dimanche 27 mai 2018

Semaine du 21 au 27 mai 2018 - Au pays du sourire

Au pays du sourire


Ces photos du Cambodge vous ont inspirés ? Alors nous prolongeons le thème jusqu'au dimanche 27 mai à minuit, date limite pour envoyer vos textes à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com






jeudi 17 mai 2018

Mapie - Au pays du sourire

Mon parti pris

Je ne suis pas philosophe.  Ni sagesse, ni quête ultime, ni expérience de vie ne légitime une quelconque leçon de ma part...

Mais j'aime à me rappeler que le plat de la surface d'un lac, la lumière douce et tamisée d'un coucher de soleil sur une plage de sable fin ne sont en fait qu'une question d'angle de prise de vue, de façon de voir, d'envie de transmettre, de choix  de dire et de se souvenir...

Et si ce choix s'offre à moi, et s'il m'est permis de faire fis de mes peurs, de ces monstres aux dents acérés qui m'habitent  et qui peuplent mon histoire... alors, mon parti pris est celui ci...

Me tourner vers le beau et vouloir le préserver... Ce que l'homme a su créer tout au long des siècles,  ce que la nature nous prête...

Et s'il  faut méditer, apprendre à apprécier , suivre un chemin pour arriver à cette accession à une sérénité... Alors, pourquoi pas?

Oublier toute la part sombre de l'histoire et du présent... non pas vraiment..  Juste essayer de cadrer mon regard ... 

Certains pourraient y voir une forme de lâcheté, ou d'utopie... Moi j'y vois une forme de résilience dans un monde malmené , et qui nécessite Espérance, Envie, et respect de  la vie...

Marilyne18 - Au pays du sourire

Le Cambodge, Le pays qui a retrouvé le sourire...

A la seule évocation du Cambodge, j'ai en tête le livre de cette fillette qui a écrit l'histoire d'une partie importante de sa vie : son enfance. Elle a fait preuve d'un courage sans nom au milieu de l'horreur du moment, mis en place par les Khmers Rouges. Je sais, ça fait 40ans...
J'ai une pensée pour toutes les familles qui ont payé cher le simple fait d'être nées au mauvais endroit. J'ai aimé les rizières, les crocodiles dans la rivière où jouait "Knem"(j'ai un doute sur l'orthographe), l'amour qu'elle dispensait autour d'elle et son caractère de battante. Il reste encore des mines antipersonnelles mais la vie a repris ses droits...
J'espère du fond du cœur que le tourisme continuera d'être un plus pour le pays et que d'aussi jolies photos continueront de nous parvenir. 
Ça me fait mal de penser qu'une petite fille du même âge que moi, vivait l'horreur quand j'allais tranquillement à l'école et que je profitais de tant de choses ...Est-ce que les horreurs feront toujours partie de la vie ?

Annick SB - Au pays du sourire


Rêver, ailleurs et là …

L’eau c’est de l’eau
Et quand le vent ne souffle pas, quand l’écume dort, on dit que la mer est d’huile 

Petite, je voyais bouger l’huile sale des moteurs qui frappait les coques des barques des pêcheurs sur le petit port du vallon des Auffes ; je savais qu’il ne fallait pas y plonger dans cette eau mouvante et perdue ; je savais que la mer sale était devenue émouvante et que tout foutait le camp …. 

Les barques ce sont des barques
Et quand l’ancre ne les force pas à rester on dit qu’elles naviguent
Je les regarde s’éloigner et me demande si Archimède pourrait m’aider à résoudre ce que d’autres nomment  problème

Petite, je voyais partir et revenir les hommes burinés par le sel et le soleil, ingrédients vitaux précieux et traitres et j’écoutais la cheminée de la barque teufteuter calmement pendant que les bottes se posaient à quai…
Je n’aime pas voyager
Enfin, pas comme le font les autres
Les voyages je crois que je les tente les yeux fermés, sans bagage
Longtemps  j’ai eu honte
Non pas de ne pas avoir foulé les terres inconnues et mystérieuses décrites par mes amis
Non pas de ne jamais m’être envolée vers des destinations prisées
Honte de ce que j’ai entendu, emmagasiné et perçu dans ce flux volant, ces bavardages, ces cris, ces rires, ces moqueries, ces suppositions, ces constatations, ces affirmations, ces cadeaux
Honte de l’ébullition et du bruit que les voyages entrainaient
Honte du retour
Cette quête d’images, de sons, de senteurs, de souvenirs, de fuite, de trésors, cette quête de tout ce qui se fait ailleurs, de ce mieux supposé, de cette altérité que l’on veut découvrir, contenir aussi dans un flot de mots et de photos je ne la partage pas
Je ne la désire pas

Petite, je pleurais quand je comprenais que certains dans ma ville avaient fait un voyage forcé et s’étaient retrouvés là, sur le même petit port du vallon des Auffes que moi, rêvant de retourner bientôt dans leur coin de Paradis supposé qu’ils avaient du laisser contraints et forcés…

L’eau c’est de l’eau, les barques ce sont des barques et les palmiers des palmiers.
Je n’aime pas voyager
Enfin pas comme le font les autres
Les voyages je crois que je les tente les yeux fermés, sans bagage
Pour éviter le naufrage
Pour mieux revenir à quai qui sait ?
Pour mieux me souvenir des gens que j’imagine sourire et aimer, ailleurs et là, tout près ou très loin de moi  

mercredi 16 mai 2018

Mamée - Au pays du sourire

Quatre images du Cambodge




Sur une plage encore brûlante,
Contempler la palme de l’arbre.
Se délecter du soleil couchant
Qui traverse ses branches
Et rosit l’eau miroitante.






Admirer le batelier, debout
Dans sa barque si frêle
Écouter résonner
Le claquement des rames
Sur la calme surface.


S’interroger à propos des moines,
La couleur de leur robe,
Leur choix de vie,
Leurs préoccupations …
Contemplation ?


Et … Nulle crainte du crocodile assoupi
L’atmosphère est si douce !…
Rêver de caresser le petit :
Un enfant sur le dos de sa maman …


Mister K - Au pays du sourire

ETRANGE SERENITE












Le passage du sud
La démarche des invisibles
Le territoire des délices












La légèreté des crocodiles
Le harcèlement du gibbon
L’actualité des poissons













Le trésor des fluides
Le matin des courants
La souplesse de l’espace












La procession des hommes étranges
Les prophéties d’un débutant spectral
Le serment des étoiles mortes

Plus tard, plus loin,
Les larmes au cœur de la montagne

Marité - Au pays du sourire

Achile.

Je vais vous raconter ce qui m'est arrivé au pays du sourire. Et je vous prie de croire à mon histoire : je n'ai rien inventé.

- Alors, mon biquet, on est venu voir Achile ?
- Hein ? Quoi ? Voilà que ça recommence comme cette nuit. Qui me parle ?
- Moi, Achile le crocodile.
- Ça alors ! Un crocodile qui parle. Et français encore !
- Mais oui, mon cher. J'ai beaucoup de mémoire comme chacun le sait. Ne dit-on pas chez vous mémoire de crocodile ?
- Non. Ce sont les éléphants qui possèdent une mémoire extraordinaire il parait.
- Et bien, on se trompe chez toi.
Achile rit de son jeu de mots. C'est super : moi qui pensais que les crocodiles ne savaient que pleurer. Regardez bien la photo. On voit nettement qu'Achile rit.
- Mais au fait, cher visiteur, je me suis présenté. Pas toi.
- Pardon Achile. Je me nomme Victor.
- Hector ?
- Victor. V...comme Victor.
- V comme Victor, tu me plais bien toi. J'adore voir ma photo sur ton polo. C'est cool ça.
- Euh, c'est Georgette qui me l'a offert pour Noël.
- Elle a bon goût ta femme. Je te kiffe aussi parce que tu ne te promènes pas avec une ombrelle et une perche à selfies. Si tu savais ce que je dois recracher quand j'ai croqué un de ces malotrus de chinetoque. Par contre, je garde leurs portables. J'attends qu'ils aient pris leurs photos avant de bondir. J'ai une belle galerie de portraits dans mon vestibule. J'adore me regarder. Je me trouve beau. Pas toi ?
- Si, si Achile. Moi aussi, j'ai pris une photo - je me mets soudain à le regretter - Je croyais que tu dormais.
- Moi, dormir ? C'est une feinte. Mais ne t'inquiète pas. Je ne te mangerai pas. Je ne digère pas les hommes à barbe. Et d'abord, leurs piquants me grattent au passage, dans la gorge. Vois-tu : j'ai la gorge fragile. Hum hum. Tu n'aurais pas des valda sur toi par hasard ? J'ai dû avaler une jaune à l'ombrelle aux baleines démises. Peuvent pas faire attention, ces jaunes. Vraiment de la saloperie ce qu'ils fabriquent.
- Tiens. C'est drôle. Moi aussi, je suis fragile de la gorge. J'ai quelques pastilles. Tu tombes bien.
- Ecoute, je ne suis pas chien. On va faire un deal. Je suppose que tu veux ramener une bricole à ta femme ?
- Elle voudrait bien un sac ma Georgette.
- En croco bien sûr. Hé, tu es un petit malin toi. Tu ne veux pas perdre au change. Je vois, je vois.
- Ben. Je demande peut être beaucoup. Elle se contenterait d'un petit porte-monnaie pour les courses...Rien qu'un petit...
- Je vais demander à Odile. C'est ma copine. Tu vois, je la protège. En même temps, sa tête me sert d'oreiller. Pratique, non ? Tu peux en faire autant toi ?
- Non. A cette idée, le fou-rire me prend.
- Elle est fatiguée, cette pauvre Odile. Figure-toi qu'elle vient juste de pondre. Il faut aussi que je trouve quelque chose à manger pour elle et pour moi. (Brrr, j'ai la chair de poule, tout à coup. Je n'aime pas qu'Achile parle de manger.) Qu'est-ce qu'on croûte chez toi au fait ?
- Des rillettes principalement. Mais pas que. Du poulet de Loué aussi, élevé en plein air.
- Loué soit le poulet ! J'aimerais il me semble. Bon. Voyons. Odile, ma chérie, ce monsieur voudrait un morceau de peau.
Odile baille, me regarde un peu. Du coin de l'œil. Elle grogne :
- Tous les mêmes ! Mais qu'est-ce qu'ils ont à vouloir du croco ? Et des sacs, et des chaussures, et des ceintures... Et quoi encore ? C'est malheureux quand même. On ne peut pas être tranquille. Bon. Il a l'air sympa celui-là. Achile, on ne va pas lui donner un morceau de ton talon. - Odile s'esclaffe. Ce doit être leur blague favorite - Je vais regarder dans mes archives. Il doit me rester un bout de queue de ma grand-mère.

Odile revient avec une superbe peau. Largement de quoi faire un sac pour Georgette. Ce qu'elle va être contente, ma Georgette ! Nous procédons à l'échange : pastilles contre peau de croco. Je salue bien bas mes nouveaux amis, m'éloigne avant qu'ils ne changent d'avis. On ne sait jamais. Achile rit. Oui. Mais peut être jaune. A force de bouffer du chinois.

Vous savez ce qu'il vous reste à faire avant d'approcher les crocodiles : laissez-vous pousser la barbe messieurs. Pour les femmes ? Euh, il doit exister quelques trucs. Faudra demander. J'y penserai la prochaine fois.

mardi 15 mai 2018

Tiniak - Au pays du sourire














Sans avoir payé mon tribut, une heure avant
je n'étais qu'un frustre inconnu, aux yeux béants

Il n'attendait que son écot d'ancien passeur
et fut surpris par ma persistante fraîcheur

Autrement, il m'aurait benné sur les ordures
pour que j'aille frayer avec d'autres saumures

Maintenant qu'il m'embarque sur le fleuve brun
j'entends vibrer mon nom vers la rive d'airain


Où déposer une gerbe enflammée sur les ondes...

Vegas sur sarthe - Au pays du sourire

Chine-Noukville



Kampot – Sihanoukville : 120 kilomètres

Je quitte la capitale mondiale du poivre, sa plantation près du lac Secret, sa rivière Prek Teuk Chhou aux rives apaisantes et propices à la méditation, ses pêcheurs au filet sans me douter un instant de ce qui m'attend.
Il faut être fou pour s'y lancer en tuk-tuk (prononcer touk touk) mais un conducteur de tuk-tuk ne sait pas dire non, le hochement de tête et le sourire font partie de sa panoplie, tout comme le bidon d'essence de secours et d'abord le klaxon indispensable pour s'imposer dans les combats de route.

Je me demande si je n'aurais pas dû brûler de l'encens avant le départ.
Une belle liasse de riels en poche suffirent à mon chauffeur pour s'élancer à tombeau ouvert soit trente kilomètres à l'heure et des poussières, beaucoup de poussière.
Au Cambodge, étonnamment les kilomètres font mille mètres et les heures font soixante minutes.
A tombeau ouvert – il était ouvert en effet – cent fois on manqua d'y tomber sur cette route carrossable mais encombrée d'engins hétéroclites... quatre-quatre, taxis, scooters, tracteurs poussifs et vaches maigres. Avec beaucoup de chance, j'attraperais le bateau du soir pour l'île de Koh Rong Sanloem et ses plages paradisiaques qu'on vantait dans les dépliants touristiques.
Germaine me voyait déjà encensé par Denis Brogniart et m'avait supplié de ramener le saint Graal à la maison... un de ces colliers d'immunité qui vous mène tout droit vers les poteaux et dont la quête agglutine les téléspectateurs en mal d'aventure!
Sur la route chaotique on dût rouler plusieurs fois sur de grands sacs de couleur orange que j'assimilai à des poubelles car l'hygiène n'est pas le premier souci du cambodgien et puis ça ne pouvait pas être des bonzes... on voit plus souvent le bonze sur une moto que dessous.
Bien qu'on ne respecta ni les panneaux stop, ni les feux rouges, ni les coups de sifflet de la police, il était évident qu'on n'arriverait pas avant la nuit et ici la nuit tombe plus vite qu'ailleurs et sans crier gare.
Difficile de demander d'accélérer quand on ne connaît que quatre mots de khmer : "Aukun" pour dire merci et "Som kèt loi" pour demander l'addition.

A Sihanoukville l'embarcadère était vide et, muni de mes quatre mots de khmer il ne me restait plus qu'à trouver une chambre où passer la nuit.
J'ignorais que Sihanoukville est chinoise, hôtels, restaurants, casinos, boutiques et même chambrettes sordides, tout dans cette ville que d'aucuns appellent Chine-Noukville est chinois.
Alors je pris la chambrette sordide après avoir sifflé un certain nombre d'Angkor beer, la bière nationale.
Angkor se prononce Encore... je ne saurais dire si c'est un avantage car on m'en apporta Angkor et Angkor – à croire qu'ici on parlait français – jusqu'à ce qu'on me traîne à ma chambrette...
Dans ma nuit tourmentée je fus réveillé en sursaut par une bruyante cavalcade.
Ça cavalcadait dans ma chambrette, une créature à tête de dragon, aux multiples bras, aux yeux exorbités et aux mamelles brimbalantes me chevauchait en criant des mots que je n'avais pas eu le temps d'étudier dans mon lexique et que je traduisis approximativement par "Alors mon biquet, on dormait ? Ça n'est pas très galant pour ton hôte !"
Il me sembla que le dragon criait "Angkor! Angkor!" juste avant que je ne meure étouffé, en tout cas je me suis évanoui
Au petit matin – ici en avril le soleil déboule vers 5 heures 30 – je pris congé de mon hôtelière; celle-ci me décocha une oeillade et si je ne reconnus pas ma furie de la nuit, j'avoue qu'aujourd'hui encore j'ai un doute.
J'avais l'impression désagréable d'avoir été piétiné par un troupeau d'éléphants alors que je n'en avais pas vu la queue ni la trompe d'un depuis mon arrivée; je bredouillai un mélange de "Som kèt loi" et de "Aukun" en jetant quelques dollars sur le comptoir puis je filai en direction de Serendipity Beach et de son embarcadère.

.........................

Le sable est chaud et blanc, l'eau est chaude et transparente et les cocktails sont frais et à la mangue.
Que dire de plus? Que j'ai troqué la Angkor beer pour la Cambodia beer et que je me sens parfaitement bien.
Ah si Germaine me voyait; en fait elle me voit puisque avant mon départ elle a exigé que je poste toutes les deux heures une photo sur Facebook.
Pourtant je ne briserai pas ses illusions, ses rêves de robinsonne.
Je ne lui montrerai pas ces bateaux qui déversent dès 10 heures du matin leur bruyante cargaison de chinois venus barboter sur ce qui sera bientôt LEUR île.
Je ne lui montrerai pas ces chinoises qui se baignent tout habillées avec leur ombrelle dans une main et leur perche à selfie dans l'autre.
Je ne lui montrerai pas les déchets et les immondices qui souillent le sable blanc après leur départ.
J'attendrai 18 heures après le dernier appel de la sirène de leurs bateaux pour lui envoyer mes images de ce petit paradis.
Mon bungalow parmi les cocotiers a eu la bonne idée de s'appeler Freedom Island et là aucun dragon lubrique ne vient déranger mes couchers de soleil ni troubler mes nuits.
A mon retour je rapporterai un cadeau à Germaine, un sac ou un article en peau de crocodile à la condition qu'il ne soit pas estampillé Made in China

lundi 14 mai 2018

Laura Vanel-Coytte - Au pays du sourire


Angkor et Angkor

Quand je pense au Cambodge, je ne pense pas aux plages

Et c’est peut-être un tort

Car je pourrais peut-être y nager comme j’aime le faire

Quand je pense au Cambodge, je ne vois pas les bêtes

Ni les bateaux ; je ne vois qu’Angkor

Angkor et Angkor

Angkor en exposition, en récit de voyage, en livre

Angkor en vrai, est-ce aussi fort ?



Semaine du 14 au 20 mai 2018 - Au pays du sourire

Au pays du sourire

Oublions les esprits frappeurs et leur facéties pour retrouver un peu de sérénité.
Cette semaine dites-nous ce que vous inspirent ces photos fraîchement rapportées du pays du sourire, le Cambodge.
Vous écrirez un texte pour l'une d'entre elles ou plusieurs textes pour plusieurs d'entre elles ou pourquoi pas un récit inspiré des 4 photos; en tout cas nous attendons vos textes jusqu'au dimanche 20 mai à minuit à l'adresse habituelle impromptuslitteraires[at]gmail.com






dimanche 13 mai 2018

Mamée - Le poltergeist

Je découvre ce mot ! Vite, mon « Petit robert » ! Le mot « Poltergeist » ne s’y trouve pas ! Mon dictionnaire date de 1996.
Peut-être internet ? Oui, voilà :
« Mot allemand dérivé de « polter » qui signifie « faire du bruit » et de « gest » qui est « esprit ». Phénomène consistant en des bruits divers, de déplacements, d’apparitions ou disparitions d’objets et autres phénomènes à priori inexplicables »

Alors, je peux raconter un moment de ma vie qui doit correspondre à un poltergeist…

Je venais de me coucher… Après un peu de lecture, je m’étais allongée et enfouie sous ma couette. La journée avait été calme et tranquille. J’étais allongée sur le dos dans l’attente d’un sommeil qui s’attardait un peu. C’est alors qu’un nuage se détacha tranquillement du plafond de ma chambre et qu’une douceur intense s’empara de tout mon être.

Le nuage était immaculé. Il me survola, me frôla avec légèreté, et bientôt me recouvrit. Je ne pouvais plus bouger. D’ailleurs je n’en avais aucune envie. C’était à la fois angoissant et tout doux. Un être céleste était près de moi. Je pouvais le toucher même s’il échappait à mes mains. Je restais parfaitement immobile et laissais faire.
Bientôt je me trouvais dans une sorte de torpeur et j’eus l’impression de léviter. Oui, l’impression de flotter … toute enveloppée de longues et incroyablement douces caresses.
Alors, je me laissais faire, le plaisir était intense et délicieux.
Oui, ma chambre était vraiment habitée. Je n’y étais pas seule ...
Aucun bruit et pourtant j’entendais, oui je l’entendais, ce silence… Et la présence, je la ressentais !
Surtout ne pas allumer ma lampe de chevet alors que l’envie me tarauda un instant.

Ce moment vraiment vécu est gravé dans ma mémoire, dans mon corps, dans mon cœur, dans mon esprit...

samedi 12 mai 2018

Mister K - Le poltergeist

Lui était spécialisé dans les biographies, elle était romancière. Pierre. Rita. Ils avaient habité là trente et un ans. Le voisinage s’en souvenait. Deux tempéraments volcaniques. Pour un oui ou pour un non, ils s’envoyaient allègrement la vaisselle à la figure, ou tout autre objet à portée. Y compris leurs propres livres. Les portes claquaient, les volets ne fermaient plus. Parfois quelques hurlements de colère se mêlaient au vacarme.
Pierre et Rita étaient de véritables esprits frappeurs vivants. On ignore ce qui les faisait monter sur leurs grands chevaux. On ne sait pas non plus quelle alchimie les rendait inséparables.
Quand, sur leurs vieux jours, on les vit de moins en moins, et même plus du tout, cela dura encore quelques années : les bruits et les coups, les cris et les fracas.
Jusqu’au jour où, la bâtisse se délabrant sérieusement, elle finit par s’effondrer.
Lorsqu’il allait rendre visite à sa belle-sœur, Henri Plotte passait en chemin près d’une sorte de champ de ruines, apparu il y a peu. Il n’y prêtait guère attention, et ne semblait pas le seul, tout en supposant qu’à cet endroit un nouveau bâtiment verrait bientôt le jour.
Pris par ses pensées comme on peut l’être sur un parcours routinier, Henri n’aurait su dire exactement quand ce chantier était apparu.
Ce jour-là, son œil fut attiré par un morceau de métal tordu qui brillait au soleil et dépassait légèrement du tas de gravats.
Henri se pencha et remarqua qu’il s’agissait d’une plaque commémorative pareille à celles que l’on trouve sur le fronton des maisons pour indiquer qu’une célébrité est née, a vécu ou bien est décédée à cette adresse.
Ici avait vécu, et il l’apprenait, un couple d’écrivains. Henri prit la peine de se renseigner sur ces deux gloires locales.

Il apprit qu’il n’y avait jamais eu la moindre plaque apposée sur la maison. Quant à sa deuxième question…
-       - Monsieur ?
-       - Oui ?
-       -  Aucun chantier non, pas de construction nouvelle prévue.

mercredi 9 mai 2018

Maryline18 - Le poltergeist

Partir c'est renoncer..

Comme l'esprit qui frappe et erre dans la nuit,
Par peur de tomber à tout jamais dans l'oubli,
Je te parle de nos souvenirs les plus beaux...
A la porte de ton coeur, je m'assois. C'est pas faux,
Oui, je suis partie, un matin dans le brouillard,
Poussée par la triste folie du désespoir...
Oh mais tu sais, je ne t'ai pas abandonné,
Et dans mes rêves, j'allais sans bruit déposer
Des baisers sur tes joues humides de larmes.
Vois-tu, j'avais quitté le combat et les armes,
Incapable de me battre dans la durée...
Mais la guerre est terminée. Laisse moi panser
Comme l'infirmière, tes vieilles blessures.
Avec douceur et application, pour qu'il durent,
Mes soins, que je ne veux surtout pas palliatifs,
(L'amour ne meurt jamais...) restent interrogatifs,
Tu scrutes mon regard sans y voir l'essentiel :
Espérer c'est encore croire que la vie est belle !

dimanche 6 mai 2018

Annick SB - Le poltergeist

Le volet claque …

Dans la chambre de l’hôpital tout devrait n’être que silence…

Pourquoi faut-il que le volet claque quand tu me confies le verdict ?
Ouvre-le, attache-le ce sans gène qui dispense des chocs en cascade dans nos oreilles meurtries par la triste nouvelle de ta maladie.
Pourquoi faut-il que le volet claque quand je m’approche pour te baiser le front ?
Pourquoi faut-il que le volet claque  quand je prends soin de tes paupières rouges ?
Il y a tant de pourquoi qui s’entrechoquent.
Le silence soudain prend une grande claque.
Dans la chambre de l’hôpital tout devrait n’être que patience…

Pourquoi faut-il que la machine s’agite quand tu veux saisir notre amour ?
Eteins-la, arrête-la cette sans gène qui dispense des bips en saccade dans nos oreilles affaiblies par l’horrible nouvelle de ta maladie
Pourquoi faut-il que le volet claque quand tu me confies ta belle vie ?
Pourquoi faut-il que la machine bippe quand j’essaie de te tenir compagnie ?
Je crois que j’ai compris
Sur la pointe des pieds je vais te quitter
Je sais que je fais trop de bruit
Je vais te laisser
Si tu le veux, le silence emplira ce lieu
La lumière entrera, c’est certain
Tu découvriras une paix profonde
Et un moment bienveillant après toute cette agitation
Résiste, n’écoute que ton cœur
Plonge dans le silence
Oublie-toi
Oublie-nous
Confie tout
Laisse flotter tes pensées et tes interrogations suspicieuses sur la fréquence des bips, leur signification, leur pression, leur durée
Oublie-les
Laisse-toi aller, lentement, sûrement, délicatement, posément
Plonge
Ferme les yeux et laisse-toi caresser par le vent
J’ai ouvert la fenêtre
Ecoute, sens
Il se peut que tu tombes à la renverse 
N’aies pas peur
Des chaînes vont se briser
Tu vas être enveloppé, protégé
Sois happé par le souffle et envole-toi avec Lui au dessus des nuages
Tranquillement, en silence, meurs, ici, maintenant, pour revivre à l’infini ….


jeudi 3 mai 2018

Mister K - Le poltergeist


L’ÉTRANGE AVENTURE DE LA FAMILLE PLOTTE

Ses dents claquaient, ce n’était pas le froid.
Le vaisselier tremblait, allez savoir pourquoi.
Cela durait depuis plusieurs mois.
Au début, ELLE avait préféré n’en pas parler.
Se taire pour éviter les remarques sévères
Les sourires en coin de travers
Et autres hypothèses bien intentionnées
Sur l’état exact de votre santé.
Car l’entourage peut toujours froisser,
Même s’il est persuadé qu’il prend des gants.
ELLE c’était Sidonie Plotte
Qu’un deuil cruel quelques semaines auparavant
Avait frappé injustement :
La perte soudaine de Régis, son mari.
Une peine insondable l’avait inondée,
La laissant terriblement esseulée.
Imaginez comme elle se trouva fort secouée
Lorsque sa demeure fut ébranlée par des phénomènes inexpliqués.
Les volets se décrochaient…
Des bruits violents de percussion semblaient
Venir de l’intérieur des murs sans cause identifiée
Des jets de pierres volaient dans la porte d’entrée

Pourtant, les premières frayeurs passées,
Sidonie voulut en avoir le cœur net
Elle s’était mise à douter,
Et restait convaincue qu’elle avait toute sa tête.
Alors… Y avait-il là-dessous quelque malfaisant dessein
D’un manipulateur aux expédients de magicien ?
Alors... Même si les inquiétudes demeuraient,
Même si le qu’en dira-t-on s’insinuait,
C’est la mort dans l’âme
Qu’elle se résolut à « la séance ».
Elle fit appel à Charles Loquosme,
Expert reconnu du microcosme,
Passionné de Conan Doyle et HG Wells, grand érudit
Qui avait pignon sur rue dans la traque aux esprits.

Les douze coups de minuit
Ayant tout juste retenti
Le silence se fit
L’obscurité aussi.  
Table ronde et tabourets.
A la gauche de Sidonie,
Charles mènerait les débats,
Et deux de ses assistants étaient là.
« Esprit, nous vous écoutons.
Un coup pour A
Deux coups pour B
Et ainsi de suite tout l’alphabet ».
Novateur, assurément Charles l’était
-Cela avait forgé sa renommée-   
C’est audacieux et confiant qu’il s’adressait  
A un esprit sachant -à priori- lire et compter.
« Esprit, Êtes-vous
Avec nous ? »
La vaisselle frémit.
Le bois de la porte d’entrée craqua.
Sur la cheminée, le gong vibra.
Et un délicat frisson de l’air glaça les joues roses de Sidonie.
Loquosme savait mieux que quiconque
Qu’il ne fallait pas être pressé,
Qu’il ne fallait rien brusquer. 
Soudain… les coups ! 
Les coups, encore les coups.
Réguliers, que les assistants comptaient,
En repérant des espaces, et notaient. 
Une corde vibra doucement,
Puis ce fut encore le gong dont l’ultime chuintement
Sembla marquer
La fin de la longue série frappée.
Le silence rapidement revint,
Il n’était pas bien loin.
Et l’incertitude n’avait jamais quitté les lieux
Nichée dans tous les yeux.
Un assistant rétablit la lumière
Et tous regardèrent
Sur le papier les notes
Tous se tournèrent vers ELLE
Pour contempler une radieuse Sidonie Plotte.
C’était LUI !
IL était là pour elle, elle le savait, l’avait-elle senti ?
Mort sur le ring par accident 
Son boxeur de mari s’était juré de veiller sur elle
De ne pas la laisser
Et en une ultime facétie  
De revenir en esprit frappeur

La preuve écrite était là, elle la tenait :
REGISPLOTTEANAGRAMMEPOLTERGEIST.

C’était signé ! 

Où lire Mister K