dimanche 19 novembre 2017

Semaine du 13 au 19 novembre 2017 - Forêt automnale

La sortie de secours que vous avez empruntée la semaine dernière débouchait sur un pays des merveilles où l'automne s'installe peu à peu. Racontez-nous - en vous inspirant de cette image si vous le souhaitez - ce qui se trame dans cette contrée imaginaire ou cette forêt que vous connaissez bien. En prose ou en vers, votre invitation à la promenade devra nous parvenir avant dimanche 19 novembre à minuit, à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com pour nous permettre d'embarquer avec vous.

crédit photo : amelia.photo
Crédit photo : amelia.photo

samedi 18 novembre 2017

Marité - Forêt automnale

Fille de l'automne.

J'aime dire que je suis une fille de l'automne. C'est en son premier jour que j'ai poussé mon premier cri à l'aube d'un jeudi de septembre. J'aime cette saison parce qu'elle me va bien. Ses après midi de soleil m'enchantent. Je ne résiste pas au plaisir de rejoindre les Saulières, un massif boisé que je parcours sans me lasser tellement j'y trouve harmonie et sérénité, particulièrement en cette période de l'année.

J'emprunte le chemin conduisant à l'orée de la forêt et, comme d'habitude, je m'assois dans le creux de la vieille souche posée là depuis des décennies et qui semble m'attendre. Elle a gardé la tiédeur des quelques rayons de soleil tombant en escarbilles à travers les frondaisons. La luminosité ambiante, tamisée, apaisée a pris la place de celle d'été, trop vive, trop crue, trop mordante à mon goût. Une douce torpeur m'envahit et je laisse errer mon regard admiratif sur cette nature luxuriante qui m'entoure. Il est splendide, mon Limousin sous cette lumière cuivrée, chaleureuse et mon cœur se serre de bonheur.

Que de beautés, de senteurs nouvelles en cet automne arrivant sur la pointe de ses couleurs ! Cette saison sage libère crescendo sa puissance par petites touches, parant le monde végétal de nuances chaudes, lui donnant un éclat incomparable. Les sous bois exhalent des parfums prégnants d'humus. Ils se taisent. Parfois, le pépiement bref d'un oiseau trouble le silence. Ou bien, un écureuil, tout empanaché de roux s'élance telle une flamme vive dans le bosquet. On pourrait croire que nous sommes tous les trois les seuls habitants de la forêt.

Les Saulières s'abandonnent. Une ultime étincelle et un feu d'artifice incandescent les inonde de ses ors. Les Saulières brûlent. L' automne, dans sa magnificence a allumé un incendie d'une surprenante beauté. Le soleil, encore vigoureux, tisonne et la campagne s'embrase. La colline boisée brasille. Frênes, châtaigniers et chênes rougeoient, offrant à la vue un contraste inattendu avec le bleu-gris des pans du site ardoisier de Travassac. Mais cependant, pas de heurt : les couleurs se fondent miraculeusement. Le vert intense de quelques sapins sublime ces teintes chatoyantes.

Les fougères fauves grésillent et les bruyères pourpres flambent. Les ronciers s'habillent de rouge profond et de jaune ardent. Une grappe de mûres s'en échappe et au prix de quelques griffures légères, je les cueille en me tachant les doigts.

Je reste là de longs moments à me gorger de cette splendeur. Quand le soleil décline, je quitte à regret ma vieille souche, un brin nostalgique.

Bientôt, un vent sournois fera frémir les futaies, arrachant une à une les feuilles mordorées qui tomberont comme de l'or qui ruisselle, rejoignant la jonchée déjà brune et putrescente. Les arbres nus et tristes s'offriront malgré eux aux affres de la saison des frimas. Les animaux se terreront et les oiseaux se tairont.

Bientôt, du fond de la vallée monteront de minces filets de brume. L'automne tirera alors sa révérence en apothéose, sachant sa petite mort nécessaire à la vie future. Ses brûlures réchaufferont dans mon souvenir les froides et grises journées de l'hiver à venir.

Célestine - Forêt automnale



Ce lac d’enfance cristalline est posé dans un des souples sillons d’une montagne épaisse et froide. Un bois de sapins recouvre ses flancs tel un sombre manteau d’astrakan.
L’hiver, ses eaux gelées disparaissent sous le blanc et se confondent avec la terre.

Aux belles saisons il devient d’un vert émeraude si parfaitement semblable aux frondaisons que là encore, il se dérobe au regard.
C’est un lac enfoui sous une légende d’automne. Il n’apparaît aux yeux éblouis des marcheurs que lorsque la forêt entonne son concerto en rouge et or.

Contrastant alors avec l’incandescence des feuillages, et dès les premières froidures, son bleu de menthe glaciale troue le paysage comme l’iris de saphir d’une belle rousse.
Les anciens l’appellent « l’œil de la fée ». Insaisissable et mystérieux comme elle, d’une forme ovale parfaite, il abriterait, dit-on, un palais.

Mais il faudra vous lever tôt pour tenter de l’apercevoir. A la mi-journée, c’est déjà trop tard : il s’entoure d’une brume de pluie et n’est plus qu’un bruit de plume…

Où lire Célestine

jeudi 16 novembre 2017

Tisseuse - Forêt automnale

Dans la forêt automnale
Tout devrait sembler normal
Les feuilles chutent et s’entassent
Secouer par le vent de guerre lasse


Mais il y souffle un air mauvais
Comme un relent pollué
Qui ne vient pas des marais
Mais de la cité d’à côté


L’ozone est troué
Comme un vieux pull mité
Que reste-t-il de merveilleux
Lorsque le monde est en feu


Dans la forêt automnale
C’est un chant bien atonal
Qui dérange l’harmonie
Les oiseaux se font la malle


C’est l’heure de la migration

Reviendront-ils ici
Où seront-ils frappés d’extinction
Assassinés par l’économie en folie


A part notre ami colibri
Qui fait sa part comme il est dit
Et qui nous montre une voie
De courage et de foi

Pascal - Forêt automnale

L’automne

Aujourd’hui, la grisaille est l’uniforme de l’armée de l’automne en campagne. Le siège est là et les mois de froidure sont la disette annoncée par notre Nature.

Ses maquillages sépia se sont tus ; les bistres, les roux, les carmins, les parmes, les mélias, les pourpres se confondent dans le tableau morose en parfumant leurs intentions de regrets colorés à l’été fané. Les décorations glycine, magenta, améthyste, orchidée, prune ou zinzolin se bariolent de timidité pudique quand l’automne les tenaille de quelques rayons d’un feu d’artifice encore ensoleillé.

Ses verts se confondent dans les prairies cernées par la brumaille obsédante. Les pommes, les magentas, les émeraudes, les amandes, les jades, les sauges, les menthes se concoctent tisanes et vert de gris.
Le lierre asservi se guirlande d’impressions atténuées comme son anniversaire habituel. En grenadine, en capucine, en vermillon, en groseille, en coquelicot, il se décore sang, grenat, brique, dangereusement écarlate.
Les noirs s’inventent, ils se reconsidèrent, ils s’admirent, ils se magnifient dans le débat sans fin des ombres furtives cachées derrière leurs maîtres. L’aniline, le carbone, le cassis, la réglisse investissent leurs sujets frileux avec les prétentions de la nuit.

L’arbre éteint se dépareille généreusement de son feuillage en secouant ses branches conniventes comme s’il récusait son dernier costume de l’année. Et les jaunes accidentés s’écroulent et s’enroulent, ils se convulsent et se replient, ils s’enferment et se révulsent en dorures, en citronnades, en fauves, en topazes, en chamois, en blonds, en jaunisses inguérissables, injustement désolidarisés de leurs ingrats piédestaux. Jadis parures, aujourd’hui souillures, les bilieux gisent en flaques d’or au bout de leur représentation quand le vent du Nord les mitraille de ses assauts de bourrasque.

La Nature donne, la Nature reprend, du geste auguste du semeur jusqu’aux premiers froids ravageurs et tous les trésors étalés, toutes les enluminures s’accumulent inlassablement, aux intentions printanières courant à marche forcée, à la rançon d’une nouvelle année.

Les entrailles de la terre retournée se parcheminent de sillons profonds, de mottes découpées par des socs envahisseurs et les champs se divisent, les raies se suivent, les entailles s’approfondissent, les tranchées se tailladent en terreux territoires infertiles. Alors, faites place au chocolat, au tabac, au caramel, à la rouille, à la noisette, à l’alezan, à la châtaigne, au cacao, au beige !...

A cette heure de messe basse où l’amict se dévoile, mes pensées païennes, si brunes, s’accommodent et se délayent à la blancheur de la lune. La terre tenaillée et rubescente de douleur souterraine, la terre triturée et turgescente d’ampleur, la terre solidement souveraine se prépare déjà secrètement à accoucher de ses graines encore endormies. Quelques cristaux de rosée matinale la parent d’une beauté, toujours virginale. La Nature falbala n’a que faire des frimas, de ces armées glacées et de ces pluies neigeuses, pour perdurer au-delà de l’hiver.

Si les chemins cheminent, et si les cheminées pauvres crachotent leurs chiches fumées, les couleurs ne sont chaleureuses que lie-de-vin au haut degré rougissant de mes fantasias alcoolisées. Le coude levé, les ocres se caramélisent octobre et les indifférents indigo indigents s’insinuent au bout de mon stylo indigne…

Et si je vous parlais de la flache ?!... Oui, celle qui réfléchit comme un miroir du gala de trop, celle qui vous rend son image sordide avec l’air déconfit de celui qui la regarde de trop près ; celle désolée de n’être que la réalité présente, celle reproductrice d’un triste schéma d’automne aux rides des années définitivement passées et congestionnant l’impétrant d’un âge hautement canonique jusqu’à ce qu’il détourne les yeux de cette mare insondable.

Ha, ces bleus… Qu’ils soient au cœur, qu’ils soient à l’âme, qu’ils soient au quotidien, dans l’azur de pensées d’évasion, ils tiennent la rampe, ces saphirs éblouissants de la pire espèce !... Inutile de les chercher sous la terre, ils éclaboussent de leurs clartés chimère ces vils corindons aux mille sorciers mystères !… Les bleus d’automne, parqués dans le ciel récipiendaire, se baladent au gré des atermoiements solaires avec les simagrées des nuages retardataires. Si loin, qu’ils soient de Prusse ou d’ailleurs, ou si près, encore bleuets asséchés dans le champ du voisin, ils temporisent la saison avec leurs ressacs éméraldine en se coagulant dans des flaques opalines.

Ha, les bleus… Qu’ils soient dans les yeux, coquards, qu’ils soient des blessures, contusions, les bleus céruléens dominent mes impressions… Allez les bleus !... Qu’ils soient pastel, barbeau ou outremer, ardoise, marine ou bien lavande, acier, céleste ou encore turquoise, dragée, électrique ou bien encore roi, ils m’envoûtent d’une portée d’yeux trop bleus, trop puissants, trop brillants, trop océans !... Ils me chagrinent avec leurs souvenirs trop impétueux, trop bruyants, trop ensorceleurs, trop impertinents ; ils me tuent d’allégeance trop lointaine. Heureusement, l’automne acharné a jeté sa chape de mélancolie sur toutes mes couleurs, sur toutes mes douleurs et les bleus effrontés se fondent aussi dans l’uniformité du quotidien…

Mais l’heure tardive est aux ventres de biche, aux orangers, aux abricots, aux carottes, aux cuivres, aux tannés !... Ils parfument en chœur l’ambiance flétrie de l’année fichue.

Oui, le Temps accordeur m’est amicalement jaunâtre, noirâtre, rougeâtre, orangeâtre brunâtre, bleuâtre et, c’est bien comme ça…

Aujourd’hui, la grisaille est l’uniforme de l’armée…

mercredi 15 novembre 2017

Turquoise - Forêt automnale

Camille vaque aux occupations d’un dimanche matin ordinaire : un peu de lecture et de ménage, puis elle ira brosser ses poneys, et marcher quelques kilomètres dans les bois, avec son chien.  La météo est incertaine mais, juste à ce moment là, un rayon de soleil à travers les feuilles jaunies des arbres incite à la promenade.

Saturne, son rouge de Hanovre, somnole devant l’âtre.

Le téléphone sonne.

— Allo ?
— …
— D’accord, on se retrouve dans une heure.

Le chien a dressé les oreilles et ouvert les yeux : il sent que ce qui se prépare va lui plaire.

— Viens, Saturne, on va travailler.

En disant cela, elle prépare ses bottes en caoutchouc, son fusil, enfile sa parka, et rejoint sa voiture.

Près d’une heure plus tard, elle retrouve le chasseur qui l’attend au point de rendez-vous.

— J’ai touché un cerf hier, mais nous ne l’avons pas retrouvé, dit le chasseur.
— Vous avez des traces pour le début de la piste ?
— Venez par ici, je vais vous montrer.

Saturne renifle quelques poils ensanglantés sur une branche et, sans hésiter, s’enfonce dans le bois.  Camille et le chasseur peinent à suivre son rythme, tant il est sûr de lui.

 



Ils arrivent dans une clairière où se reposent quelques biches; elles bronchent à peine, comme si elles savaient que Saturne ne leur veut aucun mal.  Hier, pourtant, lors de la battue, les chiens étaient enragés et le gibier, coincé entre les aboiements et les coups de fusils, n’avait qu’une envie : fuir, et très vite.

A cet endroit, Saturne hésite quelques minutes, et Camille craint que la piste s’arrête là : les odeurs sont vraiment mélangées, il a plu pendant la nuit, les feuilles et l’herbe sont mouillées; les indices se sont probablement estompés.

Pourtant, le chien repart d’un pas décidé vers un massif de ronces, que Camille écarte à mains nues : sa soeur lui demandera encore demain d’où viennent toutes ces griffes, et pourquoi elle n’a pas mis ses gants de sécurité; elle lui répondra qu’elle les a oubliés, dans la précipitation du départ.

Soudain, Saturne s’arrête, et tourne autour d’un bosquet, au milieu duquel gît le cerf : il a perdu beaucoup de sang, est très faible, et ses yeux déjà vitreux fixent le chien, comme s’il était soulagé de le voir arriver.  Effectivement, son calvaire s’arrête là.  Une fois de plus, Saturne a bien travaillé, et Camille le félicite chaleureusement.

Tandis que le chasseur discute au téléphone pour organiser le transport du cervidé, ils repartent tous les deux, à un rythme bien plus lent.  Ils ont l’habitude de marcher dans ces contrées ardennaises et pourtant, chaque saison amène ses surprises.  Contrairement aux autres années après le 11 novembre, les arbres arborent toujours leurs chaudes couleurs, un vent frais souffle dans les branches; comme c’est agréable !


Ensemble, ils cheminent en profitant du moment.

JCP - Forêt automnale


La porte des hivers

Mille serpents légers gravent dans la poussière
Chacun leur voie étroite où paraît la lumière ;
De brèves fulgurances, tempérées de lenteur,
A l'approche du froid y laissent voir la peur.

Tout au pied des grands arbres que défeuille l'automne,
S'élève tristement la rumeur monotone
De cette mort infime qui mourra du printemps ;
Et le ver assoupi que repousse le temps
Accepte le répit, sachant que viendra l'heure
Où le bois sous sa dent devient poussière et meurt.

Mais la Force implacable qui ne s'émeut jamais
Anime la Nature dans son élan parfait,
Et tirant sa substance où toutes formes dorment,
Saura de cette mort grandir l'érable ou l'orme.

Joe Krapov - Forêt automnale

DE RIMBAINE A VERLAUD. 3, Forêt automnale

M. Arthur Rimbaine
Agence d’exploration de villes extraordinaires
et d’us et coutumes à mettre dans les annales
8, quai Arthur Rimbaud
08000 Charleville-Mézières

Monsieur Paul Verlaud
Société de géographie des Maladives et du Miraginaire
73, rue Sonneleur
62812 Vent-Mauvais

Saint-Pétersbourg, le 15 octobre 2017

Mon cher Paul

J’ai toujours cette musique dans la tête, « Nathalie » de Gilbert Bécaud, et c’est d’autant plus idiot que je suis à Saint-Pétersbourg et non à Moscou. Qui plus est mon guide ne s’appelle pas Nathalie mais Gabrièle. Oui, je sais, ça ne fait pas très russe non plus comme prénom.

Je t’écris pour t’annoncer que nous avons trouvé, dans la salle de bal du palais de l’Ermitage, le tableau dont tu nous avais parlé. Il est, paraît-il, d’un certain M. Piekielny et représente un paysage de forêt automnale. Le phénomène que tu m’as indiqué s’est reproduit à merveille. J’ai dit à Gabrièle :
- Frappe-toi le cœur trois fois en prononçant le mot « ardeu »r et nous nous retrouverons ensemble dans ce tableau ».

Nous avons fait cela et soudain la liberté de délirer s’est emparée de moi.



J’étais devenu un jeune chevalier en armure et en quête de l’épée de vérité. Je devais la ravir à la sorcière Bakhita et la remettre à ma reine bien-aimée. Mais avant cela, comme il est de tradition dans ce genre de contes, il me fallait subir un certain nombre d’épreuves redoutables : affronter le géant Zabor, soulever et déplacer les huit montagnes de l’Altaï, couper trois griffes au dragon Tchoudo-Youdo, etc. Je te fais grâce des détails pour te perdre un peu moins mais dis-toi que je sais désormais comment vivre en héros même si, après tous ces exploits, ça s’est encore compliqué. Car sur le chemin du retour je me suis aperçu tout à coup que Gabrièle ne m’avait pas accompagné, qu’elle était absente de l’aventure.

Lorsque je fus rendu au château je remis à la reine, devant toute la cour assemblée, les trois griffes du dragon et l’épée de vérité. Sa Majesté me demanda ce que je désirais en récompense. Je lui répondis qu’il était dans la nature des choses que je refusasse les cadeaux et que, simplement, je ressortisse du tableau et retournasse dans la réalité qui était la mienne. La reine éclata de rire et toute la cour suivit son exemple.
- C’est la légende d’un dormeur éveillé que tu nous contes là, chevalier Arthur ! me répondit la reine. Il n’y a qu’une réalité ici et c’est la nôtre !

Tu imagines bien, j’espère, mon cher Paul, combien fut grand mon désarroi. Heureusement pour moi l’épée de vérité se leva de la table où on l’avait posée. Elle se mit à flamboyer, à venir tourner autour de ma tête et je m’apprêtais déjà à rédiger mon autopsie quand l’objet magique s’immobilisa et me glissa à l’oreille :
- Tire-lui la tresse gauche !
- Euh ? Côté cour ou côté jardin ?
- Ia nié ponimaiou ? Je ne comprends pas ?
- La tresse gauche, c’est celle qui est à ma droite ?
- Oui, espèce d’idiot ! Tire-la vite !

Alors, sans craindre aucunement de commettre un crime de lèse-majesté, je m’approchai de la reine et lui tirai les cheveux comme on le faisait jadis dans les cours d’école et… je me retrouvai dans la salle de bal du Musée de l’Ermitage. Mais seul, désemparé et encore hanté de ces hérésies glorieuses : Gabrièle avait disparu et le paysage d’automne du tableau aussi : à sa place on voyait une fille dans la jungle. Elle tendait les bras devant elle comme pour sortir d’un labyrinthe, comme si elle était au fond de l’eau d’un aquarium et cherchait à briser la vitre en la poussant. Et, bien sûr, elle avait le visage de Gabrièle !

A l’accueil du musée j’ai été pris en charge par Mercy, Mary, Patty et Irina, les guides interprètes stagiaires. La dernière parlait un français impeccable. Elle m’a annoncé que Gabrièle en avait eu marre de m’attendre et que je la retrouverais au café Pouchkine pour y prendre un chocolat sur le coup de dix-sept heures.

Pour le tableau je n’avais pas à m’inquiéter. Les conservateurs de cette vénérable institution étaient au courant du phénomène. Ce mystérieux M. Piekielny l’avait peint avec des encres d’automne fabriquées par lui : une décoction de feuilles mortes, de couleurs changeantes, de matières mouvantes et il avait versé dans ses godets trois verres de vodka. Cela expliquait la nature mouvante et kaléidoscopique de la toile.

L’autre explication étant que depuis que je suis à Pétrograd qui est devenue Leningrad puis Saint-Pétersbourg, j’en bois moi aussi trois à l’apéro du midi et six au repas du soir, des verres de vodka.


Do svidania et Na zdorovié, cher Paul !

Où lire Joe Krapov

Tiniak - Forêt automnale


La forêt, le front bleu et les doigts enflammés
sur un tapis de mousse, pleuvait quelques châtaignes
que nous préférerons toujours à ces gorets
tombés, d'on sait bien où, sur nos frêles enseignes

Où vas-tu marcassin ? Pleurer ta chère laie ?
L'est pas beau, le destin, bardé de chevrotines...
Je n'ai d'autre dessein qu'embrasser ma copine

Voudras-tu, sale automne - et pourtant flamboyant !
fournir une crémone à nos désirs brûlants ?

Eh, c'est bon, va mourir ! Dardons, là, nos printemps !!

Où prendre quelques aiguillons dans le... céans ?

mardi 14 novembre 2017

Arpenteur d'Etoiles - Forêt automnale


Portrait d'automne

Wilma résonnait en moi comme Wilhelmine.
Alors suivait le cortège des légendes teutonnes. Le mugissement du vent dans les forêts, les cris des hordes barbares, le chant des walkyries.
Elle disait : j’ai un prénom d’automne. Un prénom de chemin creux où craquent les bogues sous les pas des promeneurs ; un prénom de feu de bois et de châtaignes brûlantes.
Dans le miroir de ses yeux passaient des ciels d’or, des oiseaux blancs et des aurores boréales.

Elle disait : j’ai un prénom en blouse paysanne et en robe du soir.
Je goûtais à froisser l’une ou l’autre.
Elle aimait à tournoyer aux bals des places en fête, dans le sanglot clinquant des accordéons campagnards. Nous partions au petit matin, ivres de vin frais et de nos baisers sous les platanes. Elle faisait l’amour en fille de ferme ou en femme du monde, mais sérieusement, avec la conscience aiguë de l’instant présent.

Elle fredonnait des romances, passait les mains dans ses cheveux en riant puis, aussitôt après, parlait gravement du pays de ses pères.
Elle est partie un soir de septembre. Un septembre où l’automne hésitait à emboîter le pas d’un été tardif. Depuis, je suis entré dans un hiver qui dure. Les frimas se sont posés sur mon cœur et le givre étincelant borde mes lèvres closes.
Je l’appelais Wil …


Chri - Forêt automnale

Il t’arrive.

L’automne, c’est par la peau qu’il te vient.

Vers la fin d’Octobre, selon l’endroit où l’on vit, il arrive assez souvent qu’on puisse encore manger dehors, même le soir, mais une fois la nuit tombée, il faut se couvrir la nuque et les épaules d’une petite laine, d’un châle ou d’un pull car on ressent oh pas depuis très longtemps, un jour ou deux seulement, une fraîcheur assurée qui dégringole des arbres et pousse à se couvrir ou à ne pas s’éterniser. On ne peut plus siroter en s’attardant aux terrasses, en attendant que les étoiles défilent dans le noir comme au cœur d’Aout. Après la dernière cigarette, le dernier verre, on doit alors bouger car le frais s’avance et gagne. Maintenant, au petit matin, quand les volets sont poussés, il arrive qu’on ne puisse plus distinguer le fond du jardin tout entier plongé dans une brume dense que, seul, le soleil réapparu dissipera. On la sent même au dedans des maisons cette brume qui vient avec le frais, les murs et les carrelages en rendent compte. En attendant que le thé infuse, te naîtra même une envie de flambée que tu reconnaitras. En attendant, nous aurons à penser au ramonage à faire, au bois à couper, aux bûches à fendre. Veiller à ce que la maison soit prête pour l’hiver.

Désormais les jours sont comptés avant les premiers vrais froids. Ils commencent par raccourcir salement et ça se voit.

L’automne c’est par les yeux qu’il t’attrape :

Ça commence assez tôt par les feuilles des grands platanes qui se marronnent et chutent, détachées par les vents du soir. Alors, les verts du figuier généreux commencent à jaunir. Dans les bois tout se teinte jour après jour, heure après heure, la nature prend feu. Le vert s’efface, lève le camp, débarrasse le plancher, déguerpit, fondule dans les ors. Puis, dans les vergers, les cerisiers se mettent à flamboyer de rouge comme si leurs feuilles baroudaient d’honneur avant de tomber. Les vignes, assez vite leur emboitent la palette. C’est tout le paysage qui se colore. C’est le temps où l’on monte sur les collines, les buttes, les remparts pour embrasser des yeux, comme ils le méritent les paysages nouveaux. Partout, ça flamme, rougit, s’enrubise, la terre devient un trésor étincelant. L’automne est le temps du feu.

L’automne c’est par le nez qu’il t’arrive.

Dans les ruelles encore tièdes, des jardins aux murs toujours chauffés par le soleil du milieu de jour, commencent à monter des odeurs de feux de feuilles. Presque dans chaque parcelle, les broussailles coupées s’enflamment. Au soir, au dessus des maisons des anciens, leurs os déjà transis, quelques cheminées se mettent à fumer. Ça sent la suie chaude et la soupe de courge. L’automne est une saison de fumée. Plus loin de la ville, dans les forêts automnales, c’est l’humide et l’humus qui dominent et les champignons du chaud d’après la pluie. Ces senteurs de pourriture noble sont annonciatrices de recherches et de ramassages, d’après midi de marche et d’assidues fréquentations des forêts. Dans ton panier, il y aura de la place pour les noix, noisettes et arbouses si tu vis où elles tombent. L’automne est une saison de cueillettes.

L’automne c’est par le palais qu’il te régale :

Au marché du dimanche, une fois le brouillard dissipé, une fois l’humide vaincu, apparaissent les premières girolles, puis selon l’endroit où tu as la chance d’habiter ce seront les premiers cèpes en premières poêlées. Viendra bien vite celui des châtaignes grillées et le soir celui des soupes oranges de potirons. Les coings se cueillent et se mêlent aux filets mignons, les pommes maintenant mûres se mélangent au boudin pendant que les confitures finissent de cuire. Figues, mûres, arbouses les bocaux se remplissent et s’entassent dans les armoires pour préparer l’hiver.

L’automne est un temps d’odeurs, un rempart, un dernier souffle, contre la nuit, le froid, le gris, le sommeil, le silence, la tristesse et la pluie.

Vegas sur sarthe - Forêt automnale

Swinging in autumn

Au détour d'un Prévert je les ai aperçues
ocres, ratatinées, victimes des frimas,
j'ai relevé le col de mon vieux pardessus
comme elles je tremblais, l'automne était bien là.

Et dans le bruit du ven...démiaire ça jouait
était-ce Grappelli, Davis ou Nat King Cole
un batteur invisible agitait ses balais,
martelant le tempo d'un orchestre agricole.

Ce n'était pas du chêne, était-ce du bouleau
derrière moi chantait la Piaf ou la Gréco,
ça parlait de machins qu'on ramasse à la pelle
et qui l'été fini terminent aux poubelles.

J'ai sauvé quelques feuilles en guise de trésor
avant que le malin ne souffle bien plus fort,
le vent tourbillonnant poussait sa chansonnette
avant l'ultime feuille, allez Keith... Jarrett

lundi 13 novembre 2017

Laura Vanel-Coytte - Forêt automnale

Paysages de forêts en automne

Gustav m’a emmené hier dans une « Forêt de bouleaux [1] » ; nous marchions sur un tapis de
Feuilles or et ocre sur lequel il m’allongea pour faire de nous un tableau érotique.
Les troncs des arbres nus se dressaient comme une armée de fantassins en armure.
Le vert qui restait dans le paysage me tressait un chapeau qui me protégeait de la neige.

Une envie impromptue et littéraire nous mena dans une clairière où la sève
Résistait au vent et au froid des fêtes des Saints et des Morts ; la vie était encore
En couleurs. Il y avait encore trop peu de feuilles d’or pour me sacrer d’une couronne
Mais j’étais sa reine et muse de scènes au naturel ciselé comme un bijou de novembre.

Dans cette forêt artistique et imaginaire, nous rencontrâmes Gustave Courbet : l’automne [2]
Se parait chez lui de tant de mordorés que le cerf qui passait semblait se fondre
Dans un paysage clair malgré tout comme « La source » de la Loue , l’orange
Me rappelait le feu des filles du Valois de Nerval alors que le chasseur tire.

[1] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2017/11/13/foret-de-bouleaux-en-automne-gustav-klimt-]5998757.html

[2] http://www.lauravanel-coytte.com/archive/2017/11/13/gustave-courbet-francais-1819-1877-titre-la-foret-en-automne-5998760.html

Andiamo - Forêt automnale

Forêt automnale.

Je l'appelais "le petit bois" c'était lui faire beauoup d'honneur à ce boqueteau planté là au bout de ma rue, une vingtaine de bouleaux fièrement dressés sur un carré de quinze mètres de côté.
Et puis avouez que planter des bouleaux dans une banlieue bouffée par le chômage... Hein ?

Je traversais le petit bois chaque fois que je gardais ma petite fillotte, nous allions acheter la sacro sainte baguette quotidienne. Je la revois encore du haut de ses trois ans, serrant fort ma main, quand nous arrivions face au petit sentier qui serpentait entre les arbres, elle chantait :
- Nananou (pour promenons nous) dans les bois
Pendant que le loup n'y est pas ...

L'automne arrivant elle ramassait les feuilles jaunies afin d'en faire un bouquet "pour Mamie", qui ravie les mettait aussitôt dans un petit vase.

Et puis un jour alors que nous arrivions devant l'immense piste forêstière (un quinzaine de mètres tout de même) elle me déclare du haut de ses trois ans :
- Papi aujourd'hui je traverse le petit bois toute seule, attends moi à l'autre bout !

Bien sûr je contourne le bosquet, une minute et demie plus tard je suis posté à l'autre bout du chemin, alors, fièrement, bravant les multiples dangers d'une pareille aventure, elle a traversé seule le Mato Grosso, la forêt primaire du Gabon, affronté les anacondas, les gorilles,et le redoutable jaguar !

Papi l'attendait bras ouverts, et ma petite bonne femme encore émue par son exploit m'a déclaré : "t'as vu Papi je suis grande maintenant", en levant les bras au ciel.
Je suis repassé une fois avec elle devant ce bosquet...
- Mais il était bien plus grand autrefois Papi ?
- Non ma chérie, il n'a pas rapetissé, par contre tu as grandi !

Ma puce a vingt ans aujourd'hui, elle est à Sydney pour ses études, elle y restera un an et demi, c'est long pour un Papi un an et demi !

Où lire Andiamo

dimanche 12 novembre 2017

Tiniak - Sortie de secours

Je me suis assis las du spectacle du monde
à ronger ma faconde avec mes dents gâtées
à recompter mes pieds durant quelques secondes
et le poids d'un ciel creux sur mon cou fatigué

Passe... Passe ! Ombre sale et bien mal assortie
à l'or de ce parvis au magistral déclin
Si jai tendu la main, c'est vers cette souris
qui n'attend que la nuit pour me donner le sein

Que sais-je ? Dois-je encor couler, mah ! Supervielle ?
au creux de mon libelle, et clamer, haut et fort
l'insigne ritournelle : "Eh ! C'est trop tôt, la mort !"

Je demeure assis, là, près du fleuve, ce cours
révoquant des amours la porte de sortie
et la soupe d'orties quand on se prend un four

Où respirer, s'asseoir et dire : c'est mon tour...

samedi 11 novembre 2017

Gene M - Sortie de secours

Agathe courait, volait, légère et joyeuse vers le Musée du Louvre.
Amoureuse, elle était tombée amoureuse d'un jeune seigneur florentin
du XVIème siècle !

Etudiante en art, Agathe avait découvert le tableau un peu par hasard.
Mal situé, dans un coin d'une galerie où les chefs-d'oeuvre
abondaient, il n'attirait pas spécialement le regard.

Toutefois, lorsque l'on s'approchait on était alors frappé par son charme.
Un jeune homme à la beauté ténébreuse posait devant son palais. Une
lumière dorée baignait l'ensemble de l'oeuvre.
Le jeune homme au regard fier souriait de façon mystérieuse, il avait
une dague à la ceinture.

Agathe venait presque tous les jours admirer le tableau exécuté par un
petit maître de la Renaissance. Crayon en main, elle tentait de
reproduire les traits altiers du jeune seigneur.
Mais elle ne parvenait pas à percer le mystère de son sourire.
Il y avait quelque chose derrière ce regard et ce sourire...
Et puis le palais était magnifique avec ses jardins luxuriants...
Agathe avait effectué des recherches sur ce tableau. Qui était ce
jeune homme ?  Ce devait être un Prince pour posséder un palais aussi
somptueux. Mais elle n'avait rien trouvé.

Sa passion pour le tableau devenait envahissante et tournait à
l'obsession. Il fallait qu'elle sache. Elle pressentait que le tableau
détenait un secret à la fois effrayant et attirant...

Un jour, scrutant une fois de plus l'étrange tableau, elle s'aperçut
qu'une toute petite fenêtre était éclairée dans le Palais. Ce devait
être une bougie. Curieusement, elle ne l'avait jamais remarquée...

Ce matin là, Agathe soigna particulièrement sa tenue. Elle voulait
être la plus belle pour son seigneur.
Elle arriva devant le florentin et fut aspirée par un vent puissant
qui venait du tableau.

Lorsqu'elle reprit conscience, elle se trouvait dans une petite pièce
glaciale, éclairée par une bougie. A côté d'elle se trouvait une belle
jeune fille richement vêtue à la mode de la Renaissance. Elles se
regardèrent sans mot dire. La jeune fille semblait terrifiée.
Agathe comprit en voyant son regard se diriger vers un placard d'où
suintait du sang.

Soudain le jeune Prince apparut et Agathe s'aperçut que sa barbe très
noire avait des reflets bleutés.

Mon Dieu , je suis chez Barbe Bleue, ce n'est pas possible, il doit
bien y avoir une sortie de secours......

Turquoise - Sortie de secours

Prenons connaissance d’un jugement rendu
il y a environ un mois
:

"L'adultère commis par une femme est une conduite que la société condamne et condamne fortement",
peut-on lire dans la décision du tribunal de Porto, qui explique
"comprendre la violence de l'homme, victime de cette trahison après avoir été vexé et humilié par sa femme".
"Dans la Bible nous pouvons lire que la femme adultère devait être punie par la peine de mort",
rappelle le texte qui cite également la lapidation de femmes infidèles dans certaines sociétés et une loi portugaise de 1876 prévoyant des peines légères à l'encontre d'un homme qui tuait sa femme coupable d'adultère.

Au cours de la semaine qui a suivi ce jugement, quelques médias ont relayé l’information mais, aujourd’hui, en interrogeant Google sur la question, je me rends compte que les articles traitant ce sujet sont fort peu nombreux, et déjà noyés parmi bien d’autres nouvelles.
J’essaie de comprendre.

Même si le verdict me semble tout à fait inadéquat, je me dis que cette dame a déjà eu la « chance » de voir sa plainte aboutir à un procès.
De multiples questions se poseront encore longtemps.

Combien sont celles dont la douleur s’arrête à la porte du logement familial, dans les couloirs du commissariat ou de l’hôpital, au Portugal, en Europe, dans le monde ?

Pourquoi l’entourage familial, le voisinage, tous ceux qui sont au courant de la situation, se taisent-ils pendant aussi longtemps ?

Comment les médias européens osent-ils s’insurger contre des jugements prononcés en Arabie Saoudite ou en Chine alors qu’ils passent celui-ci presque sous silence ? Comment une référence aussi inadéquate à la Bible ne provoque-t-elle pas une levée de boucliers médiatique ?

La seule réponse qui me vient à l’esprit est qu’il s’agit d’une question de lectorat ou d’audimat. Je ne puis, dès lors, m’empêcher de faire un parallèle avec la campagne « balance ton porc » qui fait fureur depuis plusieurs semaines, aussi bien dans la presse écrite que dans de nombreux débats télévisés.

Ah oui, on parle beaucoup des personnalités publiques salies par les dénonciations de cette campagne : la honte s’est abattue sur tous ces mâles qui ont profité de la situation, les femmes ont enfin libéré leur parole, on entre dans une autre ère.

Ah oui ? Pas pour tout le monde ! L’histoire ne dit pas encore - et ne dira peut-être jamais - comment évolue la situation de toutes ces femmes qui, harcelées au quotidien, n’ont pas accès à tout ce battage médiatique.
Dans les deux cas, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Quelle est la sortie de secours pour toutes les autres ?

jeudi 9 novembre 2017

Célestine - Sortie de secours

Question plantigrade et subsidiaire.

A la piscine, après sa baignade,
Est-ce qu’un ours mouillé
A le droit d’emprunter
La sortie de « sec ours » ?

mercredi 8 novembre 2017

Marité - Sortie de secours

Aux commissions.

Madame Souris vaque à ses occupations.
Munie de son grand panier à provisions -
Il faut bien nourrir ses quatre rejetons -
Elle se dirige vers le placard de la maison.

Elle sait y trouver du fromage en portion,
Du thon, quignons de pain et  pignons.
Elle mettrait bien au menu du sabayon
Et ne dédaignerait pas un peu de potiron.

Ah, nous y voilà ! Ajustons nos lorgnons.
Choisissons avec précision des cornichons,
Du jambon, des oignons. Pas de saucisson,
Ça donne de la tension, même des boutons.

Voyons ! Voyons ! Ne soyons pas trop tatillon
Si les haricots sont habités par les charançons
Cela fera de la viande pour mes petits ratons.
N'oublions pas les macarons et des bonbons.

Je prendrai aussi du sucre, juste un soupçon.
Il faut faire  très attention à l'addiction.
Des champignons, un reste de bourguignon
Vérifions attentivement la date de péremption.

Quoi ? Que se passe-t-il ? Une hallucination ? 
Qu'est ce cerneau de noix posé  sur un bâton ? 
Je vois, je vois, sûrement un attrape-couillon.
On ne va pas y passer le réveillon : filons ! 

Voilà un intrus. Regagnons la canalisation.
Pas du tout envie de jouer à cache-tampon.
Mais impossible de passer devant le trublion.
Il va falloir trouver fissa une autre solution.

La seule sortie de secours se fait par la cloison.
Avançons lentement, avec mille précautions.
Cet avorton, pour lequel j'ai une grande aversion
Serait capable de me croquer comme un trognon. 

Ce détestable chat qui se nomme Tartempion
Me poursuit avec une grande obstination.
Mais pour l'heure, le matou est à la digestion.
Cette fois encore, je vais lui tourner le croupion.

Pivoine - Sortie de secours

Mais où est la sortie de secours ?

Il y en a une sur le palier. La porte est d'ailleurs toujours ouverte. Huit étages à dévaler, par une cage d'escalier en colimaçon. De quoi vous donner le tournis. Et la tremblote. Ce qui me rappelle les visites de beffrois, oui, nos beffrois flamands. Ni tours de cathédrale, ni donjon de châteaux forts, le beffroi était le symbole des libertés communales - dans nos régions. Durement acquises par les citoyens des villes. Des villettes. J'en ai monté des escaliers, et descendu... Mes jambes flageolaient, à l'arrivée.

Ma mère disait "c'est ce qu'on appelle une "fausse-faim" - peut-être que quand on a faim, les jambes tremblent. Je ne sais pas, là, je n'ai pas faim.

Manger! Ah! Même quand on n'a pas faim, voilà une belle sortie de secours.

Manger, oui, ça vous aimez. D'abord, les repas de l'enfance, c'était le moment où la famille se rassemblait dans la cuisine. Le poêle ronronnait... Il y avait le souper tartines - devant vous, deux tasses, celle avec du lait, et celle avec du café noir, pour tremper les tartines dont on avait coupé les croûtes. Les rares buffets familiaux, avec vos cousins préférés, les plaisanteries que les grands s'échangeaient, et votre admiration éperdue pour votre cousine: si grande, si belle, si savante…

Et puis, un jour, vous aimerez faire à manger. Vous avez toujours aidé votre mère, votre frère et vous. Pour la pâte à gaufres, la pâte à quatre-quarts. Les crêpes et les beignets. Il fallait battre les blancs d’œufs en neige. D'abord avec deux fourchettes, puis avec un batteur - mécanique. Pour le quatre-quarts, il suffisait d'attendre que le gâteau soit cuit, mais quand on "faisait des gaufres", dans le gaufrier tellement cuit et recuit... Il fallait surveiller la cuisson, juste pour que cela ne colle pas. Et cela collait souvent. Alors, on faisait une gaufre, rien qu'avec de la farine et de l'eau, et petit à petit, les gaufres sortaient, moelleuses, douces, dorées, de l'amour à ras bord.

Et que dire des séances familiales autour du "bodding" bruxellois ? Tout le vieux pain avait trempé dans la plus grande casserole du ménage, et puis, un soir, il fallait presser le pain - tout le monde était réquisitionné. On le réduisait en fines miettes avec le "passe-vite", et on le mêlait aux raisins mis à tremper dans du rhum (beaucoup de rhum), au sucre et aux oeufs - toujours avec le blanc battu en neige...
Et tout cela cuisait pendant une heure.
La maison embaumait.
On en mangeait pendant plusieurs jours.

Et puis, vous vous êtes lancée... Des mousses faciles, dans un livre de cuisine pour les petites filles, les recettes de "Vive la cuisine jeune", les spaghetti al dente, avec du parmesan, goût salé et piquant, et puis cette encyclopédie de la  cuisine de A à Z que vous avez demandée pour vos quinze ans.

Vous avez rêvé de faire des choses compliquées, savantes, des pâtés - vous n'avez pas trop mal réussi, il fallait juste fixer la dernière petite pièce de l'appareil à hacher correctement, sinon le pâté filait non pas dans le saladier, mais remontait jusqu'à l'ouverture... Du foie gras (mais votre foie gras, gelé, venait de Hongrie et vous n'avez jamais pu le dénerver). Et vous avez refait les gâteaux familiaux, le baba aux bananes, le moka aux marrons... Et ses variantes.

Vous avez visité les cuisines du monde, chinoise (le gâteau aux huit trésors), russe (les pirojkis), mexicaine, viennoise, allemande, indienne, (les raïtas) – et tous les pays du sud confondus. Et même la poule au pot du roi Henri IV. Car voyager dans le temps. Pourquoi pas? Après tout, la pissaladière, avec son mélange d'anchois salés et d'oignons rappelle - lointainement, le garum des Romains. Ah ! Que ce garum vous a fait rêver !

Pourtant, vos narines du XXI ème siècle l'auraient probablement trouvé atroce.

Puant comme un Herve de chez nous? Ou comme le fromage de Bruxelles ? Hyper salé, mais maigre. A mélanger avec des échalotes, un peu de fromage blanc ou frais, du poivre, succulent.

Là, oui, en ce jour morose de novembre, l'idée de manger vous apparaît comme une jolie porte de secours.


Et comme dans un hôtel provençal où vous avez passé de merveilleuses vacances, jadis, vous calligraphieriez bien, au-dessus de votre porte : "l'amour de la table est le dernier des amours. Mais il console de tous les autres".