samedi 1 juillet 2017

Modération des commentaires

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lundi 26 juin 2017

Arpenteur d'Etoiles - Le sacre de l'été


Chronique d’une époque révolue !
et le Tour de France

C’était l’été.
Le grand cerisier en majesté étirait ses branches devant la cuisine. Sur le rebord de la fenêtre grande ouverte, il y avait toujours une boîte de conserve retournée sur laquelle on posait un vieux plat à œuf garni de beurre, de saindoux en hiver ou de graines en été. Les mésanges bleues et charbonnières se les disputaient allègrement faisant peu de cas de notre présence. Parfois elles venaient picorer sur la table même, bien peu dérangées par nos mouvements. La cuisine était alors le point central de la maison. Nous y mangions, lisions, travaillions. Les discussions familiales se tenaient là, toutes les décisions s’y prenaient. Ma grand-mère, emblématique, blouse bleue ou grise, chignon blanc et un regard clair rempli d’une bonté espiègle, préparait sans cesse les plats, gâteaux, pâtés, confitures, conserves. Une marmite mijotait toujours sur le coin du vieux fourneau à barre de laiton. Quand elle ne cuisinait pas, elle cousait à l’aide d’une antique machine Singer que mon père avait « électrifiée ». J’entends encore aujourd’hui son tactactactac caractéristique.

Mais l’été, il y avait un événement essentiel qui me tenait en haleine durant tout le mois de juillet : le Tour de France. Dès le mois d’avril les deux courses annonciatrices des beaux jours, aussi fiables que le retour des hirondelles, étaient Paris-Nice et le critérium du Dauphiné Libéré. Mon père alors commençaient à raconter. Amateur et amoureux du vélo depuis l’enfance, il avait suivi passionnément les exploits de ces hommes hors normes. Il racontait et, sans le savoir vraiment, me fabriquait une mythologie sportive unique. Les Pélissier, Lapebie, les frères Maës, Raphaël Géminiani, Antonin Magne défilaient dans la cuisine, effectuaient des ascensions d’anthologie dans des conditions inimaginables, remportaient des sprints incroyables, traçaient des échappées inouïes. Il a du me dire plus de dix fois la légende d’Eugène Christophe, coureur du début du siècle (du vingtième !) qui dut forger la fourche cassée de son vélo, surveillé par un commissaire de course qui vérifiait scrupuleusement que personne ne lui portât assistance l’obligeant à actionner lui-même le soufflet du foyer. C’était au pied du Tourmalet, à Saint Marie de Campan. Coppi (« regarde cette photo, sa cage thoracique sur dimensionnée et ses hanches étroites lui donnent l’air d’un lévrier »), Bartali, Bobet, sont venus dans la cuisine à son invitation. Certains avaient des surnoms comme « l’ange de la pluie » en la personne de Charly Gaul, ou « l’aigle de Tolède pour Fédérico Bahamontès ». A cette époque pour moi, il y avait deux mondes. Celui de mes héros de lecture, du club des cinq aux trois mousquetaires, d’Arsène Lupin à Rouletabille, de Bob Morane à Angelo le hussard sur le toit, des héros cyclistes de mon père. De l’autre côté se trouvaient Jésus et Saint François. Puis je me suis fait mes propres héros d’épopée. Avant tout Jacques Anquetil, maître Jacques, l’idole de mes dix ans. Plus tard je vibrais pour Roger Pingeon, ou Bernard Thévenet qui sont venu à bout d’Eddy Merckx. Puis il y eu Ocana, Guimard et Hinault. Ma mère m’achetait à la fin du tour, le « miroir du cyclisme » et « le miroir du tour » où je relisais sans cesse les exploits et les drames de mes idoles. Je me souviens de titres ronflants à la Blondin comme « le masque du bergamasque » le jour où Felice Gimondi, champion italien avait été distancé par ses principaux rivaux. Je ne connaissais pas Bergame et n’ai compris la formule que plus tard, mais sa musique m’enchantait.

Dans la cuisine, le vieux poste en bois et son œil verdâtre avait laissé place au transistor. J’écoutais, l’oreille collée au haut parleur, les retransmissions des étapes, notant soigneusement les classements quotidiens et le général. Puis en fin d’après midi, je prenais mon vélo et partait faire mon tour sur un circuit immuable. Trois côtes un peu raides, trois descentes, un passage sinueux et une longue ligne droite : mes Tourmalet, Isoard, Galibier, et une arrivée au sprint. J’ai gagné cent fois la course, décroché les meilleurs dans les cols, descendu à tombeau ouvert et jeté mon vélo dans des sprints acrobatiques, seul sur la route. Mon imagination faisait le reste.

J’avais également une collection de petits cyclistes en plastique, plus vrais que nature. Certains montaient en danseuse, d’autres sprintaient, un levait les bras en passant la ligne d’arrivée. Le maillot jaune, le maillot vert, le maillot de champion de France. Tous étaient là. Avec mes cousins, on traçait un parcours dans le jardin. Les voitures dinky toys, agrémentées des noms des coureurs tapés laborieusement sur l’antique Remington dont les lettres ne cessaient de se coincer, puis scotchés sur leur capot, servaient de voitures suiveuses et de « caravane publicitaire ». Nous prenions chacun une équipe et nous les faisions avancer avec des billes. S’il pleuvait, on rapatriait tout le monde à l’intérieur. Le parcours se faisait alors sur le carrelage, les dés remplaçaient les billes, et le tour repartait. Je n’ai pas encore trouvé de meilleure manière de toucher l’été : mes cousins, l’enfance, l’insouciance, un bonheur simple et inoubliable.

Enfin et pour en terminer avec cette histoire sur un autre temps, le plus fabuleux cadeau c’était quand un coureur français remportait l’étape du quatorze Juillet. J’ai encore en mémoire l’arrivée de Raymond Delisle, dans un brouillard épais, surgissant seul en haut du Tourmalet, revêtu en plus du maillot tricolore. Ou encore le démarrage de Thévenet dans les derniers lacets du Ventoux, laissant sur place Eddy Merckx.

Ce bonheur là est équivalent à celui ressenti, quand l’équipe de France de rugby bat les anglais à Twickenam, ou celle de football les allemands à Munich.
Une sorte de moment de grâce, chauvin et délicieux, qui vous fait monter un instant sur le toit du monde.


Joe Krapov - Le sacre de l'été

Le Sacre de l’été 2017

- J’en ai mon baptême de l’emplacement 28 du camping des Flots bleus ! Tous les ans se cogner le Chirac et le Gatineau en gougounes ! On pourrait changer un peu, quand même, non ?
- Crisse ! Tu veux quand même pas t’installer au 12 près des bécosses ?

Batince ! On va encore se faire bouffer la couenne par les maringouins à planter la tente près de cet étang !

Bâtard de cagnard à particule caniculaire ! Quel épais, çui-là ! Y tape comme un sourd !

Câlice ! Se faire arrêter par ces tannants de la maréchaussée sur la route des vins ! Pourvu qu’ils me fassent pas souffler dans leur ivressomètre !

Calvaire d’aoutât ! Méchante bibitte !

Ciboire de parcmètre à touristes ! Après une heure dans les chars cul à cul par 38° ? Se sont tous ligués pour nous assommer ou quoi ?

Diable de colonies de fourmis rouges ! N’y a pourtant pas de sirop d’érable sur la nappe du pique-nique ! D’où c’est donc que vous sortez, diable de sales bibittes ?

Fuck ! Y va encore souffler longtemps le joueur de ruine-babines du bungalow d’à côté ?

Maudit Français ! Pas fermé l’œil de la nuit avec ce feu d’artifice suivi d’un bal populaire avec des tounes tout ce qu’il y a de plus ringardos !

Ostie ! Toutes ces agace-pissette amanchées les seins nus sur la plage et moi qui n’ai rien fait pour éliminer mes poignées d’amour ! J’vas ‘core être traité de balloune ! Quelle badeloque !

Bonyeu ! Je rentre même plus dans mes bobettes !

Sacrament de moules frite à vingt deux euros ! C’est dispendieux, la Côte d’Azur !

Simonaque de quinze août de mes deux ! Pas un seul dépanneur d’ouvert !

Tabarnak de bouchon au péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines ! C’est-y pas Dieu possible !

Viarge ! Je vas l’rester ! Aucune blonde qu’a voulu que je sois son chum ! Même pas necké ni frenché pendant le quart d’heure américain ! N’y a que des lambineuses icitte !

Jésus de plâtre de coup de soleil sur les orteils ! Ca aide pas à l’endormitoire ! Ouïlle !

Allez, vous autres ! Parmi ces sacres de l’été, votez donc à c’t’heure pour celui que vous préférez !

Semaine du 26 juin au 2 juillet 2017 - Le sacre de l'été

Tout en pédalant la semaine dernière sur votre amphibocycle, vous songiez qu’il était dommage que Stravinsky se soit arrêté au printemps, et qu’il vous revenait de vous atteler à écrire :

                                                      
Le sacre de l’été
 
Vous avez eu là une bonne idée, dont vous aurez à cœur de nous faire profiter. Vous avez pour cela jusqu’au dimanche 2 juillet à minuit pour nous faire parvenir votre texte, en prose ou en vers, à l’adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

dimanche 25 juin 2017

Célestine - Amphibocycle

Amère destinée de l’écrivain en panne
Mon esprit chahuté par ce mot si affreux
Pédalait comme un fou dans un désert insane
Honnissant l’inventeur de cet objet fâcheux
Imaginez ma peine et jugez mon courroux
Bloquée, étais-je, enfin, paralysée plutôt
Obnubilée d’un mot tiré d’on ne sait zoù
Cherchant le fil par où démêler l’écheveau
Y’a pas à tortiller, parfois ça ne vient pas
Clio, Thalie, Euterpe, m’ont abandonnée
Le texte fabuleux jamais ne sortira
Et mon amphibocycle peut se rhabiller

samedi 24 juin 2017

Stouf - Amphibocycle

Apabovélo (surtout si tu sais pas nager)

Et ta sœur ?
- Grooos … tu sais ce qu'est un Amphibocycle ?
- Un quoiii , longue maigre moche frangine ?
- C'est un Water Bicycle, espèce de nulos, t'as qu'a chercher sur Googleu !
- Goût de quoi … pfff … vous les grandes laides vous êtes nulles en zortografe !

- Ouais ben nous au moins on a des amoureux et toi t'es tellement imbécile que même à Noël dans plein d'années t'auras même pas un cadeau sous le sapin et y'aura pas de sapin !
- Hoiiin … t'es méchante, j'veux pas ête mort, chu'is qu'un enfant !
… Excuse moi frangin, chuis qu'une conne, j'voulais pas dire ça … chuis qu'une conne !
Smaaaaaaaack !


 

vendredi 23 juin 2017

Bricabrac - Amphibocycle

Vélobiographie

Cette année-là, j’avais 7 ans de plus que le siècle. À l’université de Vincennes, j’étudiais la féedulogie pour complaire à ma mère, qui disait qu’à l’aube du XXme siècle, un jeune homme moderne devait maîtriser cette science. Mais je redoublais la première année, car, à vrai dire, je séchais les cours magistraux du premier cycle dans l‘amphithéâtre, préférant essayer mon amphibocycle sur le lac Daumesnil. J’avais le projet de devenir explorateur. J’étais plein d’insouciance et si gai que

Je riais aux éclats des sonnets de Vegas,
Qui battra le record de Lope de Vega,
Lequel en écrivit trois mille au Siècle d’Or.


J’aurais aimé faire le tour du lac, mais craignais de me perdre. Amarré près du temple bouddhique, l’hydravion de L’Arpenteur était posé sur l’eau, tel une libellule. Je m’approchai. Il était affairé à la visite prévol. Timide comme une antenne d’escargot, je bredouillai

Qu’à défaut de sextant, comme en marine à voiles,
Un conseil de sa part sur la marche aux étoiles...
Mais il lança l’hélice et ma voix se perdit.


M’éloignant du rivage entre les touffes de littorelle et les joncs fleuris, j’aperçus Tisseuse, très chic dans une robe cousue main par une fauvette couturière, mais le front plissé par les jacinthes et les soucis d’eau, en équilibre sur une feuille de lotus, et qui lançait sur l’onde

De jolis vers, qui fusaient comme des gerris
Entre les nymphéas, la laîche et les iris
D’eau, tressant des poèmes joyeux ou songeurs.


L’après-midi finissant, déjà Lilousoleil dorait les frondaisons. Ah, Lilousoleil ! Longtemps, je m’étais pavané comme le paon bleu du lac, car tout le monde disait qu’elle tournait autour de moi, jusqu’à ce que Galilée,

En cours d’astronomie, démontrât le contraire,
Soit-disant, c’était moi, qui, pareil à la terre,
Tournais autour de Lilousoleil. Balivernes,
Sornettes et billevesées de Jules Verne !


Cette année-là, le siècle tenait ses promesses d’inventions et de paix. Mais quand il eut 14 ans, moi 21, on assassina Jaurès au Café du Croissant, et le monde en fut à jamais retourné. Je dus abandonner mes redoublements en féédulogie. On m’envoya étudier la maréchaldulogie sur le front de l’est, tandis que mon amphibocycle rouillait dans un fossé, à Saint-Maur-des-Fossés.

mercredi 21 juin 2017

Laura Vanel-Coytte - Amphibocycle

Amphibocycle : le miracle pour quelqu'un qui ne sait que faire de son corps,
Empêtré entre ses bras et ses jambes qui lui posent un problème de coordination.

Amphibocycle : le miracle pour quelqu'un que la gravité entraîne vers le bas
Malgré le port de tête, haute et fière, se tenir droit comme on lui a appris

Amphibocycle : le miracle pour éviter les chutes qui font perdre la face
Alors que faire bonne figure est la seule manière de sauver les meubles

Amphibocycle : le miracle de flotter sur l'eau alors que le fond attire
Flotter alors les poches chargées de cailloux du passé plombent

Amphibocycle : le miracle quand la tête haute permet de quitter les angoisses
Pour s'envoler avec les ailes des livres et de la connaissance, la curiosité allège

Où lire Laura

Joe Krapov - Amphibocycle

Succession entrepreneuriale à la mode de Bretagne

Se chante sur l’air du « Capitaine de Saint-Malo »

Le capitaine du pédalo
Ali Alo
Qui reliait Brest à Saint-Malo
Ali Ali Ali Alo Quel rigolo !

Il avait l’air un peu falot
Ali Alo
Il buvait l’chouchen au goulot
Ali Ali Ali Alo Quel alcoolo !

Il pédalait sur un Peugeot
Ali Alo
Mais c’était un as au pageot
Ali Ali Ali Alo Quel gigolo !

Il avait l’air un peu bigot
Ali Alo
Sa femme s’appelait Jeannick Longo
Ali Ali Ali Alo Quel marigot !

Il allait au triple galop
Ali Alo
Sur la surface bleue des flots
Ali Ali Ali Alo Quel matelot !

Il a publié un brûlot
Ali Alo
Sur l’art d’essuyer les bibelots
Ali Ali Ali Alo Quel ramollo !

L’aurait dû tirer les tarots
Ali Alo
Il se serait méfié de Turgot
Ali Ali Ali Alo Ah quel ballot !

Car son fils, un fou du mulot,
Ali Alo
Vient de lui piquer son boulot
Ali Ali Ali Alo Quel sale minot !

Il dézingue à tire-larigot
Ali Alo
Les cachalots, les paquebots
Ali Ali Ali Alo L’affreux marmot !

A coups de fusil Chassepot
Ali Alo
Et de lancers de javelots
Il a hérité du magot Ah quel culot !

Ces histoires de requins sur l’eau
Ali Alo
Qui se disputent un pédalo
A la force de leurs cuissots - Ça m’scie les pattes ! -

Ça ne m’a jamais emballé :
J’suis hydropathe
Je préfère lire Alphonse Allais
Et déguster du Clos-Vougeot Incognito.

Qu’ils fassent du bruit dans Landerneau
Ali Alo
Et se gavent de far aux pruneaux !
Moi je suis bien mieux dans ma peau près d’mon tonneau !

Où lire Joe Krapov

mardi 20 juin 2017

Tisseuse - Amphibocycle

Pédaler sur l’eau
Pas au ras des pâquerettes
Comme un chamallow

Sur une vraie bicyclette
Dominer d’en haut
Renoncules et massettes

Et les potamots
Que j’imaginais, simplette
Venir d’un poulbot

Un régal pour les esthètes
Et les passereaux
En costume ou en jaquette
Que c’est rigolo

Je me ballade follette
Au son des crapauds
Qui poussent la chansonnette
Dans leur marigot

Mais ces images, pauvrette
Autant que roseaux
Libellules et fauvettes
Réduites à zéro

Par la pollution abjecte
Rejet Seveso

Andiamo - Amphibocycle

L'amphibocycle.

Quelle invention fabuleuse ! En voyant cette image j'ai tout de suite pensé à l'exxxxxcellent film de Robert Dhéry "Le petit baigneur" un Robert Dhéry déjanté, mettant au point des inventions toutes plus farfelues les unes que les autres. Un De Funès au mieux de sa forme, je l'ai vu et revu, je ne m'en lasse pas, Andiamette non plus !

Et puis surprise que vois je dans les impromptus ? L'AMPHIBOCYCLE ! Une invention digne de Pierre Dac, et de son "Biglotron" qui s'en souvient ?

Une année j'étais allé au concours Lépine avec mes enfants très jeunes alors, quelle rigolade devant certaines inventions, manquait plus que la casserole carrée pour empêcher le lait de tourner !

Tenez il y avait un mec qui présentait un système permettant de passer du ski de randonnée, au ski de descente, bonne idée, sauf que pour faire la permutation il fallait se livrer au démontage de certaines pièces à l'aide de clés 6 pans dites clés "Allen" !

Alors j'ai demandé au Monsieur s'il pratiquait le ski, car se servir de clés Allen avec des gants et de surcroît dans la neige et le froid : "Bonjour les coulisses de l'exploit" !

Revenons à notre amphibocycle (au passage il n'y a que les impromptus pour nous balancer des sujets pareils) cette géniale invention remonte à 1909, et tout le monde (sauf moi) ignore qu'il y a eu une course organisée en 1910 dans une petite crique à l'embouchure d'un modeste fleuve situé entre Dinard et Saint Malo, pas moins de 9 engagés étaient présents, et cette course fut nommée : LE TOUR DE RANCE !

Où lire Andiamo

lundi 19 juin 2017

Jacou - Amphibocycle

L'amphibocycle

- Enfi ! Tu vois ce que je vois ?
- Mais que tu es grossier, ce matin!
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait encore ?
- Oh, rien, juste tu as dit enf...voilà, à cause de toi, j'ai failli le dire.
- Boh ! C'est pas méchant !
- Enfi ! Beau! Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre !
- Hé-bé! Je te dis pas d'entendre, je te dis de reluquer.
- Reluquer quoi ?
- Là, l'amphi !
- Tu recommences !
- Mais non, j'ai pas dit enfigueille, j'ai dit amphi, comme amphithéâtre, amphigouri, amphi...
- Ah ! Tu veux parler de ce truc. Comment t'as dit déjà? Enfi..., non amphi...bof, c'est qu'un cycliste qui pédale sur l'eau.
- Bof !?! C'est tout ce que tu trouves à dire. Ça t'étonne pas, toi, un gonze à vélo, qui pédale sur l'eau.
- Cela doit être une variante du pédalo.
- Pédalo ? Qu'es aco ?
- Ben c'est un amphibocycle amélioré*.
- Hé-bé ! C'était pas la peine de faire toute une histoire pour mon amphi, non, enfi, toi aussi, tu l'as dit.
- Ce n'est pas un enfibocycle, mais un amphibocycle, du terme grec amphibie, signifiant pouvant vivre sur terre et dans l'eau.
- Enfi !

* Le pédalo, pas du tout amphibie (amphigourique, l'explication de notre savant , au sujet de l'engin uniquement aquatique**), est né en 1810, alors que l'amphibocycle a été inventé en 1909.
**- Enfi! Lui dites pas, vous me le mettriez encore fumace.

Où lire Jacou

Semaine du 19 au 25 juin 2017 - Amphibocycle

La nuit gourmande s'achève et maintenant c'est l'heure de faire de l'exercice avec cette invention qui a de l'avenir l'amphibocycle.  
A vous de nous raconter son histoire en vers, en prose comme vous le voulez mais avant dimanche 25 juin 2017...

à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com


vendredi 16 juin 2017

Célestine - Une nuit gourmande

Nuit gourmande


On ira marcher les pieds nus dans la luzerne, au frôlement velouteux des lapins qui, comme au vieux moulin de Daudet, s’enfuiront à notre approche dans la nuit tremblante de clarté. Mais l’un d’eux, peut-être, restera là, son regard étonné en bandoulière.

La lune décidera qu’il fasse un peu jour au-dessus de la prairie. Juste un peu. Pour rire. À la barrière de bois peint flotteront des cheveux d’anges, en oriflammes au-dessus de nos têtes.

Tu souriras quand je murmurerai dans ton cou des mots doux, des mots fous, des mots bijoux.

Tes dents adamantines seront dans ton visage comme de petits cristaux de lumière furtifs.

Chut ! Écoute ! Il y aura les parfums de la nuit, en avalanche, le foin, le jasmin, l’achillée qui nous chatouillera les narines comme un poivre. Les sons des oiseaux et le murmure des herbes.

Je serai poupée de porcelaine et de satin, tu seras magicien aux ailes douces. Je serai cerise de mes lèvres, pommes et framboises de mes seins, tu seras pain chaud et doré de ton buste, de tes bras. Tu auras un goût de brioche. Nos fruits gorgés et pressés s’emmêleront, en salade, en marmelade, en macédoine de caresses, en salmigondis de baisers. Mon corps de lait nuage. Ton corps de café brûlant. Et tout en haut, au zénith, Vega Deneb et Altaïr piqueront de leur grâce scintillante le plafond céleste de la plus belle des chambres d’amour.

Ce sera un festin.

jeudi 15 juin 2017

Marité - Une nuit gourmande

Les nuits gourmandes de Monsieur Paul

Juste minuit. Le réveil de Monsieur Paul le tire d'un sommeil agité. Dans une demie torpeur, il se dit que non, il n'ira pas. Il est fatigué. Il sait que ce printemps timide peine à vaincre les derniers soubresauts de l'hiver. Sa détermination habituelle faiblit avec la pensée que dehors, le froid sévit encore. Zut !

Il s'étire. Ses jambes fourmillent. Dans sa tête, se mettent à défiler des images précises. Il jubile. Bien sûr, il ira. Une sorte de frénésie le saisit. Il se lève, réchauffe un café très fort qu'il a préparé la veille, l'avale en vitesse et revêt ce qu'il appelle sa "tenue de camouflage" : imperméable informe, chapeau défoncé et baskets éculées. Il n'oublie pas son grand cabas et le voilà prêt à affronter la nuit et ses surprises. Go !

D'un pas pressé, il regagne les beaux quartiers de la ville, maudissant cet éclairage public trop vif qu'il qualifie de gaspillage. Qui donc, à cette heure, a encore besoin d'une telle profusion de lumière. Lui ? Sûrement pas. Mais il se rassure. Il sait bien que le dimanche soir surtout les gens ne traînent pas. Ils dorment sans doute, récupérant pour affronter la semaine qui arrive avec tous ses tracas. Il se glisse dans les ruelles d'un pas élastique et se coule comme une ombre le long des trottoirs. Il ne craint rien et surtout pas la police effectuant des rondes qui le prend depuis longtemps pour un clochard tranquille. Il fait tout ce qu'il faut pour cela. La nuit, tous les chats sont gris !

Il peut commencer. Il choisit une première poubelle. Méthodiquement et sans faire le moindre bruit, il la vide de son contenu qu'il inspecte minutieusement. C'est la bonne période et le bon moment. Au printemps et pendant le week-end, on s'astreint au grand ménage. On vide les placards qui, décidément n'ont pas capacité à s'élargir. Il faut faire de la place pour tout ce que l'on projette d'acheter. On a envie de changer de décor, croyant ainsi pimenter sa vie. Ah, cette société de consommation se dit Monsieur Paul !

Monsieur Paul étouffe un petit rire de plaisir. "Là, ma belle, tout doux. Viens. Montre-toi un peu". Il élève au-dessus de sa tête l'objet convoité, l'essuie amoureusement et le dépose avec précaution au fond de son sac. Une magnifique prise. Encore un fils indélicat qui s'est débarrassé de cette merveille faisant partie des trésors de la famille. Il marmonne en replaçant les détritus dans la poubelle. Plus de respect !

Plus émoustillé que jamais, Monsieur Paul continue sa quête gourmande. Il a du flair. Il délaisse quelques boîtes à ordures qu'il ne "sent" pas et s'enfonce plus avant dans le quartier. Son intuition le guide et le trompe rarement. Ici. Monsieur Paul pose sa besace. Il fouille sans se presser. La récompense ne se fait pas attendre. Il examine sa trouvaille d'un œil averti. Pas besoin de voir très clair. Au toucher, Monsieur Paul sait à quoi il a à faire. Pas aussi racée que la première, mais il n'attache pas une grande importance à la valeur de l'objet. L'essentiel pour lui n'est pas là. Il veut surtout empêcher une mort certaine. Et bien voilà, et de deux triomphe-t-il !

Monsieur Paul, malgré sa passion, sait se montrer raisonnable. Ça ira pour aujourd'hui. Et puis les éboueurs vont bientôt sévir. Il regagne tranquillement son domicile. Il va se recoucher un peu. Mais avant, il ne peut s'empêcher de déposer ses "friandises" ou "péchés mignons" comme il les appelle sur la table du salon. Il les caresse comme des maîtresses choyées. Il siffle de contentement. Deux belles pièces !

Monsieur Paul ne sait s'il rêve ou s'il anticipe les bons moments qu'il va s'octroyer tout à l'heure. La nuit prochaine quand tout sera calme. Il se voit devant son établi, sa double lunette loupe sur le nez, entouré de ses chers outils. Ceux qui l'ont accompagné toute sa vie : brucelles, tournevis, couteaux, clés, pinces, marteaux…

Il ouvrira délicatement le ventre de ses princesses, fouillera avec volupté leur intimité, guettant le moment où elles vont répondre à ses désirs par un tic-tac frénétique ou langoureux. Quelle jouissance !

Les deux petites dernières iront ensuite rejoindre le harem de Monsieur Paul dans la chambre réservée à cet effet. Elles côtoieront avec bonheur pendules en cristal taillé, en bronze, en marbre, dites d'officier, pendulettes en porcelaine polychrome ou en écaille, Cartels aux chimères, les bien nommées et préférées de Monsieur Paul. Un peu de poésie en toute chose !

Monsieur Paul s'endort apaisé et heureux. Il aura encore beaucoup de nuits gourmandes. Il le sait.

Tisseuse - Une nuit gourmande

Nuit d’étoiles
Nuit souriante
Le ciel se voile
La lune vient confiante

Il ne faudrait qu’un cœur amarante
Pour trouver cette heure ardente
Se sentir alanguie
En fantasme et en vie

Toute à ma gourmandise
De cette heure exquise
Où l’on peut paresser
Sans se lasser

Je me suis glissée
Presque enivrée
Dans des songes insensés
Qui m’ont fait chavirer

mercredi 14 juin 2017

Bricabrac - Une nuit gourmande

Émission spéciale

Nous sommes rentrés assez tôt dans l’après-midi du dimanche. Nous avions quitté la ville dans la nuit de samedi pour rejoindre la côte, épuisés par la campagne à perte de vue. La loi nous contraignant au silence, cette courte escapade avait été maussade, et c’est avec soulagement que nous avions repris l’autoroute pour rejoindre notre fief, où nous avions prévu de passer la soirée.

L’appartement était encombré par les télévisions du monde entier, coréenne dans le salon et la chambre à coucher, mais aussi japonaise, dans la cuisine, et chinoise dans la salle de bains, où nous nous arrêtâmes pour effectuer quelques retouches dans la cabine de maquillage, tout en lorgnant vers les écrans de contrôle, sur lesquels on pouvait voir nos nombreux invités qui arrivaient par d’interminables couloirs.

Mon mari s’enferma dans son boudoir, qu’il appelle son QG, avec sa garde rapprochée : dictionnaire de rimes, livre de recettes, rebrousse-poil et tire-larigot. On croyait savoir qu'il ferait une intervention en début de soirée. Ma femme se retira dans son alcôve avec ses plus proches conseillers : dictionnaire de citations, guide des millésimes et des accords mets-vins, brûle-pourpoint et va-comme-je-te-pousse. On prévoyait une prise de parole peu après 20 heures.

Il était temps de préparer le buffet. Nous nous affairâmes à la cuisine électorale. Nous avions prévu quelque chose de simple : quiches aux salicornes et aux écrevisses, roulés de pomme au crabe, artichauts poivrades rôtis au chorizo, et flans de laitue au curcuma. En dessert, minifiadones au broccio, pavlovas aux framboises, verrines de fraise à la crème mousseuse d’acacia, et pêches pochées à la crème citronnée.

Quand les premiers résultats tombèrent – attention, ce ne sont que des estimations, à prendre avec prudence - (résultats dont nous avions connaissance, en fait, depuis le péage de Buchelay grâce à quelques appels passés à des sources bien informées), et que tout fut consommé, bisque, velouté potiron aux ravioles croustillantes, à quoi certains journalistes sous-entendirent des brisures de châtaignes, la soirée commença vraiment.

« On attend une déclaration d’un instant à l’autre, vous nous le confirmez ? »

Je vis apparaître mon mari sur la mezzanine, appuyé à la rambarde et tapotant le micro. « On m’entend, là ? » Il y a toujours en lui cette anxiété, cette crainte que je ne l’écoute pas. « Vas-y, chéri, tu es à l’antenne. » « Allez-y, nous sommes en duplex. »

Effectivement, nous habitons un grand duplex, c’est pratique pour les émissions spéciales. « Je vous interromps, il semble que ma femme s’apprête à faire une déclaration. » Elle s’avança, tenant une feuille blanche à la main. « C’est laquelle, la caméra ? Je suis dans le champ ? » Elle feint parfois de redouter que je la regarde moins qu’autrefois, alors que je n’ai d’yeux que pour elle.

Leurs premiers mots se perdirent dans le brouhaha ambiant, ce sont les aléas du direct. Ils attendirent que le silence revînt, sans se quitter du regard ni cesser de sourire. « Je t’aime », dit-il. « Moi aussi, je t’aime », murmura-t-elle. Leurs visages étaient radieux.

« Que va-t-il se passer, maintenant, est-ce que vous pouvez nous en dire plus ? »

Il se passa que nous mîmes tout le monde dehors, les candidats, les militants, les experts, les cameramen et les preneurs de son, les curieux et les badauds, et éteignîmes tous les postes. Puis nous dînâmes en tête-à-tête, nos doigts se chargeant des traits d’union, avec un verre de Monbazillac, en écoutant des Gymnopédies et des Scènes d’enfants. Ensuite, nous allâmes dans notre chambre, mon amour, où nous continuâmes la fête à huis clos.

mardi 13 juin 2017

Joe Krapov - Une nuit gourmande

AU BOUT DE LA NUIT CROQUIGNOLE

- Il faut voir comme la Nuit est gourmande ! Tout ce qu’elle s’envoie dans le cornet et dans la voie lactée ! Ce qu’elle engloutit de croissants de Lune ! Elle ne fait pas de quartiers ! Jamais dans la demi-mesure. Il lui faut sa ration quotidienne de cette pâtisserie astrale car sinon, bonjour l’humeur : rien ni personne n’est plus sombre qu’une Nuit sans lune.

Son appétit de sucreries est si féroce que les gazelles s’enfuient à son approche afin de préserver leurs cornes.

La Nuit aime les éclairs qui zèbrent le ciel d’orage des étés et la dotent d’un beau pyjama à rayures. Sans aucune reconnaissance, elle les avale à la vitesse de Guy L’Eclair.

La Nuit dévore la galette tout autant que les financiers et les mendiants. On appelle ça la Crise. 1929 et 2008 sont des fringales célèbres de la Nuit. Il eût mieux valu pour tout le monde que ces financiers, florentins ou pas, le sussent ou les vissent venir, mais non. Elles arrivent sans tambour ni crumpets et tout le monde est douillonné sauf la Nuit qui se régale de nos déconfitures. L’économiche n’est pas une science exacte.

La nuit est une ogresse iconoclaste. Peu lui chaut la religion. Jésuite, sacristain, alleluia, colombe de Pâques, religieuse, pet-de-nonne et même Saint-Honoré, tout est bon pour son estomac qui ne croit que ce qu’il broie. Elle bouffe du curé, nantais ou pas, à tous les repas. N’en faisons pas tout un fromage, nous sommes déjà rendus au dessert.

Que vous soyez Congolais, Oranais, gens de Paris, Brest, Pithiviers, Monaco, Vitréais, Tropéziennes, que vous preniez la navette de Marseille ou fassiez des vers de mirliton à Rouen, sachez-le, un jour la nuit vous avalera, bande de glands et de struffolis ! Surtout vous, les boulets de Metz !

Il faut voir comme la Nuit est gourmande en lumière. Ce qu’elle nous coûte en énergie. Mais nous sommes déraisonnables, aussi ! Plutôt que d’aller dormir lorsqu’elle tombe et profiter de sa sagesse – car la Nuit porte conseil – nous voulons à tout prix éclairer ces merveilleux chemins qui mènent à l’opéra. Nous désirons élire la Reine de la Nuit, vérifier que tous les chats ne sont pas gris, voir dans nos cinémas, « sur l’écran noir de nos nuits blanches » « Queue de castor et Pompe à huile » et tant pis si les acteurs sont un peu tartes !

Mais c’est du flan, tout ça ! Dormez plutôt en paix, braves gens ! Le jour devrait suffire à notre bonheur. Lui n’est pas gourmand en lumière. Un seul gros projecteur en forme de brioche dorée dans la gueule et tout le monde est content. « Viens nous voir à Ganassouinda, y’a du soleil et des nanas ! ». Pas besoin qu’on lui découpe à l’emporte-pièce, dans le tissu du ciel, des sablés en forme d’étoiles pour y voir ! Ne dit-on pas « Clair comme le jour » ? « Bon comme le pain » ? « Simple comme bonjour » ? « Sans chichis » ?

La Nuit, laissons la faire son voyage, on la trouvera au bout, comme disaient Céline Renaud et Louis-Ferdinand Saint-Malo-Alanagecécostaud. Cette gourmande est une ogresse qui se nourrit de forêts noires, de cris de loups, de peurs d’enfants. Laissons-la faire sa chasseresse, remplir son chariot, allumer son fourneau, remplir sa casserole, déguster sa baguette de mesure de jade, sacrifier à l’autel de la gourmandise nocturne. Il faut bien que tout le monde vive et ça n’a rien de gênant : il n’y a même pas de lumière à l’intérieur de son silencieux réfrigérateur !

Nous, bien au chaud dans les draps, serrés l’un contre l’autre, on n’est pas bien, là, mon chou ?
- Eteins la lumière, mon amour ! Je vais te faire un truc qui te laissera baba !
- Oui, Charlotte ?
- Je vais te dévorer, mon bichon !

Où lire Joe Krapov

Jérôme - Une nuit gourmande

Un ciel de neige.
Un arbre gris.
Un maigre corbeau noir, perché.
Trop haut pour le maigre renard blanc – encore plus maigre que le corbeau – qui, au pied de l’arbre, fixe l’oiseau et lui lance un regard noir.
Une envie de rôti de corbeau lui tenaille le ventre.
Il a si faim qu’à défaut, même du fromage blanc et du pain bis feraient son affaire.
Las, le maigre renard s’enroule autour de la faim grise qui mord son ventre blanc et ferme un instant ses yeux noirs.
Voilà que derrière ses paupières, le corbeau grandit dans le ciel gris ; et que de ses ailes naît une vaste nuit noire percée d’étoiles – les miettes de pain bis ? – où roule une haute lune ronde et crémeuse.
Mais trop haute, bien trop haute pour le renard.
À quoi servirait de se plaindre ?
Il préfère rêver un matin vert et roux, orné d’un soleil jaune et d’un vrai repas chaud – pas du fromage blanc ou du pain bis, mais un vrai repas de renard avec trois entrées et quatre plats fumants, viandes rouges, pot-au-feu où nagent de mauves navets et des carottes oranges, chapelet de saucisses roses, et puis du pain doré, du vin rubis, un plateau de fromages bleus, des raisons verts ; et encore des pistaches, des tartes fauves et des compotes de fruits incarnats – ; un repas si copieux qu’il le partage volontiers avec le corbeau.
Passe la nuit noire.
Vient le matin gris.
Le renard blanc ouvre l’œil.
Que voit-il ? Un ciel de glace, un arbre gris.
Mais plus de corbeau : envolé, le piaf noir !
Plus maigre encore que la veille, le renard jure, mais un peu tard.

Où lire Jérôme

lundi 12 juin 2017

Arpenteur d'Etoiles - Une nuit gourmande

Le jeu de toutes les gourmandises.

L’été offrait le dais velouté d’un ciel sans nuage, piqueté des premières étoiles. Quelques voix lointaines venues du petit port caché par un ourlet voluptueux de la côte, montaient dans l’air du soir, soulignant un peu plus le calme du vieux parc. Un chat sorcier apparaissait et disparaissait dans les massifs ombreux. Une légère brise amenait par bouffées les notes adoucies d’un piano jouant du jazz.

Il avait dressé la table au bout de la terrasse que bordait la majesté souple et rectiligne des grands cyprès. Il avait choisi une nappe blanche très simple, tombant jusqu’à terre, et deux chandeliers d’argent. Puis il avait placé les nombreux verres, flûtes, timbales, avec un soin presque religieux, veillant à leur parfait alignement. Il avait enfin disposé des corbeilles de pain et de l’eau fraîche.

Il l’avait appelée la veille : " êtes-vous libre demain soir ? – oui – venez à la villa vers vingt heures – j’y serai – ah, ne mettez pas de parfum … s’il vous plait" Il avait entendu la légère hésitation, puis : "d’accord, à demain"
Il savait qu’elle ne s’attendait à rien, ce qui signifiait qu’elle était prête à tout.

Enfin, elle fut là. Diaphane apparition en robe de soie marine, une vapeur de cheveux blonds encadrant son visage ambré. Il l’installa sur une chaise à haut dossier et murmura à son oreille "je vous convie à la découverte de nous-même".

"Nous allons jouer à accorder nos vraies gourmandises. Vous avez devant vous une carte où sont nommés les vins et alcools dont nous disposons. J’ai ici autant de fromages portant chacun un numéro. Vous choisissez un numéro. Je vous donne le nom du fromage. Vous devinez le vin que j’ai imaginé pour lui. Si vous faites erreur, je vous embrasse où bon me semble. Si vous trouvez, vous faites de même avec moi. La règle vous convient-elle ? " Elle, dans un sourire sérieux : " Oui "

Le jeu commença.
Elle trouva sans hésiter le champagne blanc de blanc pour accompagner les dés d‘un parmesan de deux ans d’âge et elle posa doucement ses lèvres au bord de sa tempe, sur le fin réseau rieur du temps qui passe.
Il lui fut facile d’associer le comté et quelques noix avec un Château Chalon chambré : sa langue joua un instant avec le lobe d’une oreille.
Elle butta sur le cidre avec le camembert et il baisa le bout de ses doigts si longs. Puis il goûta l’intérieur de son poignet quand elle préféra un Aloxe Corton à un Chablis pour déguster un Brie à cœur. Il la laissa effleurer la veine bleutée de son cou lorsqu’elle perçut l’accord parfait Epoisses et Meursault.
Il eut sa revanche en appuyant sa bouche à la commissure de ses lèvres car elle ne sut marier le Stilton avec un vieux Xeres.
Puis elle osa un peu de Calvados avec un Livarot colonel et s’aventura sur le torse bronzé. Elle savait qu’un Chavignol ne pouvait qu’être à son aise avec un Sancerre et qu’un Pouligny Saint Pierre révèlerait toute sa grandeur d’âme avec un Pouilly fumé un peu vieux. Elle mordit la chair de son épaule.
Elle ne put se décider avec le Roquefort qu’enlaçait la subtile douceur du Maury, et il sut le goût de sa peau, juste à la naissance des seins.
L’Ossau-Iraty trouva naturellement son Jurançon et elle embrassa le creux de ses reins. Il pensait avoir porté l’estocade avec un fromage de brebis corsé, mais elle devina le muscat de l’île de Samos. Elle l’emporta enfin avec l’évidence d’un munster enchanté par un gewurztraminer vendanges tardives et une pincée de cumin.

Ils terminèrent avec un vieux banyuls sur un sorbet au chocolat amer.
Ils en savaient déjà beaucoup, et l’un sur l’autre et sur eux-mêmes.

Alors ils se goûtèrent tout entier et la nuit les enveloppa de sa douce magie.
La lumière du matin les trouva endormis dans un lit défait.
Le chat ronronnait paisiblement à leurs pieds.