jeudi 30 novembre 2017

Modération des commentaires

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lundi 16 octobre 2017

Andiamo - Dis raconte-nous !

La deuch.

1963... La deuch toute neuve, c'était ça ou une 4L , Julien avait choisi la deuch, plus robuste, moins gourmande en carburant, vaillante, 90 KM/H. en descente vent dans le dos... Rien ne l'arrêtait même pas ses freins ! Et puis on l'entendait bien, pas besoin de klaxon, décapotable l'été, les copains et les copines debouts chantant à tue-tête :"pour moi la vie va commencer... Yé, yé, yé" !!!

Un soir dans un petit bal, la cambrousse pas loin de Paris, "les baloches" comme on dit, il avait rencontré Martine, jolie brunette espiègle, un joli minois, une petite robe juponnée en vichy bleu... Comme ses yeux, le bandeau blanc dans les cheveux à la "Janique aimée" Vous n'avez pas connu ce feuilleton un peu (beaucoup) mièvre de ces années là, vous êtes bien trop jeunes !

Le lendemain ils s'étaient revus, bisous ravageurs, des "je t'aime" pathétiques, des serments à la mie d'pain, à vingt berges on y croit au grand amour, celui qui te laisse sans souffle, le cœur en croix, point de bancs publics mais la banquette arrière de la deuch.

Tu fais pivoter d'un quart de tour le petit crochet situé sous la banquette avant, la dite banquette est "libérée", tu la soulèves alors, et la rabat vers le tableau de bord, un foulard ou une cravate afin de la ligoter au volant (la banquette hein, pas la donzelle). Et là tu disposes d'un espace largement suffisant pour signifier ta passion à la jolie fiancée ! Ah certes ils s'étaient donnés, à s'en ruiner la santé, mais à vingt berges les outils sont neufs alors...

Ah bien sûr à force de danser sur la belle Martine, des petits pieds ne tardèrent pas à pousser les grands, un mariage un peu hâtif, une jolie petite fille six mois plus tard, bientôt suivie d'une petite sœur.

La bonne deuch pleine de si bons souvenirs, est devenue trop petite, remplacée par une R 12 break, mais la vaillante dedeuche est restée là dans le pré derrière la maison, ils n'ont pas voulu s'en séparer, elle était emplie de si bons souvenirs, les années âge tendre et tête de bois, salut les copains, dans le vent, Mireille et son petit conservatoire, etc...

Le temps ce salaud qui avance en chaussons, sans bruit, a emporté la jolie brunette.

Julien est debout, le bidon d'essence vide à ses pieds, le liquide a donné un éclat inattendu à la vieille peinture grise, l'allumette à la main Julien sourit un peu.


Laura Vanel-Coytte - Dis raconte-nous

O combien
Avant qu’ils aient chacun de leur côté un appartement
Alors que ça ne se faisait pas trop de se voir chez les parents
Et parce qu’ils avaient justement besoin d’être juste à deux
Ils se réfugiaient dans ma carrosserie, sur mes sièges moelleux.

O combien de baisers, ils ont échangés, o combien de caresses
Ils se sont prodigués ; j’éteignais mes phares pour être discrète
Dans le silence du parking du paysage urbain et nocturne
Résonnaient leurs secrets, leurs soupirs et leurs promesses

Un jour, mes essieux et mes amortisseurs ont grincé et j’ai compris
Qu’ils avaient franchi les limites et qu’ils s’étaient donc affranchis
Des peurs de leurs parents, ils se donnaient le plaisir dont l’absence
Rend beaucoup aigris et intolérants envers le bonheur de leur jeunesse.

O combien de baisers, ils ont échangés, o combien de caresses
Se prodiguent-ils encore dans le confort de leur chambre
Moi, je leur fais à chaque fois un clin de clignotant complice
Quand ils passent amoureux et toujours au bord de l’orgasme.

Où lire Laura Vanel-Coytte

Semaine du 16 au 22 octobre 2017 - Dis raconte-nous !


Après avoir erré sur les pas de Jaccottet, nous sommes arrivés ici où elle dort depuis quelque temps. En vers ou en prose elle doit avoir pas mal de choses à nous conter...
Mais n'oubliez pas jusqu'au dimanche 22 octobre minuit à l'adresse habituelle :


impromptuslitteraires[at]gmail.com

Et vous aurez la possibilité, si vous le souhaitez, de nous envoyer plusieurs textes pour ce thème.

dimanche 15 octobre 2017

Lorraine - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne, j’ai pris un sentier de traverse qui  menait à la clairière. Une mare effleurée par un rayon de soleil  m’attira vers le banc de bois un peu boiteux. Et je fus bien.

Certes, je n’avais pas trouvé le chalet  à vendre qu’on m’avait chaudement recommandé.  Il était entretenu avec amour par son vieux propriétaire qui s’exilait dans une Résidence pour personnes âgées, devenu incapable de donner à ses innombrables fleurs les soins attentifs requis. Je le regretterai certainement. Mais je me sentais harassée par les chemins de traverse que j’avais empruntés un peu à la légère et j’allais renoncer à poursuivre mes recherches quand un chat déboula presque à mes pieds, issu d’un buisson et saupoudré de gouttes d’eau. Nous nous saluâmes. Il était de bonne compagnie, et me rendit mes caresses en se frottant contre ma jupe d’été avec énergie et tendresse. Et quand il s’éloigna, je le suivis naturellement.

Il n’alla pas loin. Moi non plus. Nous étions devant un chalet romantique, et un vieux monsieur en chapeau de paille arrosait minutieusement des rosiers croulant de fleurs. J’étais conquise. Il me reçut avec un sourire triste, caressa la tête de son Voltaire (eh oui !..) Vous ne vous étonnerez pas d’apprendre que je suis devenue l’heureuse propriétaire de ce lieu un peu paradisiaque, et l’heureuse compagne d’un Voltaire qui ne pouvant suivre son maître à la Maison de Repos, consentit à rester là où il avait toujours vécu et m’accepta  comme résidente.

samedi 14 octobre 2017

Gene M - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir erré longtemps dans la campagne, l'esprit en déroute et la
peur au ventre, je m'effondre , épuisée, près d'un buisson. Je réalise
que je m'agrippe à mon sac avec une force insoupçonnée. Ma main semble
s'être métamorphosée en serre d'oiseau.

Le buisson se présente comme une petite niche de verdure à l'aspect
confortable.Je m'y terre avec soulagement. Je ramasse quelques
branchages qui jonchent le sol de la petite cabane improvisée et je
bouche l'entrée tant bien que mal. Ce petit abri provisoire va me
permettre de reprendre mes esprits. Mes idées sont encore confuses.

Comment tout a t-il basculé ? Un week-end avec des collègues de
travail sympa, une jolie villa dans une campagne vallonnée et
verdoyante....
Ce matin... Contrairement aux autres, j'ai voulu prendre une douche et
me préparer avant le petit déj..

Fraîche et parfumée, mon sac à la main, je me sentais d'humeur joyeuse
lorsque je descendis l'escalier. L'absence de bruit me sembla un peu
étrange. Une sourde inquiétude s'empara de moi. Je continuai à
descendre lorsqu 'une odeur métallique et écoeurante me cueillit
littéralement.

Le sang, du rouge partout ... Les trois autres filles gisaient dans
une mare de sang, les yeux ouverts et la gorge tranchée.
Une terreur animale s'empara de moi. Je m'enfuis aussi vite que
possible, n'importe où, droit devant moi...

Je quittai ma niche environ une heure après, je repris le chemin avec
une idée fixe : Trouver la police ou la gendarmerie, et raconter
l'indicible.

Je reprends la route et je suis la ligne indécise des arbres. Au delà,
il y aura bien un village où je pourrai demander du secours...

vendredi 13 octobre 2017

Joe Krapov - Sur les pas de Jacottet

Comment se centon lorsque Gogol rit ?

Après avoir longtemps erré dans la campagne,
Bien tard, quand il se sent l'estomac écœuré,
Fantasque, un nez poursuit Vénus au ciel profond
Et dit : "Je suis la ligne indécise des arbres
Que dorait un rayon de soleil arriéré.

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Des lichens de soleil et des morves d'azur.
J'ai vu des archipels sidéraux et des îles,
Un bateau frêle comme un papillon de mai
Qui dans le bercement des hosannah s'endort ».



La Meuse à Charleville-Mézières le 10 juillet 2017

Après avoir longtemps erré dans la campagne,
Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer.
Dans la campagne en rut qui frémit solennelle
L'air s'emplit du lointain nasillement des danses.

Nous faisons quelquefois ce grand rêve émouvant :
Telle un fil de glaïeuls au vol des libellules
La nature s'éveille et de rayons s'enivre.
La terre, demi-nue, heureuse de revivre,
A des frissons de joie aux baisers du soleil.

On sent, dans tout cela, qu'il manque quelque chose
Du grand désert, où luit la Liberté ravie
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits :
Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées ?
Cette bête qui sue du sang à chaque pierre ?

Quand, des nefs où périt le soleil, pli de soie,
La Nuit vient, noir pirate aux cieux d'or débarquant,
Et, dans ce lourd sommeil, met un rêve joyeux ;
Lorsque tout s'engourdit sous le ton gris des cieux
Nous avons quelque chose au cœur comme l'amour !


Arpenteur d'étoiles - Sur les pas de Jaccottet


Le mont Pilat (dans la Loire)

Sur le flanc est, de hautes collines, presque montagnes, surplombent un Rhône encore impétueux. Des plateaux d’herbes et de hautes futaies aux hivers rudes, s’infléchissent au sud, vers la Haute Loire et l’Ardèche. Naguère des poignées de jeunes gens croyant à la liberté, s’y sont battus becs et ongles.
A l’ouest, le granit affleure, et le temps a creusé des défilés qu’on dit "gouffres". Et puis, dominant une vallée industrieuse, une terre hésite entre la douceur méditerranéenne et la rudesse du massif central. C’est là que, près d’un col où dorment encore quelques vieilles fermes de pierres. Mon enfance s’est cachée, dans ce coin du Pilat où je vais encore parfois pour laisser vagabonder mon âme. La nostalgie panse certaines plaies.

Je revois mon père qui sautait de pierre en pierre pour me faire rire, et me faire voir comme il faisait à mon âge ; à cet âge où être triste est un pêché. On écoutait les oiseaux qu’il reconnaissait. Du haut du Paraqueue, on cherchait le toit de la maison : quelques tuiles rouges au creux d’un jardin, perdu entre d’autres. On ramassait des champignons dont il savait tous les prénoms en latin. Moi, le lendemain, j’avais une version et je ne savais rien.

Mes souvenirs m’emportent. Je pense à Norbert et à Frédéric avec qui je peinais à pédaler vers Chaubouret puis vers l’Oeillon. Dans les lacets de La Valla, vingt fois j’ai remporté le tour de France. Frédéric est couché sous une pierre grise. Norbert vit quelque part à Berlin ou aux Marquises. Tournent sans cesse les saisons.

Je me suis souvent promené solitaire, rêvant en regardant les traces cotonneuses des avions qui dansent. C’était le temps ou je ne savais pas qui j’étais, sinon un songe de vie. Ni passé, ni futur, à peine un présent, impalpable.

Il y a encore les longues marches, garçons et filles, de Saint Martin à Jasserie. Les fous rires n’en plus finir, et les airelles un peu acides qui coloraient en bleu acier nos baisers à la dérobée. Baiser volés, baisers rendus. Plus tard, un peu plus tard, au creux des chemins presque ignorés, les premières gentilles, leurs jupes froissées, leur parfum de vanille. Là, se cache aussi mon adolescence.

Il y a l’odeur des pins, des feux de bois, de le terre humide, des étables sombres.
Il y a des cris lointains, les bruits de la vallée feutrés dans l’air du soir, les aboiements d’un chien dans les collines en face, le foin si riche de la fin du printemps. Sous un pin écrasé de chaleur, la Méditerranée sommeille dans l'odeur du serpolet. Quelques pas plus avant, une forêt profonde où frissonnent encore mes peurs enfantines. Et puis, somptueux décor, au détour d'un chemin ou d'un virage, les Alpes éclatantes viennent barrer l'horizon bleu.

Ce raccourci du monde n’est pas loin, ni mon enfance à laquelle j’appartiens.
Et  je suis la ligne indécise des arbres...

Le Pilat

Le col de l'Oeillon

Le Mont Blanc

Célestine - Sur les pas de Jaccottet

« Après avoir longtemps erré dans la campagne »....De Georges Van Dal, XVII° siècle. Ecole flamande Baroque.

Le tableau est mis en lumière délicatement sur sa cimaise, savamment éclairée de l’intérieur par des diodes aux tons chauds.
A cette heure de l’après-midi, la salle des « Flamands méconnus » est parfaitement déserte.
J’observe le tableau. Le clair-obscur en est superbe. Des yeux, je suis la ligne indécise des arbres, leurs frondaisons croulant sous un ciel gris lourd de nuées. L’herbe semble de velours brun.
Mais ce qui me fascine, en fait, dans ce décor, c’est cette femme rousse, au grain de peau incomparable, dans sa robe de taffetas. On dirait une porcelaine de kaolin.

Qui est-elle ? Et pourquoi ce regard mélancolique semblant crever la toile comme une flèche jusqu’à mon cœur pour demander de l’aide ? Pourquoi est-elle hagarde, échevelée, frissonnante ? Pourquoi a-t-elle erré ainsi dans cette campagne automnale et lugubre ? Poussée par quelle sombre nécessité ?
A la naissance de ses seins lovés dans leur écrin de brocart, un collier de trois rangs de perles noires magnifie son teint laiteux. Il forme comme une barrière de « corps, aïe ! » interdisant au regard de descendre dans le sillon mystérieux de son corsage.
Je m’abîme depuis de longues minutes dans la contemplation du tableau, quand un rire doux comme un grelot retentit derrière moi. Je me retourne, surpris. Je n’avais pas entendu approcher quiconque.

Une jeune femme rousse me sourit. Sa peau de lait semble phosphorescente dans la pénombre du musée. Quelques mèches de feu s’échappent de son chignon. Son collier de perles palpite sur sa poitrine.
Interloqué, je regarde à nouveau le tableau. C’est alors qu’il me faut constater que la femme n’est plus à sa place, là, devant les arbres. Elle s’est comme effacée de la toile. Elle a disparu corps et biens.
Faisant volte-face à nouveau, pour témoigner de mon incompréhension à la belle inconnue, je ne peux que constater que celle-ci s’est évaporée également.

J’en suis là. Je n’ai pas d’explication. Ne comptez pas sur moi pour vous dire qu’il y avait des champignons à la cantine ce midi. Ou que j’ai abusé de quelque substance interdite brouillant les sens…

Qu’est-ce qu’on fait ? On se tait en le laissant dans son abîme de conjectures, ou on lui dit qu’il n’est qu’un personnage de Célestine créé pour un impromptu littéraire ?

Où lire Célestine

Tiniak - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne
y ai laissé mon pagne et quelques rêves mous
l'idée d'une compagne avec le cheveu roux
armée de francs courroux, quand la rage la gagne

Madame, aux cent virages...
Ô Très Chère au sang frais
l'est doux, votre visage
mais quel piège y logez !

Oublieux au grimoire
je réfute les mots
que j'avais dit, tantôt
par des ratures noires

Restez là ! pour entendre
vous, issue de la ferme
mais aux formes si tendres
quel est votre épiderme

Eh, chérie ! C'est du flan
et pas du meilleur cru
ce que tu m'as vendu
et sans prendre de gants

Toi ? Tu es l'araignée
en confort, sur la toile
tissée comme une voile
sur un navire à quai

Tant va la cruche à l'eau
que c'est du pain béni
pour les tristes dénis
trempés d'Amaretto

Oh, c'en est trop ! C'est bon ! Va jouer dans ta cour...

Où plonger dans son ventre...

mercredi 11 octobre 2017

Tiniak - Sur les pas de Jaccottet

J'avançais, à mon pas - ce festin !
par de magnifiques miroirs
qui se renvoyaient mes espoirs
pour quelques histoires, sans tain

J'allais mon train, dans la forêt
me demandant : quel horizon
murmura qu'il n'est de raison
qu'entre les ombres dans l'allée ?

Un blond papillon, brun dessous
et des ocres doux plein les yeux
vint me caresser le cheveu
(et pas pour m'y chercher des poux)

Je le chassais d'une main molle
vu que j'étais un rien pensif
que j'avais oublié mes tiffs
et que je cherchais mon école
dans les feuillages
où frétillait, d'en haut, le sang blanc d'un mirage

Quelques champignons m'interrogent...
Je leur réponds, le cœur troublé
Ma réponse n'a pas d'effet !
Ils montent grignoter ma loge

Disiez : « La vie est dégueulasse »
Léo Malet, Jacquottet, frères...
perclus d'horreurs z'et de misères
Mais, cette forêt, c'est du strass !

Et voici que je suis la ligne
indécise des arbres morts
pour l'insensible à ce décor
pas à pas, pour y voir un cygne
rogner son aile
et me narguer, gracile et pâle, principiel

Où choper un cygne parlant

Lilousoleil - Sur les pas de Jaccottet

La maison de l'enfance




Après avoir longtemps erré dans la campagne, je me suis retrouvé enfin sur le chemin tant cherché et devant Elle !
Je ferme les yeux et la magie opère.
Je revois cette grande maison cossue, presque carrée, un toit à quatre pentes et ses fenêtres rondes en œil de bœuf.
Je revois les volets de bois peints en vert jade et la porte d’entrée aux montants en chêne verni. Je revois le rosier grimpant croulant sous les abondantes inflorescences qui dispensent un parfum puissant, subtil mélange entêtant de rose de Damas et de pointe citronnée.

J’ouvre les yeux et j’aperçois une petite fille qui court en riant aux éclats sans chaussures ni chaussettes dans la pelouse dont les brins d’herbe lui grattouillent et lui chatouillent la plante de ses pieds nus. Elle se dirige vers la silhouette accroupie près du mur en pisé derrière la maison. Un chapeau de paille sur la tête, il « grabotte » son potager avec tant de soin. Elle se souvient de son « parrain » qui lui expliquait les secrets de la nature.

Les larmes me viennent aux yeux. Pourtant je ne suis pas d’une nature nostalgique. Le passé ne m’intéresse pas. Le passé, je ne peux le changer. Abandonnée à la naissance, j’ai grandi d’abord dans les pouponnières de la DASS. Je suis un dossier estampillé en rouge et en gras « non adoptable ». Les rouages administratifs, je ne les connais pas. Tout ce que je sais c’est que pour moi foyers et famille d’accueil se sont succédés.

Mes paupières se referment ; Julie. Je suis Julie, ce prénom, une carte dans le couffin. Comme j’étais une gamine docile, à qui on s’attachait facilement, on me changeait de familles de temps en temps de peur que l’affection de mes accueillants ne me soit nocive ! Mais j’ai vite compris que c’est en travaillant à l’école que je me forgerai mon identité.

Est-ce un hasard si, aujourd’hui, je me se retrouve ici : les yeux mouillés, je suis la ligne indécise des arbres. Et si cette maison était à vendre !

Où lire Lilou

Pascal - Sur les pas de Jaccottet

A la pêche

Je suis la ligne indécise des arbres ; le long du sentier, elle est mon guide quand je relève la tête. Sur leurs cimes, l’aube s’immisce en décorant l’horizon de guirlandes encore somnolentes. Pourtant, en coulisses, les falbalas du petit matin s’affûtent, les dorures s’astiquent, l’or se fond et se farde, les flamboyants s’intronisent. Précipités, enthousiastes, triomphants, je les devine dans l’ordre exalté du jour naissant.

Maintenant, la noirceur fantomatique se morcelle en impressions tenaces. La nuit s’effiloche ; son agonie renvoie dans les chaumières les amants et les maîtresses. Après le Sabbat des Ténèbres, faussement fidèles, les ombres se décollent, se détachent, s’arrachent et retrouvent leurs sujets ; fautives et harassées, elles se glissent à leurs pieds comme des épouses repentantes. Encore lascives, elles s’ébrouent aux frissons du petit jour, ces honteuses vestales ; ici et là, on peut sentir leurs parfums obsédants, derniers témoins fragrants d’une nuit de bacchanales. Les couleurs se projettent dans les décors, les oiseaux ont des allants de ténors, les sous-bois découvrent leurs trésors.

Tout à coup, tous les instruments de la Nature s’alignent et s’élèvent à l’unisson de la même note. Aux toc toc toc péremptoires d’un pic vert, comme une baguette de chef d’orchestre réclamant le silence sur son pupitre, le soleil entre en scène et ouvre le grand bal du jour.

Les arbres retrouvent du volume, ils se grandissent, ils s’épanouissent ; à la brise de l’air, en bruissant, ils ont même l‘emphase de discours printaniers ; leurs feuilles ont tant à dire. Aujourd’hui encore, l’honneur est sauf. En signe d’allégeance, les ombres au bercail ont empesé de bijoux de rosée leurs branches alourdies ; emprisonnés dans l’aiguail, on peut voir des toiles d’araignées en parures de diamants, des lits de mousse où d’inestimables perles se prélassent, des nymphes balbutiantes, irisées de lumière, comme des timides sylphides surprises pendant leurs intimes ablutions matinales…

Je l’entends plus que je ne la vois ; elle est là… ma rivière...

mardi 10 octobre 2017

Stouf - Sur les pas de Jaccottet

Emile Jacottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne et regarder passer les lunes, depuis… 1890 … c'est pas d'aujourd'hui. Mon prénom c'est Emile.
Ch'uis né ici, mes parents ont toujours vécu ici, mes grands parents aussi. Maintenant, à cet âge ci, qu'est ce que vous voulez … on se repose !

Avec la douce Léonie et notre vieille chèvre Joséphine et son bouc Emilio, aussi Théodore not'e vieux ch'val, je suis la ligne indécise des arbre et accompagne notre tribu brinquebalante vers ailleurs. Après on revient à la ferme, tout ça c'est pour que Théodore et les autres aient pu se baigner dans le lac de la reine blanche et calmer leurs maux de corps.
C'est le p'tit fils Oscar qui nous a dit que c'était bien, au moins une fois par jour.

Faut point faire trop de bruit dans la cour pour pas réveiller les poules quand on revient au soir et certains entrent dans l'étable où les attend la Luzerne et le foin pour dormir. Nous c'est la cuisine pour avaler la soupe patates groseilles et un yaourt fait … à l'ancienne, par ma belle Léonie.
Après on monte les escaliers et c'est la chambre où notre vieux lit, qui craque un peu, semble pressé de s'endormir aussi, l'édredon est d'accord.
J'enfile la chemise de nuit de mon grand père et le bonnet de nuit de mon arrière grand-père, Léonie seulement une robe de nuit de sa tante Adelphine et les draps et l'édredon des oies nous accueillent gentiment.

D'un seul coup j'ai comme vingt ans de y a longtemps lorsque la Léonie me prend la main.
Je gaule comme un cerf ! ;o)

Ange - Ode à Emile

lundi 9 octobre 2017

Tisseuse - Sur les pas de Jaccottet

Après avoir longtemps erré dans la campagne
Au gré du courant de mes pensées vagabondes
Je me délestais de mes peines et fêlures
Comme s’en vont brindilles dans le fil de l’onde

Je repeignais la tristesse qui m’accompagne
Avec l’attention d’un artiste en miniatures
Puisant dans le minéral et le végétal
Pour en extraire tous les filons de dorure

Comme un orpailleur dans cette douce nature
Prodigue et généreuse à mes yeux fatigués
Je me chargeais ainsi de matière vivante
Dans l’élan instinctif de ma part animale

Fourbue par cette marche mais régénérée
L’esprit délassé de ses rancœurs infécondes
La terre m’avait légué son énergie vitale
Je ne pouvais que m’en sentir reconnaissante

Laura Vanel-Coytte - Sur les pas de Jaccottet

« Après avoir longtemps erré dans la campagne »

Après m’être reposée parmi les moissonneurs de Brueghel dans un paysage à dominante
Forcément jaune ; après avoir admiré l’arc-en-ciel sur la paysage vert de Millet qui peint
Aussi une sieste Inspirée de Brueghel, une sieste qui inspira Van Gogh, toute jaune.
Pissarro a lui aussi peint aussi un paysan qui fait la sieste sur une meule.
Et me reviennent alors en mémoire la série des « Meules » de Monet qui a inspiré Kandinsky ses propres « Meules » qui initient l’art abstrait.
Dans la campagne anglaise, j’ai rencontré « Mr et Mme Andrews », peints par Gainsborough.
Avec John Constable, j’ai admiré « Malvern Hall » qui se reflète dans un lac.
Avec Edward Hopper, j’ai emprunté une « Route du Maine » où le vert domine.
Dans une clairière ombragée, je me suis assise à côté d’une femme peinte par Corot.
Avec le peintre et d’autres personnes, je me suis rendue à l’église de Marissel.
Joachim Patinir a marqué l’histoire du paysage en y plaçant son « Saint Jérôme. »
A St Rémy de Provence, je me suis arrêtée un instant pour regarder Van Gogh peindre
Un champ jaune et des cyprès verts qui se reflétaient en nuançant le ciel bleu.
Brueghel a peint une scène que n’ai vue qu’en peinture mais qui me fait vivre
Plus intensément avec ses « Chasseurs sous la neige », l’art fait aussi cet effet.
J’ai marché le long du « ruisseau » peint par Courbet dans des paysages francomtois
Après avoir longtemps erré dans la campagne

Où lire Laura Vanel-Coytte

Andiamo - Sur les pas de Jaccottet

(Je ne sais pas qui est ce Jaccottet... Il est vrai que je ne sais pas grand chose, mais bon si je savais tout (ou presque) on m'appellerait le Pic de la Mirandole, qui au passage a dévissé à 31 ans, alors hein ?)

Arbres à cames.

Après avoir longtemps erré dans la campagne... Moi ça me laisse rêveur, je suis né à Paris, ai toujours vécu en ville, même ma maison de campagne est en ville, j'ai fait comme Alphonse Allais j'ai mis la ville à la campagne, et lycée de Versailles.
Et puis la campagne ça manque sérieusement de CO2 vous ne trouvez pas ? Quant aux particules (ta sœur) je n'en parle même pas, dé fi ni ti ve ment la cambrousse ça n'est pas pour moi.

Je suis la ligne indécise des arbres.......
Avec des copains nous étions allés visiter la Mecque de l'automobile, (quand j'écris La Mecque : les barbus calmez vous) J'ai nommé MULHOUSE et le musée des frères Schlumpf.

Ils étaient trois, des fondus de l'automobile, ils se sont ruinés ainsi que leur entreprise afin de réunir un nombre incroyable de voitures, un temple, le saint des saints, même Andiamette et sa copine étaient béates d'admiration devant ces chefs d'œuvre... C'est dire, biscotte mon épouse et la mécanique, hein ?

Car il n'y a pas que des autos dans ce musée, des moteurs restaurés aussi, avec leurs tubulures en cuivre pour certains ou en acier nickelé ou chromé (à l'époque le chrome n'était pas interdit) des purs joyaux ! Je songeais aux agiles P4 Ferrari que j'avais eu la chance de voir au Mans en 1967, j'étais placé juste au-dessus du stand Ferrari (grâce à un coup de piston) Je songeais disais-je aux rangées d'arbres à cames en tête de ces fabuleux V12 , dont la ligne, chaque came en prise directe avec une des 3 soupapes par cylindre, n'était pas imprécise du tout contrairement à ce qu’écrit ce Jaccottet de malheur !


Semaine du 9 au 15 octobre 2017 - Sur les pas de Jaccottet

Tout enguirlandé que vous l'avez été toute la semaine écoulée, nous vous proposons à présent de vous évader en choisissant, à votre guise, pour incipit et/ou excipit un ou ces deux vers de Philippe Jaccottet, extraits de son recueil "L'effraie et autres poésies" :
1- Après avoir longtemps erré dans la campagne
2- Je suis la ligne indécise des arbres

Qu'il soit en vers ou en prose votre écrit devra nous parvenir avant dimanche 15 octobre à minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com
Et vous aurez la possibilité, si vous le souhaitez, de nous envoyer plusieurs textes pour ce thème...

samedi 7 octobre 2017

Stouf - Je me suis fait enguirlander

Quand je m'ai fais enguirlander
par ma pandore préférée

J'étais tranquille, j'étais pénard à fumer ma clope à la fenêtre ouverte de la mansarde où je résidais au dessus du marché de Brive-la-Gaillarde où à propos de bottes d'oignons, quelques gaillardes se crêpaient le chignon. Et puis, à cheval, en voiture, les gendarmes mal inspirés vinrent tenter l'aventure d'interrompre l'échauffourée.

Hors sous tous les cieux sans vergogne, c'est un usage bien établi … lorsqu'il s'agit de rosser les cognes tout le monde se réconcilie.

Ces furies perdant toute mesure se ruèrent sur les guignols et donnèrent je vous l'assure, un spectacle bien croquignol.

Et alors que j'existais les farouches bras des mégères gendarmicides en criant : « hip hip houra ! » … alors … la porte de la pièce s'ouvrit et … attention, là ça fait peur … ma douce entra dans le berzing et elle avait tout entendu.

Oui bon … c'est ma condée, ma poulette et ma chmitte bleue préférée. J'ai le droit tout de même.
- Pour le coup, mon salop, s'exclama t-elle … tu mérites la fessée !
- Nan madame la commissaire, je jure que j'ai rien fais …
- J'veux rien savoir, baisse ton froc !
- Oooh oui, zyva mon amour ! Mort aux vaches, mort aux lois et vive l'anarchie !!!
- Mais qu'est-ce t'est con … j'comprend toujours pas pourquoi je te kiffes autant.

Comment ça … J'aurais pas la fessée ce soir alors ? ;o))


vendredi 6 octobre 2017

Arpenteur d'Etoiles - Je me suis fait enguirlander

Je me suis fait enguirlander à

VENISE

Une lumière étrange descendait des fenêtres
Sur les canaux gris bleus où flottaient des musiques
Venant des temps anciens mais qui semblaient renaître
Sous les doigts aériens de joueurs nostalgiques.

De longues capes sombres glissaient derrière les grilles,
Aussitôt dévorées par la brume blanchâtre
Et laissaient derrière elles le parfum des mulâtres,
Mêlant l’ambre au benjoin, le musc et la vanille.

Les eaux troubles battaient contre les quais usés,
Capricieux miroirs reflétant quelquefois
La silhouette obscure, vers Rialto pressée,
Du fantôme au long bec d’un vieux Casanova.

Parfois la vie nous donne ces instants suspendus
Elle paraît s’arrêter tout au bout du bonheur
Venise était ainsi le jour où je t’ai vue
Venise était ainsi quand tu as pris mon cœur


Moi j’ai serré ta main gantée de velours noir,
Colombine flanquée d’un arlequin fantasque,
Sous les lampes d’opale tentant d’apercevoir,
Tes yeux verts et rieurs luisant dessous le masque.

Et nos pas nous guidèrent aux marches d’un palais
Où des flammes laiteuses illuminaient l’espace
Et nos lèvres s’unirent en un si long baiser
Que l’on s’est envolé aux ailes de Pégase.




Joe Krapov - Je me suis fait enguirlander

De Rimbaine à Verlaud. 2, Enguirlander
  
M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

                                                           Monsieur Paul Verlaud
                                                           Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
                                                           73, rue Sonneleur
                                                           62812 Vent-Mauvais

Charleville, le 5 octobre 2017

Mon cher Paul

C’est incroyable comme je me suis fait enguirlander en arrivant dans le petit village de Ténadoque-sur-Couesnon. Il faut dire cependant que le nom d’oiseau, le langage fleuri et l’invective généreuse constituent l’industrie principale de cette commune de la Manche très inventive et sympathique au demeurant comme à celui qui n’y reste pas.

A la descente du bus de charmantes autochtones en pagnes bariolés – des motifs de voyelles colorées, si je me souviens bien – la poitrine presque dénudée – on dit aussi «topless» mais ce mot est tabou ici – et des fleurs sur l’oreille vous mettent autour du cou, en guise de guirlande et de bienvenue, des chapelets d’injures. Il s’agit de petites lettres de plastique rattachées perpendiculairement à un grand cordon de l’Ordre de Stone et Charden, «made in» Normandie lui aussi.

 

Cela vous est offert de bon cœur, sans arrière-pensée, sans animosité et sort tout droit de la recyclerie locale, «La Ténadoquerie du cœur» où l’on peut s’en procurer d’autres bien plus fournis ainsi que des tombereaux entiers mais, bien évidemment, il faut y mettre le prix.

A titre d’exemple de leur imagination sans limites, voici les mots qui figurent sur celle que j’ai achetée à votre intention :

«Hygiaphone ! Croquemoufle ! Hobereau ! Habitant d’Ubac ! Jobastre Sartrien ! Hypocondriaque ! Goinfre de Padirac ! Gramophone du bide ! Xylophage ! Rubicond mal affranchi ! Serpolet ! Mellotron ! Balladurien ! Krasuckiste ! Yaka Yakapa ! Zarzueliste ! Doryphore de café ! Fripouille des Pouilles ! Draisienne ! Roubaisienne ! Castor vénitien ! Loutre qui danse ! Va comme je te pousse ! Dupois l’ajonc ! Phonographe ! Bistouri à moquette ! Bouillon de Rubik’s cube ! Sarrasin zinzin ! Semoule de blé dur ! Castafiore bazooka ! Thermomètre anal ! Pousse-mes-gueux ! nez de beau ! Abyssynique ! Fait de néant ! Sexe-traîne ! Peine à fouir ! Fourragère ! Rodomont ! Cambouis de cambuse ! Cancrelat de vivre ! Saltimbanque !»

J’ai interrogé pour vous le directeur de cette usine à gros mots :

- En ces temps de globishalisation bisounoursienne où les seuls écarts de langage  sont du style «What the fuck ?», «triple buzz» et «jokes» en bande organisée sur ou devant un plateau de télé, je trouve qu’il est bon de recourir au vocabulaire toujours surprenant de notre bonne vieille langue française. Cela nous permet à nouveau de tirer la langue dans tous les sens, d’enguirlander sévère les animateurs de bavasseries télévisuelles ou radiophoniques (talk-shows), les monomaniaques bouffeurs de séries (addicts), les américanophiles par principe, les perfidalbionistes, les Rastapopulistes, les City Schön Ken, les néo-Thatchériens de l’anti-Jeanned’arquerie primaire, les Rossini-ni du tourne-dos, les pisseurs à l’arrêt, les faux Monzami, les petits fats, les harengs soles, les missi dominici, bref toute la gamme des brouilleurs d’écoute que vous savez ! J’en passe et des Shakespires !

M. Archibald O’Florine qui a des ascendances mi-écossaises, mi-scandinaves a tenu à préciser, en montrant ma guirlande :

- Nous autres, Normands, nous sommes francs du collier ! Nos équipes utilisent pour fabriquer les insultes nouvelles des termes pas si anciens que ça mais tombés en désuétude à cause de la modernité galopante et de son lot dément et démultiplicateur d’obsolescence programmée de nos vies, de nos langues et de nos us et coutumes. La civilisation moderne est un étouffoir d’empoigne. Si on ne s’enguirlande plus, si on ne se coltine pas la réalité de l’autre, si on n’échange plus, si on ne se parle plus, si on ne s’affronte plus sur l’échiquier des mots que bien à l’abri derrière un écran, on finit par se tirer dessus dans la rue. Il vaut mieux vider sa maquerelle avant de la faire cuire sinon ça va sentir l’étripage au salon !

- C’est vrai, lui ai-je répondu. Le jeunisme, ça va bien cinq minutes, après il faut rentrer dans le rang et dans le chou sinon on n’existe plus ! Merci aux Ténadoquiens d’avoir réveillé en nous l’insultanat dormant !

Je vous joins, mon cher Paul, la facture de cette exploration. J’espère que vous ne vous fâcherez pas, cher vieux coquin à jambe de bois, si je vous traite, «ténadoctement» mais gentiment, d’Unijambiste du Zambèze !

Si vous avez une autre mission d’exploration à me confier, n’hésitez pas à me joindre où vous savez.

Bien amicalement

Arthur R.

mercredi 4 octobre 2017

Marité - Je me suis fait enguirlander

Touchantes retrouvailles.

- Jules ?
- ...
- Oh, Jules ? Je savais que les bouchers de l'hosto t'avaient coupé les deux jambes - c'est ma Louisette qui me l'a appris - mais on t'a aussi coupé les oreilles que tu m'entends pas ?
- Antoine ! C'est toi ?
- Ben, qui veux-tu que ce soit.
- Je suis drôlement content mon Antoine. Ça va ?
- Ouais. Mais je m'ennuyais un peu. Je veux pas te faire de peine Jules mais quand la Louisette m'a dit que tu allais très mal, je bichais. Enfin de la compagnie. Je peux pas discuter avec le Firmin à côté. Tu sais bien qu'on était brouillés à mort. C'est pas maintenant que je vais lui faire la conversation à cet abruti. Plutôt crever tiens.
- Ah ah ! Très drôle. Tu exagères quand même. Le Firmin, c'était pas le mauvais bougre.
- Tu en as de bonnes toi. Il m'a fait dépenser des fortunes en frais de justice avec ses histoires de bornage. La terre. La terre. Il n'avait que ce mot à la bouche. Quand je l'ai vu arriver ici, tu peux pas imaginer ma joie. Je suis certain que cette terre là, il aurait bien attendu un peu plus pour y goûter. Mais voilà. Il y a une justice. Il m'a suivi de près.
- On a souvent des visites ?
- Tu oses me demander, toi qui n'es jamais venu voir ton vieux copain depuis le temps ? Je me plains pas cependant. La Louisette débarque une fois par semaine. Jamais elle ne m'a autant aimé. Et que je te serine : mon Jules par ci, mon Jules par là, tu me manques, je pense à toi et je pleure... Figure-toi qu'elle fait même sa prière ici. Tu te rends compte ? Je l'attends la Louisette. Je lui avais pourtant demandé un truc civil. Penses-tu ! Il a fallu le curé, les enfants de chœur et tout leur charabia.
- Elle pense à ton âme mécréant.
- Mon âme ? C'est quoi l'âme Jules ?
- C'est peut être grâce à elle qu'on peut se parler toi et moi mon Antoine.
- Arrête tes conneries. Et ta Marcelline ? La pauvre, elle me faisait pitié quand on t'a déposé là.
- Elle a pas regardé à la dépense. Une belle boîte vernie avec des poignées dorées et que de fleurs ...!
- Avec ton argent couillon. Et tu sais ce que disait mon grand-père ? "Las flours fan pas cagua." Mais dis-donc l'ami ? Elle sentait quand même pas mal le sapin ta caisse. Pas folle la Marcelline : elle allait pas te coller dans du chêne. Mais, c'est vrai que pour la déco, elle a pas lésiné. Normal pour du sapin .
- Et ça t'amuse. Au fait : c'était qui le moustachu qui attendait ta Louisette à la grille du parc à concessions ?
- Qu'est-ce que tu racontes ? Louisette vient ici toute seule.
- Moi je dis ça, je dis rien mais j'ai vu un type à moustaches...
- Et toi hein ? Pas plus tard qu'hier, ta Marcelline, elle beuglait comme un veau. C'est pas une nouveauté d'ailleurs. Elle t'a crié dessus tout ta vie.
- Oh, rien de grave. Je me suis fait enguirlander parce que je demandais à ma douce moitié de m'apporter de la bière. Elle m'a répondu que j'en avais une de bière. Même qu'elle lui avait coûté assez cher !
- Allez ! On va pas se disputer ici Jules. Je te serre pas la pince. Ça craquerait tellement qu'on réveillerait les morts. Mais je te la souhaite longue et heureuse.
- Quoi ?
- L'éternité pardi !