lundi 29 février 2016

Laura Vaneyl-Coytte - Tout était en déséquilibre

Tout était en déséquilibre
Il fallait faire ses bagages
Rompre les amarres
Avant de sombrer corps et âme
Renflouer le navire
En partant loin, quoique
Ce n’était pas obligatoire
L’éloignement était plus que physique
Profondément ancré dans la vase
Des hypocrisies mensongères
Tout était en déséquilibre
Il fallait partir sans regarder en arrière
Ne pas agiter le mouchoir aux larmes
De mer trop salées pour la langue
De terre : île à l’horizon proche
Pour rééquilibrer les charges.

Jacou - Tout était en déséquilibre

A dormir debout

Tout était en déséquilibre,
Corde raide et piano bar,
Un accordéon, quelque part,
Une scie, un plumard.
 Que venais-je faire dans ce bazar ?
Un funambule traversait les nuages,
Cotons effilochés sans visage,
S’accrochaient aux réverbères hors d’usage.
Que venais-je faire dans ces parages ?
Une folle édentée, sur une casserole,
Dansait une barcarolle,
Avant de s’échouer dans la rigole.
Que venais-je faire dans cette parabole ?
Soudain, un soleil vert,
Ses yeux à peine entrouverts
Grinça des mots à l’envers.
Que venais-je faire dans ces contrées lunaires ?
Je courais, au hasard,
Un vrai cauchemar,
La pendule, quelque-part,
Sonnait, il se fait tard,
Peut-être, disait-elle,
D’où viens-tu, étrange fêtard ?
Sur mon lit  désordonné,
Vêtements fripés
Un livre abandonné,
« La Nuit des Pantins », intitulé.
Je sus alors, d’où je venais.

Semaine du 29 février au 6 mars 2016 - Tout était en déséquilibre

Bien que vous n'ayez pas été très loquace sur le thème "Encore", nous tentons une autre approche pour une consigne d'écriture vous demandant de démarrer obligatoirement votre texte par l'incipit suivant :
"Tout était en déséquilibre".

Qu'il soit en prose ou en vers, votre texte devra nous parvenir comme d'habitude à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche 6 mars minuit.

Bonne semaine à tous !

dimanche 28 février 2016

Jobougon - Encore

Comment l’esprit s’agrippe à la vie




Regardez-nous bien, nous sommes les habitants célèbres du cimetière le plus réputé au monde. Au 16 rue du repos, quand le bon samaritain s’endort du sommeil du juste, nous sortons de nos tombes pour aller danser au GBPPPR*, après avoir rassemblé mandibules, vertèbres et phalanges, en cliquetis serrés. De gauche à droite, Frédéric Chopin, Jim Morrison, Héloïse, Oscar Wilde, Edith Piaf, Molière, Jean de la Fontaine, Colette, Camille Pleyel, Alain Bashung, Michel Petrucciani, Jean-François Champollion, Gustave Doré, Simone Signoret, Marcel Proust, etc, j’en passe et des meilleurs, tous les autres non moins célèbres danseurs de ces lieux.
Nous sommes les rois du tango. Au rythme palatin de nos zygomatiques, nous renversons trapèzes, scaphoïdes, rotules et boites crâniennes, tournoyons aux sons des vertèbres coccygiennes, virevoltons en cadences claviculaires, sternales ou maxillaires, claquons du lunatum, du métacarpe ou du sésamoïde. Nous rediffuserons régulièrement la scène culte avec Elena et Alejandro afin de réviser les pas de danses classiques.
https://www.youtube.com/watch?v=NMTkG88SNJE
Car nous sommes encore bien de ce monde. L’errance de l’au-delà est un leurre, nous en témoignons dans la trame de nos os, dans les allées parcourant les quarante quatre hectares de notre nécropole,baguenaudant sous la pleine lune, au gré de nos squelettiques libertés. Nous, célèbres enterrés, avons cette particularité de n’être pasprisonniers de nos tombeaux, mais bien d’être les parias bohèmes du vingtième arrondissement. Notre enthousiasme dérange, réveille, provoquant le délire des uns, le dégoût des autres, la répulsion des parisiens qui veulent notre silence de mort plutôt que nos célestes et bruyants jeux. C’est pourquoi personne ne nous verra jamais danser dans les allées, entre les monuments funéraires, sauf peut-être quelqu’alouette gironde ou quelque libellule insomniaque grisées par nos ballets claquetants et hasardeusement passant par là. Il nous arrive d’organiser des rencontres inter-cimetières, en nous décentralisant vers des lieux plus calmes, afin de donner un peu de répit à la capitale, lorsque les circonstances nous y poussent. Nos hôtes nous font découvrir les pacages et prairies où paissent les troupeaux, bovins de toutes espèces, qui nous accueillent dans un premier temps avec des beuglements inquiets, puis une fois familiarisés à notre présence, offrent ballades et flâneries nocturnes à dos de vache à nos vieux os. Frédéric promène ainsi ses phalanges en touches de piano, auxquelles Michel répond plutôt en mode jazzy, Jim exhibe ses côtes recouvertes auparavant d’un torse qui eut son heure de gloire, Simone a gardé son casque d’or (qu’elle a tenu à retirer pour la photo, refusant d’être reconnue) et Marcel sa Madeleine, (planquée entre deux os iliaques), Héloïse et Abélard sont toujours inséparables. Les nuits où les nuages crèvent en longs rideaux de pluies évanescentes, nous laissons l’eau rincer les diverses pièces de notre anatomie osseuse avant de, bien rafraîchis et ressourcés, réintégrer nos sépultures pour une journée de repos bien méritée.

GBPPPR* : Grand Bal Populaire des Parias-Pour-Rire (honteusement repiqué chez Anne de Louvain la Neuve)

https://annedenisdelln.wordpress.com/2016/02/26/le-tango-de-la-mort-qui-tue/

Où lire Jobougon

samedi 27 février 2016

Pascal - Encore

La canonnière du Yang-tsé  



France et Pierre Lany se sont installés à Paris, dans leur grande pâtisserie, L’Encore ; en seulement quelques mois, ils faisaient fortune avec leurs confiseries pittoresques.


Fils de boulanger lyonnais, petit-fils de pâtissier, sa voie était toute tracée ; pourtant, ce ne fut pas si simple ; c’est qu’il était dur dans sa caboche, le gone ! Il restait des heures dans le magasin de ses parents. Toujours entre les miches de sa mère, planqué sous son tablier, me direz-vous ? Non ! Il passait son temps à lécher la vitrine du magasin ! Comme si c’était à lui, jalousement, il gardait le butin des confiseries du grand-père ! Quand une troupe de gamins se remplissait les poches avec quelques sous de bonbons, c’était aussitôt des bagarres dans la rue ! Avec des plaies et des bosses, au grand désespoir de ses parents, il remettait son trésor sur les étagères du magasin ! Combien de fois s’est-il fait ramener à la maison entre deux gendarmes...


Il y eu des plaintes et, finalement, l’internat où il réussit pourtant son CAP de pâtissier ; querelleur, jeune brigand, chapardeur, pour le caser, ses parents voulurent le marier avec France, la fille du charcutier d’à côté. Lui, il voulait voir un peu plus loin que les seins doux de l’ingénue poulette. Il était un bon parti, avec la boulangerie familiale qui tournait jour et nuit. Derrière le mur, on entendait gueuler le vieux traiteur : « Retiens Lany ! Retiens Lany !... jusqu’à la fin du monde !... »


En fait de monde, il contracta un engagement dans la Marine ! Ha, sur une antique  canonnière, il en a vu du pays ! L’Extrême Orient, Le Tonkin, le Siam, la Cochinchine, Annam, le fleuve Yang-tsé, les mers émeraude ! Lors d’un périple au Cambodge, invité d’office lors d’une visite officielle, c’est à Angkor qu’il eut le fameux déclic. Après quelques heures de bus, il découvrait les temples. Tous ces petits singes effrontés, courant entre les monuments, monnayant un droit de passage aux estivants, n’hésitant pas à griffer ou à mordre les récalcitrants : c’était lui ; il s’était retrouvé dans ces animaux, notre lyonnais.  


Fort de ses voyages, de ses expériences et de son savoir, il rentra au pays après avoir purgé son volontariat de cinq ans. Reprendre les Pralines rouges dans leur écrin ? Les Galets de la Saône dans le lit d’un plat bleuté ? Le Ballotin de cocons dans son coffre à trésor ?... Non ! A la grande stupeur de ses parents, il allait lancer sa propre ligne de confiserie…


Dans un coin de l’arrière-boutique parental, toujours aussi dur au mal, toujours obstiné, il se mit à la tâche. Il réceptionna des sucres rares de bout du monde ; Il fit fondre ces poudres précieuses ; il malaxa des caramels aux parfums extraordinaires ; il tenta des guimauves, des calissons, des papillotes, des dragées. Bien sûr, pour France, il fit quelques bêtises, quelques chatteries, quelques mignardises…


L’œuvre en gestation grandissait entre ses mains, ses souvenirs et son imagination. Enfin naquirent ces facétieuses petites têtes de singe, aux yeux de framboise, aux sourcils de réglisse, aux joues de pâte d’amande et au goût délicieusement exotique. Pour finaliser son chef-d’œuvre, il ne manquait plus qu’un bâton tuteur. La fortune de Pierre était faite. Sa meilleure goûteuse ?... C’est France, elle adore les Sucettes à Lany…


Tiniak - Encore

ENCORE ! LYRE...

La chanson dépouillée de son refrain connu
se cherche des raisons d'accorder son oreille
à des ailleurs bercés par de lascives nues
et fume sa journée à d'étranges soleils

Sa voix, enrubannée de murmure exotique
s'assombrit de fraîcheurs moins tristes qu'un long soir
autrement faites pour les grèves nostalgiques
et propres à couvrir le seuil de son histoire

Qu'importe le refrain ! Laissons la porte ouverte
En seront plus diserts les couplets orphelins
et plus grave, la lyre - ès délices, l'experte !
que sont les lents soupirs joués à quatre mains

Des vents se lèveront à la fin du concert
en prompts et spontanés flots d'applaudissements
et scanderont en chœur la  musique légère
du dernier mot livré, en si, charnellement :

« Encore... »


Où prendre la mesure d'un jeu à quatre mains...

Clémence - Encore

Tradition sanguine.


Je venais de déménager. Encore une fois.
Je m'installai dans cette petite ville bourgeoise au sud de la capitale. Réputée pour une spécialité culinaire très odorante et, ma foi, très appétissante lorsqu'elle est servie avec une bonne bière et un gros morceau de beurre.


Encore une fois, je devais accomplir la kyrielle des démarches administratives. Mon appartement se trouvait presque au centre ville, au carrefour entre le faubourg périphérique et un axe d'accès ou de sortie. Des 11 baies vitrées, je jouissais d'une vue étourdissante.
Le soir, je m'endormais, bercée par le ronronnement du pétrin de la boulangerie voisine. Le matin, je bénéficiais de l'odeur du pain frais.


Dans cette ville de traditions, il en est encore une autre qui attire la foule des quatre coins du pays, à savoir, le Carnaval. Cette année, j'allais le découvrir en tant  que résidente !


Ainsi donc, le dimanche matin, aux petites heures, je fus réveillée par des bruits étranges. Les fantômes de l'armée napoléonienne s'étaient-il insinués dans les rues ? Fifres et tambours, accompagnés de quelques grelots ?
J'allais voir à la fenêtre et tendis l'oreille. Rien, silence absolu. Je me recouchai, les bruits recommencèrent. Je me relevai, j'entendis le silence. Je me glissai dans le fond du lit.


Quelques heures plus tard, le tintamarre reprit sous mes fenêtres ! Je me levai et découvris un groupe de gilles, avec des masques blancs identiques, accompagnés de leur tamboureux. C'était magique, vu d'en haut !
Avec un écho infernal, toute la ville s'agita au rythme des sabots, des grelots et des tambours.


Dans le cortège carnavalesque de l'après-midi, les différentes confréries de gilles avec leur coiffes spectaculaires de plumes d'autruches, se succédaient, avec leurs musiciens. Une folie joyeuse régnait, ponctuée par les lancers d'oranges,  tant vers les spectateurs en bord de rue que vers les fenêtres des maisons. Certains habitants se barricadaient, d'autre ouvraient joyeusement les fenêtres, au risque de voir des sanguines s'écraser sur les murs intérieurs…


Le carnaval ne se contente pas d'un dimanche. Il lui faut encore le lundi – consacré aux enfants des écoles – encore le mardi, pour les associations de la ville et encore le mercredi, pour le rabiot….


Grâce à une de mes connaissances, dont le mari « faisait le gille », j'ai pu assister au clou du carnaval.  Il se vit dans une presque intimité le mardi à minuit avec le brûlage des bosses.
Sur les différentes placettes, un feu est préparé ainsi qu'une potence. A minuit, un costume de gille est suspendu au gibet et l'allumette craque.
Ce n'est pas seulement un feu de joie. C'est aussi un feu de larmes.
Le gille danse son carnaval réussi mais en pleure la fin aussi .
Je reçus des mains du gille, en cadeau et porte-bonheur, un minuscule tortillon doré arraché à sa collerette de dentelle.


Le printemps arriva, suivi de l'été puis de l'automne. La frénésie reprit ses droits  dans les cafés « QG » des différentes confréries…


Le temps a passé. Je n'ai pas revu la personne qui m'avait appris à aimer le carnaval. Mais le soir du brûlage de bosses, lorsque le feu fut éteint, son mari se dirigea vers moi et me dit :
- Un gille ne donne jamais son panier, il le brûle s'il est abîmé. Mon épouse est décédée, elle m' demandé de vous confier mon panier en souvenir d'elle….
Les dernières notes se fondirent mélancoliquement dans la nuit.


Avant de quitter mon pays pour la Provence, je dis à mon ami :
- Fêtons le carnaval, encore une fois…


Mon panier d'osier est toujours à la cuisine.
En février, par une journée de grand soleil, je  sors le tortillon doré de sa cachette et le fait briller de tous ses souvenirs.



vendredi 26 février 2016

Anne de Louvain-la-Neuve - Encore

Le tango de la mort qui tue !

Crânement gironds et chauves, superposés le long du mur du son, nous faisons tapisserie ! Sur la photo, le troisième au deuxième rang en partant de la gauche, c’est moi. En toute confidence, beaucoup d’idées toutes faites se colportent à propos de la mort : les fantômes, les squelettes, les âmes, les esprits et tutti quanti. Le nec plus ultra bien connu qu’on peut traduire littéralement par plus rien au-delà me claque les mandibules ! Force m’est de constater, avec le recul qu’impose mon funeste état, que rien n’est vrai, que dalle ! Nihil novi sub sole, peut-être mais pas ici. Si vous me lisez, c’est que vous avez enfin découvert mon blog, un super site que j’ai modestement nommé la Cadrature du Continuum Céleste (CCC) dont le but est d’explorer l'après-cosmique, les nuages de perceptions erronées au travers desquels l’homo sapiens (laissez-moi rire !) s’est engouffré sans coup férir !

Vous serez sans doute renversé si je vous confie qu’in articulo mortis, un rien nous sépare de l’abime (sans chapeau) dans lequel on plonge sitôt le couperet tombé. Alors, tout change : on perd la tête. Pas au sens figuré mais au sens propre : le lien soi-disant indéfectible qui unit ces deux entités dissemblables se rompt définitivement. La tête s’en va de son côté et les corps, eux, dérivent du leur sans heurt et sans attaches, c’est vache se récrieront certains !

Cette dichotomie du caput et du corpus apporte l’incommensurable dimension de ce qu’est l’être humain, ce dont on ne se rend pas compte quand on est vivant et prisonnier de sensations souvent fausses : un corps qui ne jouit pas d’un esprit petit, pacageant dans l’erreur imbécile. Mourir pour percevoir enfin la complétude du tout de l’ecce homo dans le tout, o altitudo ! 

Sitôt dégagée des entraves corporelles, l’errance des libellules fond sur les têtes comme les bolides aux 24 heures du Mans, à fond de train ! Penser ce qu’on veut parce qu’on peut et réaliser qu’il n’y a plus les limites obstinées d’un corps obtus agrippé aux testicules de ses propres inhibitions ne peut s’évaluer qu’à l’aune de la problématique du terrestre. L’esprit peut ainsi baguenauder dans les prairies d’un infini évanescent.

De leur côté, à présent affranchis des contraintes neuronales souvent psychorigides, les corps se défont de leur flemmardise pataude sui generis dans le fourmillement d’une jeunesse débridée. Les guiboles s’enhardissent en entrechats dodécaphoniques alors que les bustes se font flexibles, avants renversés tourneboulés, hop, du délire à la rencontre d’une bohème paradoxale et commutative, une flânerie d’alouette sans conséquence, des gribouillis dénués de toute importance et une légèreté quiète et délassante. Un corps qui s’essentialise, si je puis susurrer de la sorte. 

Et tous les samedis ? Le grand bal populaire des parias-pour-rire (GBPPPR) rassemble pour la circonstance, les têtes, et corps et genoux, pieds, genoux, pieds, je m’égare. C’est le moment que tous attendent : le délicieux tango des raplaplas, surge et ambula, comme disait l’autre, levez-vous et marchez. Les corps se choisissent une tête qui leur plait et vice versa, le rêve humain en quelque sorte. Alors se décline sur les temps forts des mesure en deux temps, la marche d’un corpus gaillard sur lequel un caput mundi guide le ressenti de l’interprétation en liberté.

S’agrippent de la sorte ces partenaires post-mortem, o tempora ! o mores ! Un pas avant, un demi-tour, abrazo, et tout le monde s’envole en l’air. Tu me tiens, je te tiens pas la barbichette (que je n’ai plus). Ah, ce tango que j’ai vénéré dans mon ancienne vie, que je t’ai aimé comme certains snifent l’opium ou d’autres l’art contemporain. Avec passion, conviction, l’enthousiasme délirant d’une exaltation argentine. Vade retro satana, c’est cela qu’on appelle le paradis.

jeudi 25 février 2016

Célestine - Encore


Ah ! La vie ! Je veux encore, et pour longtemps, tes couchers de soleils incendiaires, tes ciels à la Constable, leurs lourds chariots de nuages amoncelés sur des landes soufflantes, encore et pour longtemps tes opéras grandissimes, tes chants désespérés, tes oiseaux migrateurs emportant dans leur rêve nos rêves les plus fous, tes parfums entêtants, volatils, toutes les couleurs du prisme dans une flaque d'eau clapotant, sous les bottes cirées, tous tes cris de bonheur, tous tes murmures enfuis, tous tes lacs majeurs, et tes chevaux sauvages à la crinière étendard brisant dans leur galop la ligne d'horizon au vol des flamants roses, toutes tes cuillères d'argent tintant comme des grelots sur le cristal de l'horloge qui égrène le temps, muant les jours en mois et les siècles en secondes. 
Je veux encore et pour longtemps toutes les peaux d'enfants, à la candeur laiteuse, les soupirs des amants et les yeux étoilés des ancêtres fébriles. De l'alpha du matin à l'oméga du soir, à l'aube d'un nouveau cycle, le tourbillon de la vie...la valse lente ou endiablée de nos émotions souveraines. 
Je veux encore et pour longtemps contempler l'astre magnanime qui nous éclaire. Et danser sous la pluie.


mercredi 24 février 2016

Tisseuse - Encore


Sinistre fantaisie

Sinistre fantaisie 

S’insinue dans mes nuits
Comme autant d’ancolies
Je m’étiole et je fuis

Vraie sorcellerie 

Des matins hagards 
Sorties de hasard
Ou gare de tri

J’évite les busards 

Je pétris 
Les trop tard
Ou les verts de gris

Tout ce qui s’ensuit 

Est une série d’ennuis
Qui me lorgnent goguenards 
Et me mettent hors circuit

Féroce cauchemar 

Enflé et bavard 
J’en ressors groggy 
Très en bazar

mardi 23 février 2016

Vegas sur sarthe - Encore

Les PHAREs

 
Tag by Guillaume


Il fallut se rendre à l'évidence, les PHAREs avaient traversé le tunnel une fois de plus.
On les appelait les PHAREs pour désigner plus simplement ces Petits Hommes Au Regard Écarlate qui venaient de la tour jumelle du Wynn par le tunnel.
Depuis que le billet vert ne valait plus un kopeck, faisant fuir le peuple Tourista, le désert de Vegas autrefois si grouillant de vie avait été désertifié.
Comment en était-on arrivé là?
Toujours est-il que la grande désertification avait ruiné et poussé au suicide tous ceux qui régnaient sur l'Empire du Vice, obligeant le Commandant à se retrancher dans l'immense tour de verre du Encore.
On l'appelait le Commandant à cause de son éternelle tenue de cosmonaute empruntée au Neil Armstrong du musée de Madame Tussauds au Venetian.

"Combien sont-ils cette fois-ci?" s'inquiéta le Commandant en jetant un regard inquiet depuis sa suite du 45ème étage.
Vu d'en haut le Strip déserté ressemblait à une piste d'atterrissage abandonnée où nul survivant n'osait s'aventurer.
Depuis longtemps les fontaines du Bellagio avaient cessé leur impressionant ballet et les voix de Pavarotti et d'Elvis s'étaient tues à jamais.
Son aide de camp - un bookmaker au chômage réchappé du Treasure Island - le regarda, incrédule :"Difficile à dire mon Commandant. On peut faire comme d'habitude, compter leurs yeux et diviser par deux mais je crains que quelques borgnes ne se soient encore traîtreusement glissés parmi eux"
Les borgnes étaient devenus l'obstacle numéro 1 à l'éradication des PHAREs.
Dérèglement génétique, branchement défectueux ou ruse? Personne n'en savait rien et ne pas pouvoir dénombrer ses ennemis c'était à moyen terme la défaite assurée.
"Encore" explosa le Commandant...
Il répugnait à prononcer ce mot qui lui rappelait trop leur prison de verre mais c'en était trop.
Les PHAREs n'étaient visibles que la nuit ce qui ne facilitait pas la chasse et le jour ils passaient en mode économie d'energie pour pouvoir durer et devenaient quasi-indétectables.
“J'ai les jetons” soupira l'aide de camp mais la blague était usée – qui se souciait des jetons aujourd'hui – et personne ne la releva...

Si celui qu'on appelait l'Ingénieur n'avait pas découvert le moyen de rendre comestible l'immense réserve de billets verts stockée dans les coffres du casino, ils seraient tous morts de faim aujourd'hui.
Les PHAREs n'étaient pas agressifs, seulement envahissants et n'en voulaient qu'à leur secret de fabrication du Gloups dans lequel on plongeait les billets pour les rendre digestes.
Dans les sous-sols sécurisés transformés en cuisine géante, les liasses mijotaient dans des marmites de Gloups fumantes sous l'oeil critique de la cuisinière en chef, une certaine Déline Cion qu'on avait sauvée in extremis du Caesars Palace.
Comme elle goûtait un Benjamin de cent dollars croustillant, la voix du Commandant résonna dans l'interphone :”Tu peux monter, Déline?”
“Encore” soupira Déline en remettant de l'ordre dans son chignon avec une moue d'agacement.
Elle aussi répugnait à prononcer ce mot qui lui rappelait trop leur prison de verre.
En passant par la boutique Dior passablement pillée, elle trouverait bien de quoi se refaire une beauté...

A peine eut-elle terminé de verrouiller le sas blindé qu'un bruissement furtif la fit se retourner.
Dans la pénombre du sous-sol ils étaient là, deux, trois, peut-être trois et demi... enfin quatre, elle n'eut pas le temps de compter tous ces yeux qui brillaient d'un éclat inhabituel.
Elle les avait souvent observés depuis la suite du Commandant mais sans jamais les voir de si près...
Surtout ne pas paniquer... appuyer sur le bouton d'alarme dont ils s'étaient tous équipés... les autres seraient là rapidement pour la secourir.
Déline chercha nerveusement le petit boitier au fond de ses poches.
Rien ! Elle faillit crier.
Crier... elle savait faire. Elle l'avait fait si souvent juste en face sur la scène du Colosseum.
Machinalement elle entonna: “J´irai chercher ton âme dans les froids... dans les flammes”
Les PHAREs avaient l'air de s'en foutre.
“Je te jetterai des sorts...”
Déline eut même l'impression qu'ils ricanaient.
“Pour que tu m'aimes encore... encore... Encore”
Sa voix s'étrangla tandis que les yeux écarlates dardaient leurs lasers brûlants.
Elle hurla :”ENCORE!”


“Ma chérie, calme-toi... ce n'est qu'un mauvais rêve”
Penchés sur elle, David et les enfants la regardaient avec un mélange d'étonnement et de compassion.
Au plafond, le radio-réveil renvoyait deux gros points rouges clignotants... 


lundi 22 février 2016

Laura Vanel-Coytte - Encore

Hier encore tu faisais le pitre avec ton visage qui se prêtait si bien aux grimaces.
Hier encore, tu rendais service à tous sans penser qu’on pouvait t’exploiter parce que tu étais un bon garçon.
Hier encore, tu travaillais comme un fou à droite et à gauche pour assurer l’avenir de ta famille.
Hier encore, tu t’agaçais un peu après le plus jeune, différent, demandant tant d’attention mais si attendrissant que tu lui ébouriffais finalement les cheveux. Sa différence est aussi un peu la tienne.
Hier encore, tu t’émerveillais de voir l’aîné si grand avec sa voix qui commençait à muer. Lui, il a ta spontanéité à aider les autres et il est aussi dur à la tâche.
Hier encore, tu taquinais ta femme, ce petit bout d’épouse si courageuse.
Hier encore, tu appelais tes amis de l’autre bout de la France pour leur donner des nouvelles de leur maison de vacances.
Hier encore…

A Philippe, mort brusquement à 42 ans

Où lire Laura Vanel-Coytte

Semaine du 22 au 28 février 2016 - Encore

Après toutes ces digressions sur les tics et les tacs et leurs intervalles, quelle histoire allez-vous nous conter en découvrant les deux photos suivantes ? 





Que vous en choisissiez une seule, ou les deux, votre texte en prose ou en vers devra nous parvenir à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com d'ici dimanche 28 février au soir.

dimanche 21 février 2016

Célestine - Entre le tic et le tac


Vous êtes vous seulement demandé, un jour,  pourquoi les pendules font tic-tac…

Savez-vous que chaque pendule est un monde étrange ?

 Il m’est arrivé de visiter, lors d’une de ces nuits de lune pleine où tout peut arriver, un de ces mondes.

J’étais en train de regarder d’un œil rendu vitreux par l’insomnie, la grande horloge du vestibule, quand il me sembla que le tic-tac était en train de ralentir. Je n’en aurais pas juré, mais…M’approchant, j’aperçus dans l’angle inférieur gauche une poignée que je ne me souvenais pas d’avoir déjà vue. La tournant par curiosité, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, je fus surprise de me retrouver devant une porte, ouverte sur un long corridor. Mais le plus bizarre est que je ne m’aperçus pas tout de suite que ma taille, telle Alice dans la chambre aux secrets, venait de s’adapter aux dimensions de la pièce.

Au bout du corridor, j’entendis un immense TIC ! qui résonna comme un gong dans tout mon corps, puis je pénétrai dans une grande pièce, et dans un invraisemblable entrelacs de rouages, de leviers, reliés par des entreponts, de minuscules êtres, mi-farfadets mi-insectes, étaient figés chacun dans son attitude, comme une image vidéo en pause.

Pas un mouvement, rien qui ne déparât cet ensemble arrêté dans une harmonie parfaite.

C’est alors que j’aperçus, tout en haut, une plate-forme inclinée sur laquelle deux de ces lutins semblaient installés comme des enfants sur une balançoire à bascule, le bleu en haut, le rouge en bas.

Au bout d’un instant qui me parut une éternité, tout reprit rythme et cadence, le lieu redevint bruissant, les lutins s’affairant en tous sens comme des fourmis, et la balançoire entrepris lentement le mouvement inverse. Quand le lutin rouge se fut retrouvé en haut, et le bleu en bas, donc, on entendit un gigantesque  TAC ! qui me traversa le tympan comme une barre de fer. Puis tout se figea à nouveau.

Encore assourdie, je ne vis pas arriver près de moi l’un de ces lutins qui me dit :

«  Tu connais maintenant le secret. Si tu as la chance de te faufiler exactement juste entre le Tic et le Tac de n’importe quelle pendule, tu pénètres dans le « Hors-Temps ». Un pays où les secondes durent des siècles, et les siècles des secondes. Le pays des poètes, des amoureux, des rêveurs et de tous ceux qui ont le cœur assez grand pour imaginer des mondes doux et parallèles. »

Il m’arrive souvent de me réfugier dans le Hors-Temps. Quand notre vrai monde me fait mal à la peau à en crier. Et j’en reviens toujours le cœur apaisé.