémentaires chez l’un, comment ils pouvaient prétendre à tel ou tel grade chez l’autre, comment étaient gérées les heures d’astreinte, etc.

Dans notre équipée, on avait un gars d’une trentaine d’années qui semblait arriver d’une autre planète. Manifestement, sa hiérarchie l’avait balancé dans ce stage mais il survolait aisément tous les débats. C’est lui qui posait les questions embarrassantes aux profs, c’est lui qui finissait les démonstrations au tableau, et quand nous avions un problème sur une maquette de montage, c’est lui qu’on allait solliciter.

Les cheveux longs, façon hippie, frêle, les épaules rentrées, il n’y avait pas plus simple et plus rigolard que ce petit bonhomme. Décontracté, il était fringué avec des vêtements passe-partout. Le bas de son jean traînait sur le sol ; cela faisait des franges blanches et brunâtres et on aurait pu penser qu’il était venu à pied de sa région. Il portait sur les épaules un vieil imperméable, style poncho inca, avec une capuche bien trop grande pour sa tête. Dessous, il avait un gros pull marin ; il avait peut-être remonté le Rhône en voilier pour assister à ce stage, après tout…

Il était plein de connaissances en dehors de nos cours ; rempli d’humilité et de générosité, ajusté à notre diapason, il pouvait parler d’histoire, de géographie, de peinture, de mécanique ou de littérature avec le même engouement. A l’heure des repas et des pauses cigarette, on s’arrangeait pour manger à côté de lui pour profiter de toute son affabilité. Il s’intéressait à tout et quand il apprenait quelque chose, il ne faisait jamais répéter son interlocuteur comme s’il avait tout ingurgité et tout bien rangé dans les cases de son cerveau.

En classe, par le jeu des tables de travaux pratiques, on bossait ensemble ; en plus d’être savant, il était déconneur, non pas avec des blagues de comptoir, celles grivoises à deux balles, mais avec des véritables histoires abracadabrantes qu’il arrangeait avec ses expressions raffinées, son accent indéfinissable et ses chutes extraordinaires. Autant dire que les cours en prenaient un sacré coup ! Comme j’avais pas mal bourlingué dans ma jeunesse, il me posait plein de questions : si j’avais franchi l’Equateur, si j’avais vu des aurores boréales, si j’avais croisé des ours polaires, si j’avais fait escale dans les Iles sous le Vent, etc.

A treize heures, après avoir déjeuné dans l’immense salle du réfectoire, nous allions boire le café au sous-sol de la grande bâtisse. Toujours bourré de monde, celui des autres stages, on devait se frayer un chemin pour accéder jusqu’au zinc ; là, dans un nuage de fumée de clopes, plusieurs serveuses s’acquittaient nerveusement de leur tâche de sucre, de tasses et de petites cuillères…

C’était un véritable brouhaha aux exclamations plus fortes les unes que les autres ; parfois, des éclats de rire violents zigzaguaient jusqu’au plafond et c’était un coup de tonnerre soudain avant l’orage des applaudissements. Ça sentait le café, le tabac froid et la transpiration…

Dans un coin de la salle de détente trônait un piano ; en tapant compulsivement sur les touches, un hurluberlu s’évertuait à gâcher une musique qui aurait pu être « La lettre à Elise ». Imaginez la cacophonie générale ! Imaginez l’ambiance surréaliste !...

Notre hippie, mal rasé et mal fagoté, s’était approché de l’instrument comme littéralement fasciné ; il pouvait être aussi musicien, plus rien ne pouvait nous étonner. L’autre, le Beethoven d’opérette, engoncé dans son fade costume de semaine, regimba quand il vit débarquer ce presque va-nu-pieds devant son tabouret d’artiste ! Ils palabrèrent un instant et l’apprenti massacreur laissa le piano à notre collègue ; avec un petit sourire narquois et en croisant les bras, il se recula pour apprécier à l’avance toute l’indigence musicale de cet impudent prétendant…

Notre pote se retourna ; en clignant de l’œil, il nous fit un petit geste amical de la tête, celui qui dit : vous n’avez pas encore tout entendu, les amis ; puis, un tantinet grave, il se pencha vers l’instrument. En regardant le clavier, il croisa ses doigts entre ses mains et il les étendit doucement comme pour les assouplir. Enfin, il les posa sur les touches ; le reste ne fut qu’extraordinaire symphonie, frissons d’allégorie, déferlement de notes à l’unisson d’une extraordinaire harmonie…

Dans la salle, le brouhaha se tut, les rires se tarirent, le cliquètement nerveux des petites cuillères dans les tasses s’éteignit ; toutes les têtes se tournèrent vers ce petit maestro en poncho imperméable. Ses mains couraient sur le clavier ; caressant les touches blanches et noires, c’était deux marionnettes horizontales se poursuivant, se cherchant, s’éloignant ou se chevauchant sur la gamme de sa partition.

Quand il eut terminé son opus enchanteur, il enchaîna aussitôt avec une musique de piano bastringue, ce genre de refrain joyeux qui fait claquer les mains du public en écho participatif. La foule des stagiaires faisait maintenant un épais demi-cercle autour de lui ; seul dans l’arène, il était le barde héros communiant la fantaisie, le plaisir, la distraction, tout autour de lui. On battait la mesure avec le pied, en claquant des doigts, en hochant la tête ! On voulait éteindre les lumières ! On voulait faire danser les soubrettes ! On voulait des pousse-cafés ! Après la dernière note, il se leva, se tourna vers notre foule conquise et pencha cérémonieusement la tête en avant ; la capuche de son imper vint le coiffer d’une aura de grand maître. Sous le tintamarre des applaudissements enthousiastes, il mit ses mains en porte-voix pour me crier d’une façon tellement innocente : « Le si de la troisième octave d’une des touches était désaccordé, je me suis rattrapé avec le si de la deuxième ; ils ne vont pas m’en faire une pendule !... » D’autant plus qu’il était l’heure de reprendre les cours…