vendredi 31 mars 2017

Modération des commentaires

Vous constaterez sûrement que vos commentaires n'apparaissent pas de suite lorsque vous les validez.
Comme l'aventure des Impromptus est pour nous un partage qui exclut tout échange inconvenant ou insultant, nous avons décidé, pour la tranquillité de tous, de remettre en place la modération durant un certain temps.

Dans le même temps, nous avons également décidé de ne plus autoriser aucun des commentaires qui ont pour en-tête "Anonyme", même si ces derniers sont signés en fin de commentaire, et même si leurs contenus sont conformes à nos règles de communication.
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mercredi 18 janvier 2017

Tiniak - Le doigt sur l'interrupteur

A Vegas-sur-Sarthe
Clic!

Et puis t'il y eut la mort du Chien
au p'tit matin
son drame
(celui de ravager de flammes, la nuitée)
d'amorcer la neuve journée
mais l'air de rien
mains dans ses poches de brouillard
disant : "maintenant, c'est plus tard"
Ah, dieu ! Peu l'âge
quand il n'est, âpre et tout, question
que de s'aimer, entiers, le cul nu sur la plage
encore, au bord de ses tréfonds

Le chien ? Mais si ! Tu te rappelles
comme il allumait les poubelles
d'un seul aboi
pour feu de joie
Qu'ça brillait fort durant la nuit
jusqu'aux rivages des Inuit
le vent du nord gonflant les focs
et sa chanson - connue défroque !
du marais
Ho, ho ! Pardon...
Point de Marais, mais bien plutôt du Jean Sablon

Claque !

Et puis t'il y eut la belle odeur
d'un cent de fleurs
leur âme
(la seule qu'adoube les femmes à ravir)
exaltante et près... t'à frémir !
mais sans douleur
les yeux engourdis de "...Mens, songe !..."
priant : "Qu'on me donne une éponge !"
Et merde, quoi !
Ce bouquet, c'est du lourd (saynète !)
que de s'aimer, entiers, sans profession de foi
lents sur les traces de Hamlet

L'odeur ? Mais si ! Tu t'en souviens
Elle importait, tu sais... du chien
la confiture
tellement sûre
qu'ça puait fort, la nuit durant
(à vous gaver les graves gens !)
ses vents perdus sous les braguettes
sans moyen de lever la tête
et jurer
Ha, ha ! Coriace...
Mais prompt fumet n'est certes pas une menace

Clic !

Et puis t'il y eut ce bel instant
(Cybèle ! ardent...)
du besoin de suspendre l'heure
où z'elle m'invita, doigt sur l'interrupteur
cachant encore un peu ses formes
(rien que de douillet, rien d'énorme...)
Et ce fut bientôt lumineux
quand se fit l'ombre sur nos corps libidineux
caresse intime, souffles brefs...
Et confession sur l'oreiller
"Je n'ai pas payé l'EDF"

Claque ?

Où prendre ces clics pour des claques

Chri - le doigt sur l'interrupteur

Interrupteur à Zeugma.

Il posa son doigt sur l'interrupteur. C’était un interrupteur qu’il chérissait, un vieux modèle qu’on ne fabriquait plus que très rarement. C’était un interrupteur à zeugma.

Cependant, il n’appuya pas de suite, il garda le doigt dessus sans le presser, comme s’il s’agissait un bouton de déclenchement de la force de frappe nucléaire, comme si le fait d’appuyer ou pas allait changer la face du monde, l’avenir de la planète, de l’humanité, voire même de l’univers. Le fait de retenir son index, de ne rien lui laisser tenter, fit monter en lui un sentiment de puissance extrêmement violent d’une puissance presque divine. Allongé sous sa couette, là, le doigt sur son bouton il était Dieu, son fils et l’esprit malsain réunis. Il était immortel, invincible, il était celui qui décide, qui choisit, qui tranche. Il n’avait jamais de sa vie éprouvé un telle force, excepté quand il s’était trouvé plusieurs fois devant une fourmilière animée. Là oui il avait été envahi pas une toute puissance déferlante, saisissante puisqu’en un seul coup de pied, il pouvait tout anéantir.

Il n’en fit rien mais n’en pensa pas moins. Cet extravagant orgueil !

Mais ce soir il n’était pas vraiment à son avantage, à moitié nu, sous une couette d’hiver en plumes d’oies, un doigt sorti de dessous les plumes, prêt à appuyer, fourbu de fatigue…

Il attendit encore quelques secondes, une petite minute qui lui sembla durer une éternité, puis enfin, les yeux déjà mi-clos, il pressa l’interrupteur et la lumière se jeta hors de la pièce.

Alors, au même instant, il plongea dans le noir et dans un sommeil profond.

mardi 17 janvier 2017

Stouf - Le doigt sur l'interrupteur

D'un coup d'un seul, tel le docteur Folamour, je mets le doigt sur l'interrupteur et la planète toute entière saute sous l'effet de millier de bombes atomiques. Ah non ... C'est parce que mes réveils du matin sont toujours quelque peu ardus, impromptus, malaisés et rudes.

La p'tite douce (c'est le p'tit surnom de ma femme... ça l'énerve et j'aime bien la regarder lorsqu'elle s'énerve avant de me faire un bécot) ronfle toujours et en fait j'ai l'Iphone pour chuchoter « couloir, cuisine » et les loupiotes du couloir et celles de la cuisine s'allument.

Subrepticement j'entrouvre la porte de la chambre, accède au couloir, la cuisine et re-l'Ipode pour dire « café, sono-sourdine ». C'est beau la technique ... C'est la gamine (42 piges tout de même, elle aussi elle râle lorsque je l'appelle ainsi) qui a tout mis en place.

En à peine quelques minutes, le temps que j'arrive du couloir et ... que j'ai été pisser (en sourdine, sur les côtés du WC), le kawa est prêt, y’a mon pote Bernard Lavilliers dans la sono et je prends le temps.

Tout à l'heure, lorsque la p'tite douce arrivera ... y aura tempête de joie, parce qu'elle a le réveil encore plus difficile que moi.

La routine quoi. 8o)

Manoudanslaforêt - Le doigt sur l'interrupteur

Elle regarde la pièce, dans la lumière du soir, le feu s’éteint doucement, le chat est étiré de tout son long sur la couverture polaire du canapé, la télévision bourdonne, elle l’éteint, le journal du jour traine sur la table basse, son livre à côté…

Le silence règne, le calme… Elle a enfilé son pyjama, but un verre d’eau, regardée si elle avait un message sur son portable, puis a posé le doigt sur l’interrupteur pour éteindre la pièce et laisser allumé la petite lampe pour lui, une habitude….

Vegas sur sarthe - Le doigt sur l'interrupteur

Compte à rebours

Hésitant, il posa son doigt sur l'interrupteur.
Il réalisa qu'il suffisait d'une banale pression de l'index, vingt grammes tout au plus pour provoquer la bascule d'une maigre pièce de laiton entre deux contacts dorés et lancer la machine infernale.
Pourquoi tant d'hésitation alors que les amerloques l'avaient inventée au XIXème siècle et continuaient d'en abuser malgré ses détracteurs; ça devait être une bonne chose.
Bien sûr il y avait eu des ratés au début, des expériences malheureuses qu'on avait vite enterrées, passées sous silence mais il en était de même pour toutes les inventions; le modernisme – cette machine à aller toujours plus vite – est à ce prix.

Et si le compteur électrique était sous-dimensionné, s'il allait faire disjoncter tout l'immeuble ou inquiéter le voisinage par quelque odeur suspecte?
Il avait songé un moment à acheter un groupe électrogène mais le bruit aurait alerté tout l'immeuble. Il se souhaita bonne chance, vérifia pour la dixième fois que la porte était bien fermée.
Après tout ce n'était qu'un essai à vide et personne n'en souffrirait à part son amour-propre.
Comment avait-on fait depuis des siècles sans la machine?
Il ne fallait plus y penser, tourner la page des années noires où tant d'autres l'avaient fait qui dans sa cave, qui dans son cellier avant de s'américaniser !
Son index commençait à s'ankyloser... il fallait en finir une bonne fois pour toutes ou changer de doigt le temps d'y réfléchir encore.

Il allait essayer juste deux minutes en mode rapide pour voir et puis il arrêterait tout.
Certains disaient que deux minutes ce n'était pas suffisant et qu'il leur semblait que ça remuait encore après.
De toute manière si ça sentait le brûlé il n'insisterait pas. A quoi bon faire souffrir la machine et risquer l'irréparable.
Si les réparateurs étaient rares c'est sans doute parce que ça fonctionnait bien et qu'ils craignaient le chômage, alors pourquoi s'inquiéter sans raison?
Le voisin disait que même les japonais s'y étaient mis à leur tour.
Il songea que l'attaque de Perle à Rebours avait dû être un formidable champ d'expérimentation pour les bridés et que ça leur avait donné des idées.
Et s'il avait fait le mauvais choix en achetant un modèle américain?
Le premier ministre japonais ne venait-il pas de faire un geste historique devant Obama?

Amerloque ou bridé il n'entravait rien à l'épaisse notice qu'il avait remisée dans sa boîte.
Il rouvrit la porte pour mieux la refermer.
Ce qui le souciait aussi c'était le nettoyage car ça allait peut-être gicler partout... ça gicle souvent avant de figer quand c'est frais.
Il allait basculer l'interrupteur quand il reconnut le bruit de pas du voisin – monsieur Goebel – dans l'escalier.
Et soudain le bruit des bottes qui cesse, un frôlement furtif derrière sa porte puis sa voix tonitruante:”Alors, voisin? Ça marche t'y bien c'congélateur?”

lundi 16 janvier 2017

Jacou - Le doigt sur l'interrupteur

Quitte ou double
Il (elle) posa son doigt sur l'interrupteur.

"Une décharge électrique traversa son corps.
Sur sa tête, ses cheveux changèrent de couleur,
Balayés de travers,
Il ressemblait, il ressemblait..."

- A qui ressemblait-il? Essayez de vous rappeler. Et la couleur?
- La couleur? Pourquoi vous me parlez de couleur?
- C'est vous qui avez dit que ses chev... Bon, reprenons. Vous étiez où, quand vous avez observé ce phénomène?
- Comme tous les jours, à cette heure-là, comme d'habitude, assise devant la télé, chez mon voisin.
- Et quand il a voulu allumer, c'est là que vous l'avez vu changer de couleur de cheveux.
- Mais non, pas lui! L'homme à la télé.
- Je ne comprends pas.
- C'est pas compliqué, voyons.
- C'est vous qui le dites.
- Ça c'est bien passé hier. C'est ce que nous avez dit. C'était bien le 20 janvier 2017.
- Oui. Et aujourd'hui, nous sommes le 21 janvier 2017.
- Monsieur de Lapalisse vous donnerait raison.
- Qui c'est celui-là? C'est un témoin?
- Heu, oubliez.
- Pas question! Il pourrait m'aider à trouver le nom de l'électrifié.
- Hélas, c'est impossible. Je viens d'apprendre qu'il s'est électrocuté.
- Comme Cloclo. Pauvre homme. Voilà, c'est Cloclo!

- A la télé, un homme aux cheveux, heu, de quelle couleur, ses cheveux, déjà, châtains? Non? Châtains clairs, alors? Non plus? Comment? Blond. Donc un homme blond, balayage en travers...pas ça du tout! Faudrait savoir! Je vous rappelle que vous avez dit "ses cheveux changèrent de couleur, Balayés de travers" Faudrait savoir! La coiffure de Cloclo était toujours savamment travaillée; pas comme l'autre clown, qu'au moment où il allait prêter serment, sur l'interrupteur, la télé du voisin, ben, elle a explosé.

- Si je vous suis, vous étiez en train de regarder un jeu à la télé, quand celle-ci a explosé; plutôt, implosé.
- Implosé, explosé, toujours est-il que mon voisin n'a plus de télé; et puis je regardais pas un jeu, je regardais, en direct, l'invest...et c'est pas interrupteur, qu'il faut dire, c'est buzzer. Et l'homme à la télé, il fait que ça, tout le temps; il joue et ça a l'air de beaucoup l'amuser.

Marité - Le doigt sur l'interrupteur

Et la lumière fut !

Le vieux curé Mirat lisait tranquillement son bréviaire comme toutes les fins d'après midi en été.

Il aimait s'installer sur une chaise en paille à l'ombre du figuier, au fond de son jardin. De temps à autre, étourdi par la chaleur, le parfum des figues et le bourdonnement incessant de ses chères abeilles dans les ruches avoisinantes, il laissait échapper le livre saint sur sa soutane et bientôt alentour retentissaient ses sonores ronflements.

Ce jour là, alors qu'il était plongé dans un somme bienheureux, des cris le firent sursauter. Il se redressa et découvrit Jeannot, tout suant et débraillé qui s'agitait comme un beau diable devant lui.
- Mais es-tu devenu fou mon garçon ?
- Non, non, Monsieur le Curé. C'est qu'on va avoir l'électricité.
- Quoi ? Mais de quoi parles-tu ? Qui raconte une chose pareille ?
- Le Maître, Monsieur le Curé, le Maître !
- M'étonne pas marmonna entre ses dents le vieil homme. Celui-là, avec ses inventions tordues nous conduirait tous en enfer si on l'écoutait.
- Le Maître dit que c'est le progrès et qu'on ne peut pas aller contre.
- Hum. File plutôt aider ta mère et coupe assez de petit bois pour que la flambée de ce soir vous éclaire tous pendant que vous mangez la soupe. L'électricité à Tirelignol ! Je vous demande un peu.

Sur ce, l'abbé Mirat se cala sur sa chaise, joignit les mains et regardant le ciel, reprocha au Seigneur :
- Mais pourquoi aussi vous obstinez-vous à mettre des idées farfelues dans la tête de cet instituteur ?
Vous savez bien qu'il leur ferait croire n'importe quoi à tous ces braves gens sous prétexte qu'il vient de la ville. Et pareil pour ce socialiste de maire qui ne met jamais les pieds dans votre église sauf pour les enterrements. Et encore parce qu'il est bien obligé !
Puis il reprit son bréviaire et se plongea dans les Ecritures.

Un clopinement précipité dans l'allée lui fit lever la tête. Sa sœur Marthe, le fichu de travers, traînant son cabas des courses, se précipitait vers lui.
- Charles, mon Dieu, Charles, que le Seigneur soit avec nous ! Une chose terrible arrive dans le village.
- Quoi encore ? Tu ne vas pas, toi aussi être contaminée par cette idée fumeuse d'électricité dans la commune ? Jeannot vient de m'en parler tout à l'heure.
- Madame Leclerc, la femme de l'instituteur, cette mécréante, disait à la boucherie que c'était un miracle. Tu te rends compte, un miracle ? Comment ose-t-elle ?
Jules, le boucher n'était pas du tout d'accord. Il pense que c'est de la sorcellerie : il paraît que ça passe par des fils, en l'air mais on ne voit rien. Si on ne voit rien, à quoi ça sert alors ? Je ne comprends pas. Et puis, Louise, l'épicière affirmait que tout ceci allait nous apporter du malheur. Et je le pense aussi.
- Calme toi Marthe. Il fallait bien que cela arrive jusqu'ici un jour. Mais nous n'en sommes pas encore là.
Et le brave curé retourna à son bréviaire et sa sœur à sa cuisine.

Quelques mois passèrent. L'abbé Mirat surveillait depuis son presbytère les travaux d'électrification du bourg qui allaient bon train. Finalement, après en avoir longuement discuté avec le châtelain qui l'invitait à sa table le dimanche, il s'était fait à cette idée de progrès. Sans se l'avouer, il lui tardait même d'en voir l'aboutissement.

Cela ne tarda pas. Pour l'occasion, le député qui s'était déplacé depuis le chef lieu, le maire et son conseil municipal au complet, le curé Mirat, l'instituteur, les gendarmes, les Tirelignolois pour, les contre, les enthousiastes et les sceptiques, enfin toute la commune se massait devant la mairie où devait avoir lieu l'inauguration.

Après les discours d'usage, un grand silence se fit. Le député s'approcha de la grande porte de la mairie, tendit la main droite à l'intérieur de la salle sans hésitation, posa son doigt sur l'interrupteur et la lumière fut.

Andiamo - Le doigt sur l'interrupteur

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !

- Déjà ? Oh non ! Allez, encore une petite minute….
Le doigt sur l'interrupteur, Mireille allume le petit soleil de la lampe familière. Merde, un quart d’heure ! Je me suis rendormie un quart d’heure !
Elle est debout, bien réveillée cette fois, les pieds dans ses petites mules bordeaux, un peu usées mais tellement confortables !
Après le passage obligé aux toilettes, qui fait cesser le balancement d’un pied sur l’autre, Mireille est dans la cuisine, l’eau dans la cafetière, le café moulu dans le filtre, le bouton sur : « ON ». Elle sort deux bols, deux cuillers à café de « Nesquick », les petits pains au lait bien en évidence, le gros pot de Nutella, les biscottes pour elle.
Régis est déjà parti : aujourd’hui, il avait rendez-vous à Marseille. Un contrat très important pour sa société, un nouveau logiciel de gestion « ré-vo-lu-ti-on-nai-REU » lui a-t-il dit hier soir, en souriant. « Je devrais prendre le T.G.V à sept heures, gare de Lyon, je me lèverai de bonne heure ». Dors tranquillement, mets ton réveil, je partirai sur la pointe des pieds.
Mireille est sous la douche, tiède d’abord, puis… trois secondes d’eau glacée : c’est long trois secondes parfois…

Habillée à la hâte d’un pantalon gris clair et d’un col roulé en jersey bordeaux, elle entre doucement dans la chambre de Roselyne, se penche sur le lit de la fillette :
- Debout mon ange, il est l’heure !
- MMMHHH…
- Allons, debout Princesse, nous sommes déjà en retard !
- B’jour M’man.
- Bonjour mon cœur.
Un gros poutou qui claque, Roselyne est debout.
Une jolie fillette de sept ans, longs cheveux châtains, un joli visage : copié-collé sa Maman, leur dit-on chaque fois qu’elles sont ensemble !
Mireille a laissé Roselyne s’habiller, puis elle est allée dans la chambre contiguë.
- Bonjour mon Pierre ! On se lève, on quitte son joli rêve : le chocolat t’attend !
Une tête frisée sort de la couette imprimée d’un énorme OUI-OUI.
- Bonzou Manman !
- Bonjour mon chéri, bien dodo ?
- Voui.
Le café est passé, Mireille porte dans ses bras le petit Pierre, âgé de trois ans, le pouce dans la bouche, sa main libre « tournicote » une boucle de ses jolis cheveux blonds.
Elle l’assied devant la table, puis verse le lait chaud dans les bols, « touille » afin de dissoudre le chocolat.
Elle reste debout, sa tasse de café dans une main, dans l’autre une biscotte qui craque sous la dent.
Son petit déjeuner avalé, elle houspille un peu les enfants : le déjeuner traîne trop, ils vont être en retard !
Le chemin de l’école : trois feux rouges, dix minutes, arrêt devant la porte, les klaxons des automobilistes bloqués derrière, la bise à Roselyne.
- A ce soir ma chérie !
- A ce soir M’man !

Le rouquin arrêté derrière la Twingo rouge, rouspète.
Mireille hausse les épaules, embraye, puis deuxième à droite, deux cents mètres, se gare : moitié rue moitié trottoir, descend, détache petit Pierre, le conduit jusque dans la cour de la maternelle.
- Bonjour Mademoiselle Caron, je vous laisse mon petit Pierre, je suis pressée ! A ce soir Mademoiselle !
- A ce soir Madame Fournier !
Rapide coup de volant, démarrage à dix euros, les roues patinent, le train avant « cire » un peu. Combien de fois Régis a-t-il rouspété, quand elle démarrait de la sorte ?
- Ça ne sert à rien : tu bouffes du pneu, tu flingues l’embrayage, ainsi que les cardans ! Mais va faire un cours de mécanique à une bonne femme…
Mireille souriait, le regardait, clin d’œil prometteur… Régis fondait… Comment résister ?
La banque, une petite agence de la rue de Paradis, dans le Xème arrondissement, un parking privé pour les employés, une véritable aubaine !
« Bonjour ! », lance t-elle à la cantonade en pénétrant dans « l’arrière-boutique », là où se trouvent les vestiaires. Trois employés plus le directeur, sympas, ils se connaissent depuis pas mal d’années et n’échangeraient leur place pour rien au monde, même un poste un peu plus rémunéré !
Une bonne entente entre collègues, ça vaut toutes les rallonges, se plaisent-ils à répéter… Et c’est vrai !

Dix heures trente. Dans le sas, une femme portant un enfant dans les bras, demande l’ouverture. Mireille lève la tête et appuie sur le bouton vert commandant la porte : cette dernière s’ouvre…
Alors, brusquement, un homme emboîte le pas de la jeune femme, il est armé d’un pistolet apparemment de gros calibre. La jeune femme jette à terre ce qui semblait être un bébé : ça n’est qu’un baigneur emmitouflé. A son tour, elle brandit une arme. « Les mains en l’air, connasses », hurle-t-elle !
Mireille et Liliane, sa collègue, ont lentement levé les mains. Toutes deux lisent la peur dans le regard de la femme qui les braque.
L’homme s’est approché de Liliane et lui pose le canon de son révolver sur la tempe, puis hurle à l’adresse du directeur de la petite agence :
- Toi, le dirlo, ouvre le coffre ou j’ la bute !
Mains levées, Patrick s’est avancé :
- Mais nous ne contrôlons pas l’ouverture, elle se fait à distance, justement afin d’éviter les vols.
- Ta gueule, démerde-toi ! J’veux du fric ou je la bute !
Ce disant, il a appuyé un peu plus fort le canon de son arme conte la tempe de Liliane.
- Lui faite pas d’mal, hurle Mireille !
Alors la femme qui tient l’arme se tourne brusquement vers elle :
- Ta gueule la meuf !
PAN ! Le coup est parti… La détente trop sensible ou la nervosité de la femme ? Mireille s’écroule, un filet de sang coule de son temporal gauche.
- T’es conne ! hurle l’homme, qu’est-ce que t’as fait ?
Hébétée, la femme articule : je… je….
- Allez, on s’casse ! Les keufs vont rappliquer… Dégage, nom de Dieu ! Dégage !

Le Samu, l’hôpital Saint Louis, tout proche, les urgences.
On a prévenu Régis, il a tout abandonné puis est rentré par le premier T.G.V, sa sœur est allée chercher les enfants.
Il est là, il attend dans la salle près du bloc, des heures… Enfin le chirurgien apparaît, l’air fatigué, plus de cinq heures d’intervention.
- Votre femme est vivante, mais je vous dois la vérité : le cerveau a été touché, il y aura au mieux de graves séquelles. Au pire, elle restera dans le coma !

Six mois ont passés, au début Régis venait chaque jour, puis tous les deux jours. Depuis un mois, il ne vient qu’une fois par semaine.
Ce dimanche, il regarde « sa » Mireille : mon pauvre cœur, tu ne m’entends pas, je te vois, mais où es-tu ?...

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !
Déjà ? Oh non ! Allez, encore une petite minute…
Merde, un quart d’heure ! Je me suis rendormie un quart d’heure !
Je suis debout, bien réveillée cette fois, les pieds dans mes petites mules bordeaux, un peu usées mais tellement confortables !
Après……………..toilettes, qui fait cesser le balancement d’un pied sur l’autre ! Je suis dans la cui………………………………….. filtre, bouton sur : « ON », je sors deux bols, deux cuillers à café de Nesquick, les petits pains au lait………………….. pot de Nutella, les biscottes pour moi…
………………………..
- Debout mon ange, il est l’heure !
……………………………………
- Ta gueule la meuf ! PAN !

Tu ne m’entends pas Mireille… Tu ne penses plus à rien, ton pauvre cerveau en bouillie est mort… Que faire ? Mon Dieu que faire ?

Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !
Déjà, oh non ! Allez enc………………………..ite minute….
Merde, un quart d’heure ! Je me s……………………………..rt d’heure !
Je suis debout, bien réveillée cette fois, les pieds dans mes peti……….ules bordeaux, un peu usées mais telle………..ortables !
Après le passage obligé aux toil…………………………….. d’un pied sur l’autre ! Je suis dans la cuisine, l’ea…………………………….oulu dans le filtre, bouton sur : « ON », je sors deux bols, deux cuill……………………………………… au lait bien en évidence, le gros pot de Nutella, les bis……….. moi…
………………………..
- Debout mon ange, il est l’heure !
……………………………………
- Ta gueule la meuf ! PAN !

- Monsieur Fournier…. Voilà, je… Nous voulions mon équipe et moi vous suggérer de mettre fin à cet état. Son cerveau est mort, nous la maintenons en vie artificiellement depuis dix jours… C’est sans espoir, sa tête est vide, Monsieur Fournier, l’encéphalogramme est plat, elle est morte !

Morte ? Je suis morte ?
Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !
Déjà ? Oh non ! Allez……………e petite minute….
Merde, un quart d’heure ! Je m………….ormie un quart d’heure !
Je suis debout, bien réveillée cette fois, l………………………. mules bordeaux, un peu usées mais tellement confortables !
Après le pass……………………lettes, qui fait cesser le balancement d’un pied sur l’autre !
Je suis ………., l’eau dans la caf..re, le café moulu dans le filtre, bouton sur : « ON », je……….s, deux cuillers à café de Nesq………………ins au lait bien en évidence, le gros pot de Nut…………………..our moi… '' ………………………..
- Debout mon ange, il est l’heure !
……………………………………
- Ta gueule la meuf ! PAN !

- Débranchez-la, Docteur !

- NON, Régis ! NOOOON !
Le buzzer insiste… BZZZZ BZZZZZ BZZZZZ !
Déjà, oh non ! Allez encore un………. minute….
Merde, un quart d’he… ! Je me suis rendo…..uart d’heure !
Je suis debout, bien réve………tte fois, les pieds dans mes petites mu……..eaux, un peu us. …

Régis pose le doigt sur l' interrupteur...
CLIC !... BIIIIIIIIPPP… BIIIIIIIIIPPP… BIIIIIIIIIIPP…

Où lire Andiamo

Laura Vanel-Coytte - Le doigt sur l'interrupteur

Elle posa son doigt sur l’interrupteur et les livre se firent lumières dans son paysage.

Dans le paysage de sa chambre, Le temps est assassin[1] lorsque le sommeil l’emporte
Sur la lecture et relègue les nouveautés policières empruntées à la médiathèque
A plus tard sans parler des polars en poche qui dorment dans le couloir en attendant   
Que d’un baiser de lectrice, elle les réveille d’un sommeil meurtrier.

Dans le paysage du salon, attendent tous les livres commencés avec fougue dès leur arrivée
Dans la maison puis détrônés par un autre débuté ou terminé et stockés sur quelques Rayonnages qui se remplissent encore et encore par gourmandise et manque de temps Pour lire tous ce qui lui a fait envie un moment ou un autre mais ce n’est pas un Purgatoire Juste la salle d’attente avant le plaisir amplifié car promis par une première bouchée exquise.
Il y a Le musée de mes rêves[2], offert après une troisième place à la dictée de la fête du livre.
Des Paysages contemporains[3] voisinent avec des Fables de paysage flamand[4], acheté à la Sortie d’une merveilleuse exposition vue au Palais des Beaux-arts-magnifique- de Lille, L’inoubliable. Il y a encore La grande parade. Portrait de l'artiste en clown[5] acheté à la sortie du Musée Fernand Léger de Biot avant de retourner sous la pluie.
Au retour de Paris vers la Toussaint, elle a commencé L'Impressionnisme et le paysage français[6] avec le même enthousiasme que pour tous les autres invités installés dans son Paysage de Salon.

Dans un autre quartier du paysage de sa bibliothèque de salon, il y a encore la cohorte
Des livres à lire toujours d’urgence, achetés avec fièvre ou empruntés et à rendre demain
A la médiathèque : des best-sellers que tout le monde attend ou des titres intimes
Comme le Journal d’Anaïs NIN

Elle posa son doigt sur l’interrupteur et les livres se firent lumières dans son paysage.


[1] Michel Bussi
[2] Laurence Piquet

Semaine du 16 au 22 janvier 2017 - Le doigt sur l'interrupteur

Que ce soit à l'ombre du figuier ou ailleurs, continuons de baguenauder dans les thèmes anciens. Cette semaine nous vous invitons à écrire sur cette idée : 
Il (elle) posa son doigt sur l'interrupteur.

En prose ou en vers, vous pourrez nous adresser votre texte jusqu'à dimanche 22 janvier 2017 à minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com

Bonne semaine à tous !

dimanche 15 janvier 2017

Dib - A l'ombre du figuier

Mon grand-père avait toujours travaillé dur. Levé avec le coq, couché après les poules, toute sa vie n’avait été que durs labeurs. Pourtant, il était la joie de vivre, la bonté même. Proche de la terre et des personnes, proche des réalités aussi, une âme à toute preuve et une écoute d’une grande sincérité. C’était ça mon grand-père.

Petit, je me plaisais à imaginer que chaque ride de son visage correspondait à un grand moment de sa vie. Et son visage buriné laissait présager une vie d’une grande richesse.

Je l’aimais bien mon papé. J’aimais ses mains calleuses, ses joues piquantes, son odeur de savon, son canif de poche, ses vêtements passés, et ses histoires dépassées.

Nous avons partagé des moments mémorables, des parties de dames ou d’échecs, des ballades en forêt ou sur la plage. Il me laissait conduire la charrette, je le laissais m’enfumer avec son vieux tabac. Bref, mon grand-père marqua mon enfance.

Voilà pourquoi j’aime venir ici, me remémorer ces moments-clés, face à son ancienne ferme, à l’ombre du figuier dans lequel j’avais tant joué. C’est ici que je retrouve mes racines, à l’ombre du vieux figuier.

vendredi 13 janvier 2017

Chri - A l'ombre du figuier

À l’ombre changeante du figuier, animée par le souffle léger du vent d’ici, comme bercée par une musique estivale et sucrée, on y perçoit encore la tienne parmi la poussière, les pierres et quelques figues tombées, oubliées, perdues pour nos gourmandises, mon bel amour, de celles que nous n’avons pas eu le temps de ramasser puisque tu n’as pas daigné attendre la fin de l’été pour prendre le large, pour t’en aller si loin des figues, des figuiers et de leurs ombres, loin de moi, loin de cette campagne que tu disais ardemment aimer, loin de ces odeurs dont tu disais avec force qu’elles t’étaient devenues indispensables, de ces paysages dont tu ne cessais de vanter le bien-être qu’ils t’apportaient, le bien être, la paix et la sérénité profonde, je l’ai cru sur paroles, si loin de cet endroit dont tu avais pensé sincèrement qu’il serait ta dernière demeure, ton dernier pays, ta dernière aventure, une ou deux larmes jaillissant de tes yeux embués venaient appuyer ce mot précis, ta dernière adresse avant l’éternité, si loin que je ne sais même pas quelle route tu as prise, par quel vent t’es tu laissée pousser, quel souffle, sans aucun doute, nouveau, t’auras emporté, vers quel avenir as-tu filé sans te retourner, en ne laissant derrière toi, ici que l’ombre de ton ombre, désormais, sais tu que je repense nuit et jour, heure après heure à ce soir de Juillet, sans saisir ce qui nous est arrivé, sans comprendre ce qui t’a prise, où je t’ai dit, ce furent mes derniers mots par toi entendus, viens mon amour, mon bel amour allons nous asseoir à l’ombre du figuier.

Où lire Chri
Où voir ses photos

Jacou - A l'ombre du figuier

Négligemment allongé,
Un murmure feuillu, me berçait
Mon nez, par un parfum, taquiné
Odeur indéfinissable du figuier.

Paupières mi-closes,
Mon corps à la pause,
Une parfaite symbiose,
Que cette nature propose.

Pensées alanguies,
Sens assoupis,
Me voilà soudain surpris.
Un insecte malappris
Se croyant tout permis,
Mon espace envahit.

Ma douce torpeur dérangée,
Moult gestes dus déployer,
Afin, l'importun, chasser.
Combat, cet animal ailé,
Je l'aurais bien évité,
Si, ce dernier, de me piquer
Velléités, n'avait montrées.

Une journée malmenée,
De bien finir, se devait.
Au figuier ombragé
Quelques fruits, je goûtais.

Sitôt, un air bien connu,
Mon ouïe reconnut.
Ainsi, était revenu
Le diptère malotru.

Un oiseau passa,
Le moustique avala,
Et néanmoins picora,
Une figue, qui, sur moi, tomba.

Ma sieste était fichue.
Heureusement, presque nu,
Vers un autre abri courus.
Rencontrais une inconnue.
Elle s'était perdue,
N'insista pas sur ma tenue incongrue.

Plus tard, la retrouvais,
A ma place, installée.
M'invita gentiment, son figuier,
Et son ombre partager.
Elle était parfumée,
Fragrance poivrée,
Sa bouche, sans y penser,
Une figue mordait
La maquillant de violet.
Elle me la fit goûter.

Où lire Jacou

Saraline - A l'ombre du figuier

Dans le jardin de Balata, me suis promenée,
Dans le jardin de Balata, y’a un figuier
Figuier maudit, dit-on, dans cette île.
Figuier étrange, pour le moins
Avec ses tentacules qui ont l’air de vouloir vous étrangler.
Donne-t-il même des figues, ce figuier maudit ?
Point ne le sais
Mais on m’a raconté d’inquiétantes légendes à son sujet.
Ne dit-on pas, que de nuit, d’étranges pythonisses
Viennent récolter feuilles et racines
Pour concocter des potions propres à ensorceler celui qui en consomme.
Et que penser de ces esprits qui habitent dans les entrelacs des branches et des racines
Et qui vous attendent à la tombée de la nuit pour vous capturer ?
Dans le jardin de Balata, y’a un figuier.
Figuier magique disent les uns, figuier maudit, disent les autres.

Point ne sais, mais je n’ai pas eu envie de m’arrêter à l’ombre de ce figuier.


jeudi 12 janvier 2017

Gene M - A l'ombre du figuier

A l'ombre du figuier, je rêve, les yeux noyés dans l'azur du ciel.
Allongée sur un transat, j'ai laissé tomber mon livre, vaincue par la
chaleur de l'été grec.

Accolé à la maison perchée sur une colline, le jardin offre un aspect
un peu négligé, un peu sauvage : quelques citronniers de ci de là et
un gros bosquet de jasmin qui embaume merveilleusement le soir...
Un simple mur de pierres sèches sépare le petit jardin d'un terrain
vague. En bas la ville d'Athènes palpite.

Cet été là est très particulier : C'est la chute de la dictature des
colonels. Enfin l'espoir...

A l'ombre du figuier, je suis heureuse.

Célestine - A l'ombre du figuier

Soir de fête

Je suis allée m’asseoir au fond du jardin. Sous le merisier. J’aurais préféré que ce soit un figuier, et qu’il y ait du soleil. Ça m’aurait arrangée. Pour vous. Pour moi. Mais rien ne va jamais tout à fait comme on souhaite… Pas d’ombre et pas de figuier donc. Je ne suis pas sûre que ça passera

Il pleuvait des larmes froides qui se mêlaient aux miennes et j’avais besoin de solitude. Un besoin vital de me retrouver face à moi-même. Au moins, moi, je ne me décevais pas. Ma compagnie avait presque fini par m’être agréable, à force…

J’en avais soudain marre des gens, ça vous arrive n’est-ce pas ? Ces moments où tout le monde vous sort de la tête. Même les êtres les plus chers, les plus aimables. Vous savez…
Surtout ceux qui disent vous aimer et s’ingénient à vous gâcher la vie.

Tous comptes faits, ce merisier commençait à ressembler peut-être un peu à un figuier. Ses feuilles s’élargissaient dans le prisme déformant de mes larmes. Ses fruits grossissaient à vue d’œil, prenant une teinte violette et des fesses charnues.

Au bout d’un moment, la pluie s’est arrêtée.

Il m’a même semblé voir un rayon de soleil projetant faiblement l’ombre de l’arbre sur mes joues embuées. J’ai pris un grand reniflement, je me suis souri.

J’ai bien vu que le figuier agitait ses branches en signe d’amitié. Il y avait un petit vent doux.
Je suis retournée là-bas, dans le salon éclairé des paillettes de la fête. Avant qu’on me cherche.
J’avais le cœur en friche. C’est la vie. Rien ne va jamais comme on souhaite.

Où lire Célestine

Arpenteur d'Etoiles - A l'ombre du figuier

Sous le figuier …

« Vous reconnaitrez facilement la maison, avec une pelouse pas très bien entretenue mais avec une vue sublime »

Dethiers sourit. Il se moquait un peu de l’herbe mal tondue. C’était la première fois qu’il allait passer des vacances dans le midi de la France, dans le massif du Lubéron, avec sa famille. L’agent immobilier ouvrit le portail. Le terrain immense en légère pente, la maison très contemporaine avec de larges baies donnant sur une piscine bleue et quelques cyprès au bout de la terrasse. Les cigales, les oiseaux, l’air chaud et parfumé, le silence. Dethiers alla ouvrir la voiture pour faire descendre son Leonberg baptisé Ernest. Sa femme et les deux ados accrochés à leur smartphone sont restés sidérés devant la splendeur de la maison. Les trois semaines de vacance allaient être paradisiaques.

L’homme de l’agence fit visiter la demeure, puis salua Dethiers et s’esquiva. Entre Gordes et Murs, vers le vallon de Maillet, il pouvait voir l’abbaye de Sénanque et les champs de lavande. Le soir glissa lentement et le ciel piqueté d’étoiles enroba la vallée et les collines alentours.

Le lendemain, Dethiers prit un fauteuil de jardin et décida d’aller sous le figuier au bout du terrain. L’ombre parfumée et la beauté de la ramure l’envouta. Cet arbre avait certainement plus d’un siècle. Sa femme et les deux garçons étaient partis le matin pour quatre jours. La côte d’azur, Antibes, Cannes, Nice et l’arrière-pays. Lui voulait se reposer dans une solitude qu’il aimait.
Il posa son livre et s’endormit. Ernest l’accompagnait et commença à renifler un peu partout. Quelques instants après, le chien aboya. Dethiers ouvrit un œil et regarda Ernest qui grattait le sol sous le figuier … Il se releva d’un bond. Une main sortait de terre. Une main de femme.

Dethiers était belge et commissaire de police à Gand. Mais il avait collaboré avec des français sur une enquête compliquée de trafic de drogue, dans la région de Marseille. L’après-midi, la police scientifique arriva dans la maison et investit le jardin et le cercle du figuier. Le corps était celui de la propriétaire de la maison assassinée trois jours auparavant. Le mari était introuvable.

Lorsque la famille revint, remplie de souvenirs immédiats et de centaine de photos, Dethiers ne raconta rien de ce qui s’était passé. Il avait arrangé la terre sous le figuier et tondu le gazon. Les luxueuses vacances glissèrent dans un charmant bonheur.

En rentrant à Gand, il trouva sur son bureau un compte-rendu de la police marseillaise. Le mari était innocent. C’était l’amant de la femme qui l‘avait assassinée car elle avait décidé de clore cette aventure.
Le commissaire haussa les épaules, soupira et appela son adjoint Pacôme pour une autre enquête morbide, dans une immense usine à Wetteren.



mercredi 11 janvier 2017

Jacques - A l'ombre du figuier

Sous le figuier

Il fait chaud.
De cette chaleur lourde, collante, avec cet air poisseux de la ville quand le Mistral aux abonnés absents laisse l'évaporation marine se mêler à la pollution des véhicules et des usines qui n'ont pas encore ralenti leur activité.

C'est juillet et Marseille suffoque.
C'est juillet et je m'ennuie un peu. L'ombre des arbres du jardin ne tient pas ses promesses, et sous les figuiers, les vapeurs de sève, les effluves pesamment suaves des fruits en décomposition rendent étouffante l'ombre épaisse dans laquelle je me suis laissé leurrer.
Il fait chaud, même les lézards cherchent l'ombre.

La dernière des poules de ma grand-mère dodeline, abrutie au-delà de sa condition de gallinacé sous des rejets du figuier que le grillage n'a pas dissuadé de poursuivre son projet impérialiste.

Pourtant, sous le figuier, lui-même dissimulé par une haie chaotique de lauriers et un bosquet d'acacias, j'ai mon repaire, à l'abri des regards.
Je serais certainement bien mieux dans la fraîcheur de la maison, derrière les murs épais et les persiennes closes, un bon bouquin à la main.

Et pourtant, je traîne là, caché, oublié et heureux de l'être, dans le temps suspendu des premiers jours des vacances scolaires, bricolant au gré de quelques idées avec de vieux outils et quelques clous rouillés.

Je n'ai de compte à rendre à personne.
Je peux même croire que je suis libre, sous ce figuier...

Où lire Jacques

Tisseuse - A l'ombre du figuier

A l’ombre du figuier
Le temps semble s’être arrêté
En plein midi en plein été
Pas une âme sur le sentier
Giono s’en est allé
Mais ses écrits me sont restés
Comme des compagnons aimés
De mes jeunes années

A l’ombre du figuier
C’est à présent Laurent Gaudé
Qui dépeint des lieux tourmentés
Dans tant de guerres insensées
La terre n’a pas cessé
D’accoucher de monstres damnés
D’incroyables insanités
Que je regarde assassiner

A l’ombre du figuier
Mon souhait d’amour est malmené
Mes bons vœux sont foulés aux pieds
Par des hordes déracinées
Je tends les mains minées
Emplies de noir et de fumée
Ma terre et mon espoir défait
Par mon impuissance encrassée

A l’ombre du figuier
Je suis amère et atterrée
Jeune Antigone d’un côté
Mais aussi terrible Médée
L’arbre vient de trembler
Sous sa connaissance ébranlée
Génétiquement modifiée
En serait-il stérilisé ?

A l’ombre du figuier
S’étiolent mes rêves fanés
Faits de fougue et de liberté
D’étendard de fraternité
Mais c’est ma lâcheté
Qui m’entrave de liens serrés
Faisant trébucher mes pensées
Sur le mot de Paix dépassé