samedi 30 septembre 2017

Modération des commentaires

Insuffisamment disponibles, peut-être, pour empêcher en temps réel la survenue de commentaires inconvenants, malveillants, ou qui seraient contraires aux règles de convivialité définies dans les Instructions générales, nous avons fait le choix de recourir à la modération des commentaires, qui implique, comme vous l’avez remarqué, un léger différé dans leur publication. Différé que nous nous efforçons toujours de rendre aussi court que possible, afin que la parole circule de manière libre et spontanée.

Avec plus de rigueur que ces derniers temps, et parce qu’il nous paraît courtois que chaque commentaire soit signé, nous ne publions plus aucun commentaire ayant pour en-tête "Anonyme", quel que soit son contenu. Si vous rencontrez la moindre difficulté pour utiliser l’une ou l’autre des autres options offertes par Blogger (la plus utilisée demeurant « Nom/URL », que vous renseignez avec votre pseudo, tel qu’il apparaîtra ensuite en tête de votre commentaire), nous tenterons volontiers d’y répondre par mail.

Les commentaires sont précieux. Nous chercherons toujours à favoriser ces échanges et leur bienveillance.

mardi 26 septembre 2017

Lilousoleil - la magie des miroirs

Psyché d'après le tableau de Berthe Morisot 


Juchée sur des petits talons  bottiers, Julie laissa glisser son regard et s’abîma dans la contemplation de cette silhouette que pourtant elle connaissait bien. Elle se trouvait belle ! Cette nouvelle toilette, lui seyait à ravir : les plis, le tombé et la délicatesse broderie de dentelle crème,  tout était parfait. Dame nature  l’avait dotée d’un teint clair et aussi frais que la première rosée du printemps. Julie avait soin de protéger  sa peau ; cette fraîcheur serait aussi éphémère qu’un bouquet de violettes sans eau  sous les  rayons chauds du soleil. Elle avait la grâce d’une déesse quand en faisant quelques pas sur la moquette moelleuse rouge vermillon, sa robe de mousseline dansait autour d’elle. Julie avait relevé ses cheveux souples et ondulés  dans un chignon lâche qui  jouait avec la lumière révélant ainsi toutes les  nuances du  blond vénitien.
Quelle magie, lui fit entendre le piano résonner dans la maison : son imagination lui jouaient des tours où les petites Renoir comme elles les appelaient, étaient déjà arrivées et avaient commencé un Nocturne de Chopin  pour se dégourdir les doigts avant le petit concert qu’elles offraient pour l’anniversaire de Julie. Ah, la musique de Chopin… Il était assez osé pour des jeunes filles de se lancer dans cette étude…

 Il était grand temps de descendre. 


Tisseuse - La magie des miroirs

Qui a su plier son âme
Devant le beau miroir
Sans tain ni dévidoir
Comme un art à choir
Se lester de plomb
Au risque de toucher le fond
Où le transformer en or
Tel alchimiste dans son athanor
Endurci comme la lame
Qu’il présente au feu

Qui a plongé dans la psyché
Pour y atteindre le diable
Où la magie qui est sienne
Dans la dualité
Derrière des airs aimables
Se cache un démon dans le noir
Comme la source des déboires
Nichée dans des parcelles d’identité
Avec cette part d’excentricité
A jamais inestimable

Qui a dévoré tout cru
Cette mise à nue
Quand  l’ombre et le jour
Sont deux faces en creux
Lorsque l’impulse est si fort
Qu’aux frontières de la mort
Passera dans la nuit
Le denier jour qui s’enfuit
Où l’on peut dire encore
J'atteindrais l'autre bord

lundi 25 septembre 2017

Vegas sur sarthe - La magie des miroirs

Matière à réflexion ou la magie 2.0


Il faut se souvenir que Blanche qu'on appelait Cappuccetto Rosso ou encore la Petite Cape Rouge était partie chercher ingrédient ou deux pour sa marâtre impatiente de confectionner le traditionnel masque de beauté de Cesare Frangipani à base de frangipane et de beurre en pot.

Ainsi donc chaque matin le miroir de la marâtre - son royal smartfaune - lui donnait des nouvelles fraîches de ses sujets ainsi que des nouvelles fraîches du temps qu'il fait et des recettes de beauté pour rester fraîche jour après jour car il y avait à cette époque plein d'applications pour ça.
“Smartfaune, Ô mon beau smartfaune, toi le plus smart de la faune, dis-moi qui est la plus gironde de mon royaume?” interrogeait tactilement chaque matin la marâtre puisqu'elle avait un doigt pour ça.
Le miroir était trop poli pour être honnête et la marâtre trop imbue d'elle-même, fière et vaniteuse et aussi trop bête et méchante pour réfléchir autant qu'un miroir.
"C'est le miroir qui se mire dans la reine et pas le contraire" se répétait-elle, mais le royal smartfaune ne répondait jamais à sa question et la marâtre fulminait chaque matin depuis que le conte existait.

Le roi Merlin - dit le bricoleur enchanteur et par qui les envies prennent vie - l'avait maintes fois prévenue: “Ô marâtre! Ce smartfaune dernier cri “Made in Empire du Milieu” vous perdra. Vous en deviendrez l'esclave, vous en oublierez le héraut qui sonne, le crieur qui crie, le bonimenteur qui bonimente, la cire qui cachette, le coursier qui course, l'oiseau qui touite au printemps et aussi les...”

“Ô toi dont les envies prennent vie quand pour d'autres c'est si castoche” fulmina la marâtre “tu prédisais déjà ça pour ma quenouille sans fil, mes loups-bouquetin de sept lieues, mon épilateur Excalibur, ma lampe Aladinogène mais aucune de ces catastrophes ne s'est jamais produite”

Lorsqu'il était désenchanté le bricoleur enchanteur se transformait en cerf vidé et c'est ce qu'il fit.
Comme il regagnait ses bois - ce qui est une chose naturelle chez un cerf même vidé - le royal smartfaune commença à émettre une vibrante musique.

“Smartfaune, Ô mon beau smartfaune, quel jingle me joues-tu? Dis-moi tout, car je suis la royale marâtre et je dois tout savoir!” ordonna la marâtre.

“Ô marâtre, je sens que j'ai la puce qui sautoie, la mémoire qui flanchoie et aussi la batterie qui merdoie” répondit le royal smartfaune qui se sentait de moins en moins royal.
“C'est pas cool” répondit la marâtre désabusée et, du doigt qu'elle avait pour ça elle s'empressa de poster un courriel à l'Empire du Milieu avant que son smartfaune ne se pâme.

A mille sept cent lieues de là - soit huit mille kilomètres car la lieue était à 6,47 kilomètres à cette époque - un philosophe de l'Empire du Milieu, affecté au service après-vente déchiffrait entre deux parties de mikado un étrange courriel venu du château de Stauffenburg en Basse Saxe.
Avec toute la philosophie propre aux sujets de l'Empire du Milieu, il estima que cette marâtre se prenait le chou pour peu de choses et se contenta de lui renvoyer un lien wiki vers Freud et Jung accompagné d'un coupon de réduction sur l'achat d'une horloge * comtoise connectée...

A dix lieues de là, Blanche - qu'on appelait toujours Cappuccetto Rosso ou encore la Petite Cape Rouge - croisa un cerf vidé qui ruminait dans sa barbe mais elle se garda bien de le questionner, de peur d'être hors sujet.
Elle se rendait tout droit chez sa grand-mère, sans passer par la case Départ, sans recevoir vingt mille sequins, sans ces foutus miroirs que tout le royaume avait reçu en étrennes... et elle se dit que c'était bien.


* L'horloge comtoise est une horloge qu'on trouve dans les contes

Stouf - La magie des miroirs

Quoioùqui ?

Qui peut donc être cette personne qui me fixe de façon grotesque ?
La question du quoi semble facilement résolvable puisqu'il s'agit certainement d'une psyché, un miroir amovible qui me fut transmis par des ascendants quasi inconnus .
Pour le reste … il se pourrait que je me trouve en un lieu commun et que cette personne en face se prenne pour moi.

Allez, rajoutons quelques phrases puisque le fait de n'avoir rien à dire n'implique pas de s'empêcher de l'écrire.
- Greuu, que vous semblez une belle personne, votre plumage se rapporte à votre ramage et vous êtes le phénix des hôtes de ce blog ! Dis-je.
- Ouais cool, je te kiffe à donf !
- Moi t'aussi, mais sinon ?
- Sinon quoi ?
- Et bien il s'agirait à cet instant d'ajouter quelques mots et puis faire des phrases afin de ne pas trop ennuyer les potentiels lecteurs !
- Ah bon ? Alors je commence … il était une fois … dans la ville de Foix … une vendeuse de foie qui se dit ma foi … c'est la dernière fois que …
- Oh naaan, c'est nul !
- Tout à fait d'accord … on va boire un coup au bistro en bas ?
- Ouasi, même que je vais rajouter une dernière phrase. Tu savais que le mot Bistro est un mot cosaque qui veut dire « vite » et que les cosaques l'employaient en France lorsqu'ils allaient boire un coup alors qu'ils surveillaient la déroute de la « grande armée » napoléonienne après l'affaire de la Bérésina ? Aussi que Vladimir P est un descendant direct d'une femme américaine qui aurait fricotté avec un très vieux ancêtre de Donald T ?
- Bon ben tu m'expliquera tout ça en bas … j'ais soif !
- Sinon, t'as des sous parce que je suis un peu raide ce mois çi .;o))

Andiamo - La magie des miroirs

Anselme Boutefeu se lève après avoir d'un geste sec mit fin au TÛÛÛÛÛT exaspérant de son réveil.
Il s'étire, baille bruyamment, sort du lit à regrets, enfile ses vieilles pantoufles, vieilles mais si confortables !

Après le passage obligé au pipiroom, il traîne les pieds vers la salle de bain, douche et rasage, sa gueule un peu vieillissante dans le miroir, lui fait exécuter une moue dubitative. Il ouvre la porte de la petite armoire, en sort la bombe de mousse à raser, se regarde à nouveau dans le miroir...
Il a un recul, juste là, au dessus de son épaule gauche, un visage de femme, brusquement il se retourne un peu effrayé... Personne, nobody, nada ! Il regarde à nouveau dans le miroir du lavabo, le visage est toujours là, un sourire à la Joconde au coin des lèvres. Instinctivement il saisit une serviette et frotte le miroir, le sourire n'a pas disparu, la femme non plus...
C'est quoi ce "truc" pense t-il ? Il s'approche scrute les traits de ce visage, jeune, des grands yeux bleus, cheveux noirs mi-longs, et ce sourire qui découvre à peine de jolies quenottes...

Je n'ai pourtant pas picolé hier, et puis merde je laisse tomber, je vais aller me faire un jus costaud j'dois pas avoir les gobilles en face des trous.
Un quart d'heure plus tard, retour à la salle de bain, coup d'œil hésitant au miroir, miroir mon beau miroir ! La "Joconde" est toujours là.

La mousse sur ses joues et le cou, le passage du rasoir mécanique, il n'a jamais pu supporter le rasoir électrique, c'est tout de même chiant ce bordel, d'abord t'es qui toi ? Bien évidemment le miroir ne répond pas, et puis on n'est pas dans un conte des frères Grimm !

Il s'approche du miroir, le scrute attentivement, la stupeur passée il se concentre et fouille dans ses souvenirs, je l'ai vu quelque part, une p'tite gueule d'amour pareille ça ne s'oublie pas, instinctivement il passe son index sur le miroir, j'suis con tout de même, et il sourit de son geste.

Je sais ! (comme Gabin) j'ai croisé le regard de cette femme hier, elle est montée dans mon wagon, à la station Place de Clichy sur la ligne 13, elle est descendue à Varenne, 5 ou 6 stations plus loin, nos regards ne se sont pas quittés, j'étais fasciné, quand elle est descendue entraînant avec elle un parfum léger : Vétiver de Guerlain. Cette eau de toilette il la connait bien, son épouse l'affectionnait également. Une ombre triste passe dans ses yeux, sa chère et tendre repose dans un petit cimetière du Lauragais, SON terroirrrrrr comme elle disait, roulant les "R" pour le faire rire.

Une journée ordinaire, employé dans une compagnie d'assurances "La musaraigne" dont le siège est installé dans le très chic VII ème arrondissement, avec la Tout Eiffel en ligne de mire depuis son bureau, il y a pire comme vue.

Le soir retour, arrêt Porte de Saint Ouen, un petit F3 sur le boulevard Bessières, les très anciens HLM de Paris. Il l'aime bien son quartier, très vivant comme il dit, et puis l'hôpital Bichat n'est pas loin, on ne sait jamais.

Après une émission insipide à la télé, du style "la vie des pipeules vue à travers le trou d'une serrure" il est allé se coucher non sans être passé à la salle de bain pour un ultime brossage de dents.

Elle est là, même sourire, même regard intense, ce qui est curieux songe t-il c'est qu'elle n'apparaît que dans ce miroir ! Dans la journée au bureau, il se rend deux ou trois fois aux toilettes, dans le miroir placé au dessus du lavabo "elle" n'apparaît pas, pas plus que dans la psyché de notre chambre, il dit encore notre en songeant à Martine son épouse.
Un sommeil agité, hanté par le visage de la jolie femme, le matin elle est toujours là...
- Mais tu cherches quoi à la fin Proserpine ? C'est décidé il l'appellera Proserpine, t'as d'beaux yeux tu sais ? Lui articule t-il à 2 centimètres du miroir, pourquoi tu ne me réponds pas : "embrassez moi" j'ai une haleine de cow boy peut-être ? Sûr M'Dame, dans le grand ouest on n'a pas beaucoup d'hygiène, ouaip M'Dame, sûr !
Il se marre de ses propres conneries, puis part afin d'attraper la diligence de la ligne treize !

Les jours se suivent et toujours Proserpine dans le miroir, il a bien essayé d'en parler à Robert son pote, il a enveloppé l'histoire : "si un matin tu voyais un visage de femme près du tien dans ton miroir, tu ferais quoi" ?

- J'arrêterais le treize degrés de déménageur !!!
Ce soir là Anselme se brosse les dents avant de se coucher, il en a marre de ce visage qui ne bouge pas, qui le fixe avec il faut bien le dire l'air de se foutre un peu de sa gueule, alors pris d'un accès de rage il frappe le miroir d'un énorme coup de poing, la glace vole en éclat et une tache rouge inonde sa main entaillée.
Un pansement compressif, un quart d'heure plus tard l'hémorragie est endiguée. retour devant le lavabo, la jolie brune a disparue.

- Bon j'en suis quitte pour un nouveau miroir.... Euh tout compte fait je vais attendre un peu.
Le métro Porte de Saint Ouen, un gros pansement à la main droite, juste un peu gênant pour martyriser le clavier de l'ordi.

La rame arrive à la station Place de Clichy, et freine très brutalement, heureusement à cette heure les "usagers" sont serrés comme des sardines, et ne risquent guère de chuter, le freinage est brutal, la rame s'immobilise, pratiquement en bout de quai. Au bout de cinq minutes les portes s'ouvrent enfin, les voyageurs à moitié asphyxiés descendent, des hommes des femmes détournent la tête, certaines et certains manquent s'évanouir.

Anselme se penche à son tour, là entre les bogies, le corps d'une femme, brune, ses cheveux mi longs en corolle autour de sa tête, deux grands yeux bleus ouverts semblent dire : pourquoi ?

Où lire Andiamo

Laura Vanel-Coytte - La magie des miroirs

La peinture en miroir

« Le miroir » de Chagall reflète, comme toute son œuvre, la couleur –ici violette-
De la lumière provenant d’une bougie, le miroir doré est richement décoré
Un tout petit homme pleure sur une table blanche ; la chaise et le rideau sont jaunes.
Seul Chagall et c’est aussi pour cela que je l’aime ose encore un fond vert

Est-ce la « Nana » de Zola que Manet peint en pied devant son miroir à pied ?
Comme l’ « Olympia », Nana nous regarde délaissant son reflet pour nous séduire.
« La lectrice inattentive » de Matisse ne semble pas plus se soucier de son miroir
De son bouquet de fleurs, de nous que de sa lecture : elle est lasse en couleurs pâles.

Jean Metzinger peint un « Nu » cubiste « devant un miroir », le nu est gris sur un fond
De couleurs froides, seule un rouge terne réveille un peu cet intérieur à moquette.

« Madame Poupoule » fait sa « toilette » en se regardant le miroir de Toulouse-
Lautrec qui a tant partagé l’intimité des femmes même la plus prosaïque.

René Magritte se joue de nous avec son surréaliste « faux miroir » : un œil noir
Sur fond de ciel bleu, voilé de nuages blancs : où se positionne le spectateur ?
La plantureuse « Vénus » aux longs cheveux blonds nous tourne le dos
Mais son regard nous défie par l’intermédiaire du miroir que tient un ange.

Où lire Laura Vanel-Coytte

Semaine du 25 septembre au 1er octobre 2017 - La magie des miroirs

Toute la semaine écoulée le temps a suspendu son vol. 
Il laisse à présent la place à : La magie des miroirs.

Quel que soit ce que vous inspirent les miroirs, leur magie, ou leurs reflets, envoyez-nous vos textes, en vers ou en prose à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com avant dimanche soir 1er octobre.

vendredi 22 septembre 2017

Marité - Ô temps ...

Le milan noir.

Je suis un milan. Un milan noir. J'ai mille ans, dix mille ans, cinquante mille ans. Je suis sans âge. J'ai demandé au dieu Temps : ô Temps, suspends ton vol. Et le temps s'est arrêté pour moi, pour que mon vol soit éternel.

En échange de mon immortalité le Temps m'a demandé de veiller sur sa création. Aussi, depuis des millénaires, je plane dans le ciel ardéchois.

J'ai vu les gorges du Chassezac et de l'Ardèche hantées par des animaux fantastiques, des animaux énormes dont le Temps, ce magicien, a sculpté les formes dans les rochers du bois de Païolive.

J'ai vu un jour, il y a longtemps, apparaître de drôles de créatures se déplaçant sur deux pattes comme les nandous. Étrange : qui a placé sur la Terre ces spécimens que l'on appelle des humains ? Je les ai observés au fil des siècles. D'abord, ils vivaient simplement, chassant et pêchant pour se nourrir. Puis, ils sont devenus civilisés. Ils ont découvert le feu, ont inventé un langage pour communiquer, ont fabriqué des outils et ont même dessiné dans la grotte du Pont d'Arc.

J'ai vu, chose étonnante, ces créatures se rassembler le soir venu dans la forêt de Païolive. Jour après jour, ils honoraient les animaux de pierre en leur apportant des fruits, ou, selon l'espèce des quartiers de viande séchée. Un thuriféraire portant un vase fumant et odorant suivait le chef qui présidait à la cérémonie.

J'ai même vu ces humains hystériques sacrifier l'un des leurs, de préférence un tout petit enfant que le chef égorgeait. Le thuriféraire emplissait alors son vase de sang pour ensuite le verser sur la divinité.

Aujourd'hui, en me posant parfois sur le Pont d'Arc, je vois ces mêmes humains se promener sur la rivière. Ils aiment aussi flâner dans le bois de Païolive. Ils s'arrêtent devant l'ours et le lion croyant fermement que ceux-ci s'affrontent. Je sais, moi, le milan noir qu'il n'en est rien. Depuis longtemps ces deux-là ont signé un pacte de paix scellé par un baiser.

Aujourd'hui, je vois ces humains un peu fous cherchant à remonter le temps en explorant les grottes, en fouillant les vieux monuments. J'en ai même vu prendre, dans les salles d'un fort en restauration un urinoir pour une cache à trésor !

Que verrai-je demain ? Je suis inquiet. J'ai bien peur qu'à cause des hommes le temps n'existe bientôt plus, suspendant mon vol à jamais.

jeudi 21 septembre 2017

Lilousoleil - ô temps...,

Ô temps, suspends ton vol !

Autant suspends ton vol ! voilà ce que se répétait un renard sans savoir l’orthographier d’ailleurs peu importe il ne sait pas écrire mais il sait bien parler. Il est décidé aujourd’hui à piquer enfin ce calendos au corbeau qui croisse depuis des heures. Il arme son discours :
- Et toi le corbeau Sais-tu que tu chantes comme le rossignol des bois !
- Sais-tu que tu es le plus rapide, et que tu vole aussi vite de le nandou court
- Sais-tu que, ton haleine est aussi fraiche que l’encens des Indes…
- Sais-tu que tu n’as pas besoin de faire venir le thuriféraire pour te bénir tu es déjà un phénix.

Le corbeau reste coa coa coi, ne bouge pas une aile ; sa prise est ferme, assurée. Pas aussi bête que celui de la fable ! d’ailleurs lui ne tient rien dans son bec !
Ô temps suspends ton vol
La flatterie ne fait plus recette, le goupil change de stratégie.
- Sais-tu que le fromage que tu tiens si serré est bourré OGM et que tu risques de perdre tes plumes…
- Sais-tu que le lait de vache est mauvais pour tes articulations ? Sans mentir, c’est dans la revue Sciences et vie des animaux que je l’ai lu. Tes pattes vont devenir toutes molles et tes ergots vont tomber… adieu les balades, les concours de vitesse… Ton bec va se calcifier et alors adieu la chanson !

Ce ballot de corbeau lève une patte et puis l’autre puis pris par une danse de saint Guy, claque du bec, devient hystérique et lâche sa précieuse proie ; des larmes de crocodiles viennent à remplir l’urinoir du champ…

En bas le renard susurre :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »


Et moi déguster enfin mon calendos !

Célestine - Ô temps...

Ô temps, suspends ton vol au dessus de ma couche
Et reste encore un peu, mon doux légionnaire
Tu ris ? Fait rare ! Allons, es-tu thuriféraire,
A m’encenser ainsi des baisers de ta bouche ?

Ne prétexte donc point un besoin d’urinoir
Pour quitter prestement mes bras qui t’ensorcellent
Et ne cours pas céans te jeter sur icelle
Qui saurait, soi-disant, préparer du riz noir

Quand tu pars, tu sais bien, je deviens hystérique
Comment crois-tu que je t’aime ? Cruel ? Nan, doux !
Je me mets à vagir des sanglots de nandou
Si je ne suis plus prem’s dessus ta liste, Eric.


mercredi 20 septembre 2017

Vegas sur sarthe - Ô temps ...

Mea culpa

Enfant de choeur, je multipliais les expériences pour parfaire mon éducation religieuse et gagner mon paradis dans l'atmosphère ennuyeuse des grand-messes de dix heures. Mon plus grand exploit fut – à la faveur d'un aller-retour à l'urinoir de la sacristie – de remplacer l'encens que gardait jalousement un thuriféraire hystérique par de la graisse de nandou , persuadé qu'un tel antiinflammatoire pouvait tout aussi bien soigner les âmes.
Le curé en prit sans doute la toute première bouffée en plein nez pour s'écrier :
"Ô temps, suspends ton vol !", abrégeant du coup la fastidieuse lecture de l'Evangile...


Où lire Vegas sur sarthe

mardi 19 septembre 2017

Joe Krapov - Ô temps ...

VOLEUR DE FEU !

Ô Temps, suspends ton vol
Et cesse tes larcins !

Rends sa jambe à Rimbaud,
Son épouse à Verlaine,
Son ouïe à Smetana,
Elise à Beethoven
Et ses lettres au facteur à cheval !

Ô Temps, suspends ton vol !

Il est aussi gracieux que celui du nandou :
Comme un avion sans ailes,
Au ras des pâquerettes,
L’oiseau ne vole pas
Mais court en zigzaguant
Dans l’herbe des pampas.

Ô Temps, suspends ton vol
Et prends un peu du champ !

Fais de ce Marcel-là un champion des échecs !

Détourne-le de mettre à nu
La mariée qu’il trouve trop belle
Par des célibaterrifiants
Et son urinoir au musée !

Trop de thuriféraires de l’art contemporain,
Trop d’hystériques du concept
L’ont suivi et polluent, tristes, nos paysages.

Ô Temps, suspends ton vol
Pose-toi au tarmac !

Dessine des moutons aux princes de papier !

Laisse l’avenir en biplan !

Restitue ce que nous avions
Et aimions.

Laisse-nous vivre entre parents
Le reste de nos empennâges !
Fais-nous renaître Pompéi
Et recolle des bras aux Vénus de Milo !

Rends-nous Pierre Desproges et Coluche,
John Lennon et Léon Zitrone !

O Tôle, suspends ton vent
Et emmène Lamartine à la plage !



Mapie - Ô temps...

O temps suspends ton vol !
et cesse d’agiter à ma face l’inéluctable fin .

Mon corps se voute, mes yeux se creusent,
le galbe de mes jambes fait place aux mollets sec.;
ma peau se nacre et mes cheveux grisonnent
manquerait plus que mon cou s’allonge pour devenir nandou

Allez , suspends ton vol…
ne m’impose pas les nuits hachées par les besoins impérieux
Evite moi la galère, la course à l’urinoir

hé temps, tu le suspends, oui ?
J’s’rai ton thuriféraire, si tu suspends ton vol
j’ t’ encenserai pour des lustres auprès de mon réseau

Ils seront hystériques en voyant mes photos sur instagram, youtube et vidéos…

Allez
Suspends ton vol… temps…
J’n’y peux rien, c’est comme ça..
La vieillesse ne m’tente pas !

Tiniak - Ô temps...

Ô temps, suspens ton vol... Piètre thuriféraire !
Goûte mieux ces parfums qui ne m'ont pas trahi
que ceux que tu répands, mais ne m'ont rien appris
de ce que mon cœur saigne au nom d'un autre, pair
si j'en crois cet écrit

Va-t-en, reprends ton viol, hystérique et plus noir
que la violence faite aux enfants, malgré eux
qui cherchaient un élan à embrassser les cieux
et pleurent leur sentence au fond d'un urinoir
l’œil vert, la lèvre bleue

Car, tant s'étend le sol qu'il faut payer d'un coup
à fréquenter l'école et ses hypocrisies
(où se rengorge un "merde !" et s'oblige un "merci")
que foule un pas ignoble et si laid qu'un nandou
Je le sais ! Sûr ma vie !

Oh temps ! Suspens ta fiole... et vois dans mon regard
qu'y logent des parfums plus purs et merveilleux
que tous les sacro saints serments formés z'aux cieux
qu'il aura bientôt bu le fabuleuxeux nectar
d'un soupir amoureux

Où se donner l'amor...

lundi 18 septembre 2017

Gibulène - Ô temps...

Une étrange journée s'annonçait !
Angel, jeune thuriféraire
Après une heure de prières
De l'œil un urinoir cherchait...
Force lui fut de constater
Qu'à l'extérieur il lui faudrait
S'aventurer pour le trouver.
Il s'éloigna donc, tracassé...

A peine franchit-il le portail
Qu'il est entouré de bétail !
Un cirque a élu domicile
A proximité de la ville.
Il voir tour à tour défiler
un kangourou, un chien sans tique
et même un nandou hystérique !

Un singe vient le saluer
Un clown lui prête son faux nez !!!
une colombe et une chouette
Se posent à leur tour sur sa tête...
Il en oublie son but ultime
Devant tant de choses sublimes !

« Ô temps, suspends ton vol », se dit
L'enfant encore abasourdi !!!
Mais, qui vient donc le secouer ???
Maman ? Alors, rien n'était vrai ?
Un rêve extraordinaire
Pour le petit thuriféraire !!!

Andiamo - Ô temps ...

Impromptus

Ô temps suspend ton vol… on devrait plutôt dire OTAN suspend son vol au missile de l’autre taré de Pyongyang !

Mais bon là n’est pas le sujet. Mais qui s’est masturbé le cerveau afin de nous dégauchir un mot pareil : THURIFERAIRE ? Pas facile à placer même au cours d’un dîner d’obsèques, fussent celles du Tonton Macaire, de son épouse Clotaire, et le porteur d’encens (merci wikipédia) ce débile de thuriféraire qui s’étala comme un sac de pommes de terre au beau milieu du cimetière, en portant le vase fumant, qui incommodait fort la Tata poitrinaire !

L’autre hystérique répondant au doux prénom de Childéric, voyant l’urne porteuse d’encens étalée dans l’allée du petit cimetière, pris d’un besoin urgent saisit le vase (pas du tout canope) et s’en servit d’urinoir devant les yeux effarés de la cousine Annick (ta mère) qui lui hurla dans les oreilles : « mais cesse de pisser comme un nandou » !

Sans se départir, ni cesser son épanchement salvateur, le cousin Childéric rectifia : « on dit comme un mérinos » chère cousine… Un mérinos.

Si tu fais allusion à ton matelas cher cousin, saches que je ne suis pas pressée de m’y allonger, au vu de ce que j’aperçois en baissant les yeux !

Où lire Andiamo

Laura Vanel-Coytte - Ô temps ...

« O Temps, suspends ton vol » clamait Lamartine sur ce lac que j’ai admiré il y a peu :
Face à lui, on ne peut que souhaiter arrêter le cours des heures qui inexorablement éloignent.
J’ai alors récité dans ma tête les vers étudiés dans une salle de classe au bord du Rhône.
Les paysages-poésies et les poésis/mimesis du réel qui se mêle à ses représentations.

« Voici venir le temps où vibrant sur sa tige, chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir [1] »
Ces vers, bons souvenirs du bac de français me fait revoir et res-sentir le thuriféraire des Grandes messes où la pompe, l’odeur d’encens, les chants, le latin des prières
Me rendaient hystériques, extatiques, un « état proche de l’Ohio » que donne l’orgasme [2]

En sortant de la cathédrale de mon enfance, je vois s’approcher un nandou que « ses ailes
De géant, empêchent de marcher » ou bien l’hystérie me fait confondre avec « L’albatros »
De Baudelaire ? Ne craignant pas le blasphème artistique, un homme utilise l’urinoir
De Duchamp juste en face de la sortie des prélats, des enfants de choeur et des sœurs de mon lycée

[1] - « Harmonie du soir » de Baudelaire
        (Isabelle Adjani : Ohio)

Semaine du 18 au 24 septembre 2017 - Ô temps...

Ô temps...

Cette semaine il va encore y avoir du sport puisqu'il vous faudra jongler dans l'ordre qui vous plaira avec les 4 mots suivants : hystérique , thuriféraire, nandou, urinoir.

Ainsi qu'avec la phrase suivante: "Ô temps, suspends ton vol !" , pourvu que votre texte en prose ou en vers nous parvienne avant dimanche 24 septembre minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com.

jeudi 14 septembre 2017

Joe Krapov - Sportez-vous bien

LA BELOTE BASQUE

Déjà qu’il faudrait manger cinq fruits et légumes par jour – et pourquoi pas des pruneaux à jeun ? – maintenant, en plus, les médecins et la pub nous disent que pratiquer un exercice physique régulièrement est bon pour la santé !

Je suis désolé, mais je ne suis pas concerné. J’en pratique deux régulièrement dont un assez inattendu. Pourtant, à l’instar du jeu d’échecs qui est l’autre, la belote basque est un sport et c’est aussi bon pour le corps que le lancer de javelots, de poids, de marteaux, de faucilles ou de nains de jardin.

On attend juste que la discipline soit reconnue par le Comité International Olympique. Ce n’est pas vraiment gagné mais, comme disait Pierre de Coubertin, l’essentiel est de participer.

Déjà, comme le football américain et la boxe thaïlandaise, la belote basque nécessite une tenue et un matériel spécifiques : tous les joueurs doivent porter un polo Brassens blanc et un béret rouge. Après, les règles de la belote basque sont très simples.

La partie se déroule en autant de manches qu’il y a de joueurs mais en général on y joue à quatre. Quatre manches donc, comme pour un pyjama de bébé. Tout comme au bridge, chacun tient à tour de rôle celui du mort. Sauf que dans la belote basque le mort, on le bâillonne avec une tranche de jambon. Il lui est interdit de mordiller dedans pendant que les trois autres jouent. Bien entendu, par mesure d’hygiène, chaque joueur s’en paie une tranche avant de commencer.

On distribue à chacun des joueurs un jeu complet de 54 cartes dans lequel les figures ont été renommées. Les rois s’appellent Jean de Nivelle, Léon de Bayonne, Irun El Poussah et Jean-Jean Pieds-de-porc. Les dames se nomment Euskara Létoar, Pomme d’Adour, Dolorès Ibarruri et Louise Mariano. Les valets s’appellent Guy Puscua, Omar Biscaye, Basnavar et Kalabourd.

A tour de rôle chaque joueur lance son jeu en l’air, le projetant contre le mur du fond de la pièce à l’aide d’un ustensile en osier dénommé chistera. On doit au chanteur-philosophe basque Miguel-Felix Onfrayo-Gavdepo une sympathique bluette autour de cet objet dont les paroles sont :

« Chistera sera
Demain n’est jamais bien loin,
Laissons l’avenir venir
Qui vivra verra. »


On compte ensuite les points réalisés par le lanceur.

C’est le mort qui est chargé de compter les points. Il ôte sa tranche de jambon, l’avale puis empile les cartes du joueur en déclarant « Les tas, c’est moi ».

Les cartes qui sont retombées face contre terre ne rapportent aucun point.
L’as vaut un point, le deux en vaut deux etc. Le valet vaut onze, la dame douze et le roi treize.
Si un joueur a retourné les deux jokers, il gagne vingt points supplémentaires à condition d’avaler un verre de liqueur Izarra cul-sec.
S’il n’a retourné aucun joker on lui enlève vingt points sauf s’il accepte d’avaler un bol de ttoro, la soupe de poisson traditionnelle du pays basque. Mais pas cul-sec, heureusement.

Une dernière règle : si toutes les cartes d’un joueur sont retombées côté face vers le ciel, il s’empare du roi de carreau, Jean de Nivelle, et s’il réussit à émettre un pet sonore en tenant la carte il marque cinquante points supplémentaires. Cela s’appelle faire un cinquante ou un Saint-Pet-sur-Nivelle.

Essayez donc, à vos moments perdus, quand il n’y a rien de bien à la télé, c’est-à-dire tout le temps, de jouer à la belote basque ! Moi j’y joue souvent avec Jojo Guéthary, Paulette Bidart et Manu Larceveau. Les parties ne manquent jamais de piment avec celui-là ! Manu c’est l’ex à Paulette mais ils sont restés en très bon termes, exactement comme le point final de ce texte avec ce qui l’a précédé.

Où lire Joe Krapov